‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 45 sur 62 · II s'agit ici d'une nouvelle qui ne fut jamais terminée · texte numérisé non relu

II s'agit ici d'une nouvelle qui ne fut jamais terminée

2. Comme sa mère, Ondine était douée d'un sentiment poétique très intense, et elle a laissé des vers remarquables. Sainte-Beuve l'avait beaucoup encouragée dans cette voie.

pas avant un an. Laisse reposer celte sainte agitation afin de lui donner toute sa force. Ils se font tout seuls en toi, sois-en sûre, et un jour tu n'auras plus qu'à les écrire. M. Sainte-Beuve est charmé de ta lettre. Hier soir, il est venu t'en remercier. Il est tout malade, comme nous. D'où souffres-tu donc, toi? Dis-le-moi, ma bienaimée. Est-ce donc vrai, est-ce donc possible que tu souffres? Ne mets pas de corset souvent. Mes bras s'allongent pour te serrer, chère fille, et pour cela toutes mes forces se relèvent...

Tu es une petite insolente de penser au travail. Dorlotte ta santé et la mienne. Vivons en bêtes.

Voilà que je te quitte sans t' avoir dit l'ombre de ce que je voulais. Il faut donner ma lettre ; finis-la comme tu voudras. Pourvu que ce soit avec de l'amour, ce sera, moi, ta mère.

Marceline Valmore.

A Caroline Branchu.

[Paris] le 12 janvier 1842.

Que tu es bonne, Caroline, et que tu sais peu le bien profond que tu me fais en me prouvant qu'il existe sur cette terre un être tel qu'on

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en rêve dans les plus beaux jours de sa viel Tout ce que j'aimais quand je t'ai entendue et connue pour la première fois m'a trompée, comme tu l'as été de ton côté. Nous sommes maintenant deux parias d'amour, comme on nous appelait alors. Mais du moins tu m'as toujours forcée à croire à l'amitié, et quand je pense à ce que tu as été pour moi, mon cher ange, deux ruisseaux de larmes coulent de mon cœur que je crois quelquefois tari. Oui, Caroline, en versant ton àme sur ma vie, tu me relèves degrands abattements, car je suis quelquefois lasse à ne plus avancer.

Je t'apprends, pour ta tranquillité, que nous avons reçu les étrennes dont tu as égayé notre hiver. Je n'ai pas la force de te gronder de nous faire une si grande part dans les présents de ton cœur. Je les reçois avec un bonheur infini, en remerciant Dieu de me les envoyer par une main si chère. Tu seras, de ton côté, bien contente d'apprendre qu'ils m'ont décidée à quitter la rue d'Assas, où toute la famille souffrait beaucoup. Valmore était très loin de l'Odéon, dans une rue déserte et froide comme la Russie. Un logement enfumé, avec tous les détails qui pouvaient en faire un purgatoire. Oh! tu seras bien, ma chère aimée, dans celui

que je viens de me décider à prendre. Tu broderas sur une terrasse exposée au levant et au midi, et jamais je n'aurais pu te placer plus suivant mon goût et le lien, quand tu viendras nous faire un paradis de notre intérieur. Hélas ! qu'il y a déjà longtemps que je ne t'ai vue !

Valmore a bondi de tes souffrances dans l'oreille, les plus atroces qu'il ait souffertes dans sa vie. Au relevé de ma maladie, j'aurais eu bien besoin d'aller t'embrasser et de réunir nos deux convalescences. Dis donc, chérie, est-ce que quand les froids seront passés, tu ne viendras pas nous chérir un peu ? Nous serons pour lors installés rue deTournon, n° 8, car le logement que j'y loue étant vide, nous y entrons incessamment, puisque tu m'as rendue riche pour le déménagement. Valmore a reçu de son côté quelque argent de l'Odéon, ce qui nous fait respirer un peu dans l'étouffement d'un tel sort. On ne sait à quoi marche l'Odéon, si c'est à fermer ou à se relever par une pièce de M. de Balzac, qu'on y répète en ce moment.

C'est toujours bien tremblant.

Je suis en ce moment garde-malade de ma tille. Elle a toujours bien de la peine à respirer et tousse plus que jamais. A son retour de Londres elle était très bien, tu le sais, mais ce

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malheureux logement lui a fait plus de ma) encore qu'à nous, et ta bonne Pela souffrirai de la voir si changée de ce qu'elle mel'avaii rendue. J'ai déjà bien pleuré, mon cher trésor Il me semble qu'il n'y a que ta voix qui sai me plaindre. Il est vrai que tu as tant souffert ! Je ne sais quelquefois où jeter mon âme, Caroline. Aime-moi comme je t'aime quand tu es bien triste et que je t'embrasse comme ma plus tendre affection.

M. de Chàtillon te salue de tout son tendre respect. Hélas! Caroline, que c'est triste pour nous de te sentir si loin quand nos âmes sont avec toi! Eh bien, au revoir, alors. Viens sur la terrasse; viens seule bientôt si je ne peux accomplir mon cher projet d'aller vivre quelques jours près de toi! Il faut pour cela que j'aie changé de servante, car tu sais que la nôtre a tout ce qu'il faut pour se faire mettre à la porte, ce que je me décide à faire en ce moment. Sois toujours l'àme et le soutien de ta pauvre Marceline Valuohe.

