‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 79 sur 282 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

élaient incapables de tenir en plaine1; car, jl faut l'avouer, si la politique de Venise était trèsguerrière, ses soldats ne brillaient pas par le courage. Mais il fallait tenir un autre langage au nonce apostolique de Paris, et Mazarin pria Monseigneur de Bagni d'expliquer à Richelieu que les Espagnols et les Autrichiens n'étaient entrés dans le Mantouan et le Montferrat que sous l'expresse condition d'éviter les lieux où serait un drapeau français : condition bien glorieuse à la France dont l'armée si peu nombreuse se faisait ainsi respecter de deux armées aussi puissantes que l'armée espagnole et l'armée impériale. Et il n'y avait point là de tromperie à craindre puisque les Français demeuraient maîtres de tous les postes considérables, quand l'Espagne et l'Empire, en faisant d'énonpes dépenses, n'avaient pas une seule place forte*.

En même temps Mazarin renouvela ses instances auprès de Monseigneur de Bagni pour que le prélat redoublât les siennes auprès du roi de France et le pressât de nommer à son tour un plénipotentiaire français, puisqu'il y avait un plénipotentiaire espagnol. La cour de Rome fit aussi les derniers efforts, et le duc de Savoie agit comme il l'avait promis. Richelieu céda. Il avait

1 Dépêche du 14 octobre.

* Ibid.

le plus grand intérêt à ménager le Pape que les Espagnols cherchaient à lui enlever, et il estimait et aimait Bagni. C'était en effet, comme le cardinal se plaît à le reconnaître S « un homme d'une a grande probité et sincérité, et de non moindre « intelligence dans les affaires. » Le maréchal de Créqui reçut donc, vers la fin du mois d'octobre, les pouvoirs de la France, d'abord limités et en commun avec l'ambassadeur français à Turin, Marini, puis, à la mort de Mariai survenue le 20 novembre, pleins et entiers, comme ceux de Spinola*; et Collalto ne tarda

* Mémoires, t. V, p. 384.

* Archives des affaires étrangères, Rome, 1629, fol. 264. Le roi au comte de Béthune, ambassadeur à Rome, le 10 novembre 1629 : « Sur l'instance qui m'a été faite au nom du Pape, par son nonce, accompagnée d'un bref en créance et d'une lettre du cardinal Barberini, à ce que j'envoie un pouvoir pour traiter, réassurant que le marquis Spinolâ en a voit un fort ample et que celui de l'Empereur étoit attendu, j'ai résolu, pour complaire à Sa Sainteté et montrer les bonnes et saintes intentions que j'ai pour la paix, d'envoyer à mon cousin, le maréchal de Créqui, et au sieur Marini un pouvoir pour entrer en conférence de ladite paix, ayant approuvé qu'ils fassent une suspension d'armes aux conditions portées par l'écrit que le sieur Massarini en a proposées. » Cet écrit est celui dont nous parlons à la fin du chapitre précédent, p. 152.— Richelieu, t. V, p. 304 : « Cependant, dès le mois d'octobre, le nonce du Pape et l'ambassadeur de Savoie firent une instante prière au roi que, pour ne pas perdre l'occasion présente de la volonté que les Espagnols témoignoient avoir d'accommoder les affaires, il plût à Sa Majesté donner un pouvoir plus ample au maréchal de Créqui d'accorder la surséance d'armes pour un mois ou six semaines avec les troupes de l'Empereur et du roi d'Espagne, et en sollicitèrent avec tant de presse et d'affection que Sa

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