CHAPITRE CINQUIÈME
tiaire espagnol, et par se rendre aux prières de Mazarin et de Pencirole. Mais il avait en cela un autre motif que le désir d'agréer aux ministres du pape. Il avait appris qu'appelés par Charles de Gonzague, huit mille Vénitiens, commandés par des officiers français de renom, accouraient au secours de Mantoue. Les fièvres des marais qui entourent cette ville et en forment le plus sûr rempart décimaient ses soldats, rendaient tout assaut impossible et les combats mêmes fort incertains. Il en était réduit à réclamer des renforts. Il ne demanda donc pas mieux que d'accorder la continuation de l'armistice d'un mois conclu avec Mazarin, et, par un heureux changement, Tannée 1630 se leva sous de moins sombres auspices.
On cherchait un lieu favorable à la réunion des trois plénipotentiaires, et où pût se rendre le cardinal légat, si nécessaire pour prévenir ou apaiser les ressentiments qui pourraient renaître et aplanir les derniers obstacles. Le cardinal Antoine, doux et conciliant, mais d'une énergie et d'une activité médiocres, aurait bien souhaité que le congrès se tînt sous ses yeux à Bologne, ce qui, vu la distance, ne pouvait convenir aux autres plénipotentiaires, et Mazarin représentait combien il importait que le neveu du pape s'avançât sur le théâtre de la guerre pour y exer-
cer l'ascendant qui lui appartenait, et pour qu'aussi on n'accusât pas le Saint-Siège d'avoir fait manquer par sa faute des délibérations sur lesquelles reposaient les espérances de l'Italie1. Collalto et Spinola voulaient bien venir à Alexandrie, Gréqui à Asti ou dans toute autre ville du Montferrat. Le duc de Savoie insistait pour une ville du Piémont. En attendant qu'on se mît d'accord, il y eut à Turin de fréquentes conférences ou plutôt des pourparlers auxquels prenaient part le maréchal de Créqui et l'ambassadeur de Venise, le duc de Savoie et le prince de Piémont, ainsi que le nonce Pencirole, tantôt avec et tantôt sans Mazarin, dont on employait, sans l'épuiser jamais, la complaisante activité en missions de toute sorte2.
1 Dépêche du 9 janvier 1630, datée de Bologne: « II marchese Spinola et il conte di Collalto si contentano di trasferirsi in lessandria... Il marescial di Chrichi verra o in Asti o in qualche luogo del Monferrato... Dair andare à quella voila il signor cardinale legato, tutti gli interessati dicono che senza S. S. lllust. non si farà niente. Devo mettere in consideratione che, seguendo questa conferenza senza Tintervento del signor cardinale, o difficultandosi per non volervisi S. S. lllust. transferire, i malevoli |
dirnnno che in essa si sarebbe conclusa la pace, » etc.
9 Archives des Affaires étrangères, Turin, premier volume de 1630, comprenant les quatre premiers mois, fol. 15, 8 janvier, lettre de Créqui à Richelieu: « ....Masariny, qui devoit revenir aujourd'huy de Milan, est passé jusques à Collalto, et à son retour je lui prépare un autre voyage qui me donnera loisir de recevoir
vos commandemens. » II y a dans ce volume, vers la même date, '