La grande - ducasse • de Douai
gâteau, la bière et le jambon. J'ai eu presque faim en le' lisant, et il y a longtemps que je n'ai eu faim! On m'envoie le Mémorial de la Scarpe : c'est une bonté à laquelle je suis bien sensible. Je regarde Douai, je lis les noms des rues, qui me font sauter le cœur. Je ris, et en vérité je pleure quelquefois.
Voilà ce que je vous envoie : cette lettre, par occasion, et les Deux Ramiers, que j'ai faits cet hiver d'après nature ; ils étaient bien jolis, et amoureux comme en plein été. On m'a dit que M. de Latouche 1 avait les vers que je destinais à l'impression et qu'il trouve mieux de garder pour une autre fois. Il ne nous écrit pas, et je ne veux pas le fatiguer de nos lettres; mais dites-lui, en le remerciant mieux que je ne le ferais moi-même, qu'il devrait me faire envoyer une épreuve pour que je regarde un peu comment on m'arrange, car ils font tout cela comme si j'étais morte. Il faut qu'il obtienne de M. le libraire qu'il fasse mettre deux lignes en note en bas du Lépreux, que celte faible copie est un hommage (ou quelque chose comme cela) rendu à l'auteur
1. Le poète Henri de Latouche, l'auteur de FragoleUa,\& premier éditeur des poésies d'André Chénier.
du Lépreux de la cité d'Aoste. El, à propos, si le Pauvre Pierre n'est pas adressé à M. Alibert, croyez-vous qu'il soit content? Arrangez cela selon son goût, car, d'un autre côté, c'est bien peu de chose à lui offrir. Je suis très confuse et presque affligée des soins et des peines que prend pour nous M. de Latouclie. Comment pourrons-nous jamais les reconnaître?
Ce sera donc dans un autre monde? Que de dettes à payer pour celui-ci!
Mon oncle, adieu, je vous quitte pour aujourd'hui. Ces stupidcs des rues crient la condamnation à mort d'un malheureux. Comme c'est agréable à entendre!
Dites à M. Bouilly, si vous le revoyez, que j'ai reçu pour lui bien des applaudissements pour son muet de l'Abbé de l'Èpée et dans la petite Marie de Madame de Sêvigné. Il voulait me faire un rôle de princesse déguisée quand j'étais à Feydeau', parce que monsieur Grétry disait que j'avais l'air d'une petite reine détrônée. Je ne me souviens pas d'avoir régné nulle part, je n'ai senti ni mon sceptre ni ma couronne. Il est pourtant certain que quelque chose me manque, mais cela tient à mon ima-