‹ La jeunesse de Mazarin;Chapitre 88 sur 282 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Mais plus on s'expliquait, moins les explications satisfaisaient les diverses parties, et il fut bientôt évident que les vicissitudes, déjà bien longues, par lesquelles avait passé cette affaire, étaient loin d'être terminées.

C'est au milieu de ces négociations, où tant d'intérêts contraires étaient aux prises, s'observant et se surveillant mutuellement, que le duc de Savoie déploya toutes les ressources de sa diplomatie à double face. Elle échoua devant la loyauté du maréchal de Créqui, éclairée par les justes méfiances de l'ambassadeur de Venise, et dirigée de loin par la clairvoyante et ferme politique de Richelieu. Le maréchal, que le duc de Savoie et le prince de Piémont traitaient si légèrement dans leurs conversations confidentielles avec Mazarin, n'était pas sans doute exempt de défauts : il n'était pas difficile d'apercevoir en lui un amour un peu fastueux de la gloire et un assez vif sentiment de son importance; mais ce défaut-là, qui le défendait de bien d'autres moins excusables, était racheté par les qualités les plus élevées. Charles de Créqui ne connaissait pas l'intrigue. Il avait l'âme haute, la parole sûre, l'esprit aussi droit que le cœur. A une bravoure chevaleresque, il joignait des talents militaires

plusieurs lettres de Pencirole à Mazarin en course à Milan, et nous ve.ions de voir que le 9 janvier Mazarin était à Bologne.

qui lui donnent une place, éminente encore, audessous de son beau-père, le connétable de Lesdiguières, et de son petit-fils, le dernier maréchal de Créqui, un des plus grands capitaines de la fin du dix-septième siècle. Ce n'était pas, il est vrai, un diplomate consommé, mais il aVait le bon sens de se laisser conduire par Richelieu. Il ne fut pas dupe des finesses astucieuses des deux Savoyards, et il leur fit voir que l'honnêteté, soutenue de quelque prudence, n'est pas un si mauvais guide dans la vie, et que s'il était trop fier pour tromper les autres il n'était pas aisé de le tromper lui-même.

Le duc de Savoie avait beau parler sans cesse de son désir de la paix, ce qu'il voulait, ce n'était point la paix, mais une suspension d'armes qui, d'abord, sauvât ses États de l'invasion française, et qui, de plus, consumât notre armée deSuse, épuisât Manloue et Casai et les fit tomber aux mains de l'Espagne et de l'Empire, qui ne pouvaient manquer de reconnaître ses services en partageant avec lui les dépouilles du duc de Mantoue. Il affectait une neutralité qui déjà eût été une trahison devant l'étroite alliance conclue à Suseavecla France; mais cette neutralité même n'était qu'une feinte : elle couvrait un traité secret négocié à Madrid par ce même abbé Scaglia qui, maintenant, à côté deMazarin, poursui-

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