A Frédéric Lepeytre.

[Paris] 21 mars 1842.

Dites-moi donc, Frédéric, est-ce que je ne vous reverrai pas bientôt? Les cloches de Pâques ne sonnent-elles pas tout l'espoir dont j'ai besoin pour passer les chemins rompus qui mènent au repos? Je suis bien lasse pourtant, bien envieuse des oiseaux et de leurs ailes. Le tourment immobile où je suis ne peut vous être raconté. Ma fille va partir pour l'Angleterre f . C'est pour moi comme l'approche d'un tremblement de terre, et je ne peux me plaindre d'elle, que je veux voir heureuse de ce parti presque violent pour lui rendre la santé. Je ne peux me plaindre à mon mari, qui n'a besoin que d'être consolé de tout ce qui le poignarde dans sa profession défaite, et qu'il faut avant tout sauver de ses réflexions. Mon cher ami, en vous navrant de mes tristesses je dois à tous deux de vous dire qu'il y a près de la mienne une douce main pour la serrer et de

1. On avait cru Ondine guérie, et elle était revenue à Paris. Mais la maladie avait reparu, et la jeune femme avait dû repartir pour Londres, où la fille de madame B ranch u l'avait accompagnée.

tendres yeux pour me comprendre. Mon fils me donne encore toute la grâce de ses vingt ans. Un fils aime tant sa mère! Dites-moi, je vous prie, si Frédéric vous ressemble et s'il aime la solitude avec vous. Mon fils passe des jours entiers avec moi, sans songer que Paris bouillonne sous nos fenêtres. Il est content de se savoir aimé. Il est vrai que je l'aime bien !

2 avril.

Ma lettre ne part pas et ma fille est partie ! Je suis immobile sous cette impression, et comme vous écrire c'est parler, mon cher Frédéric, je n'ai pu vous écrire. On m'aurait marché sur^e cœur qu'il ne serait pas plus meurtri, et je n'ai pourtant pas dit un mot, pas fait un geste pour la retenir. Je ne sais rien combattre de ce qui peut faire aux autres du bonheur; je prends pour moi les angoisses. Il y en a dans ces départs! J'ai tout voulu, car elle le voulait, et les autres aussi, pour se guérir. Pauvre et impuissante mère, qui fait une vie incomplète à son enfant! L'avoir vue si alerte, si dansante! Ah! Frédéric, soyez heureux par la santé de vos trois aimés. C'est le premier repos que je vous souhaite. Vous l'avez bien mérité!

Je ne fermerai pas ma lettre sans avoir vu madame Geille. Depuis trois jours l'eau tombe par torrents et je n'ai pu sortir. Aujourd'hui j'ai la fièvre et je me suis enfermée pour m'asseoir sans rien dire. Il m'est pourtant doux, avant de me coucher, d'ajouter quelques lignes à ma lettre. Je suis attendrie quand je cause avec vous comme quand je prie, car vous êtes bon, vous! Je ne vous dis rien d'éloquent, rien qui brille, comme j'aurais honte de prier avec recherche. Si vous entriez, je pleurerais de joie.

Ecrivez-moi, parce qu'une lettre, c'est un peu vous pour votre amie.

Marceline Valmore.

5 avril.

J'ai vu madame Geille et son âme dans ses beaux yeux. Je vous écrirai plus lard toute cette visite. Cet ange m'a dit des choses qui font entrer dans l'autre vie 1 Elle souffre beaucoup à travers ses sourires. Elle avait de la joie d'une lettre de vous, reçue la veille. Votre bonheur par Frédéric nous en donne un bien touchant! Embrassez cet enfant avec mon nom, cher Frédéric. Je l'aime plus qu'un autre enfant!

Il faudrait à madame Geille le Midi, des jardins, beaucoup de calme. Elle m'a fait un mal, de la voir si changée!... Elle m'est d'autant plus chère que vous me l'avez donnée à aimer. Et puis, ce n'est nullement un être comme un autre; c'est un morceau du ciel, qui n'a pas besoin de parler pour y faire croire. N'avezvous pas senti notre âme entre elle et moi, le 4 avril, à deux heures du jour? Je sais par elle combien vous êtes occupé et hors d'état de me répondre. Respirez donc de ce soin, puisque j'ai eu par elle de vos nouvelles récentes.

Au revoir. Je vous écrirai bientôt et je penserai à vous toujours!

Marceline Valmore.

A Caroline Branchu.

[Paris] le 5 avril 1842.

Tu es partie le cœur gros de tant d'émotions, ma bien aimée Caroline, et le temps a été si aigre avec cela que je ne serai pas tranquille avant d'avoir reçu la lettre que tu m'as promise. T'avoir vue ainsi au milieu du bruit ne me donne que plus le besoin de te voir pour nous deux, car j'ai en moi-même une lassitude

du monde qui me pousse vers toi, comme je l'ai toujours eue. Je commence par te dire qu'hier j'ai reçu un bout de lettre de ma fille, qui m'annonce leur traversée heureuse et l'arrivée à Douvres sans accident. Si ta chère Paméla ne t'avait pas écrit de son côté, je te dis cela afin que tu ne rêves pas, comme je l'ai fait, danger de la mer, coups de vent, etc.. Tout le reste est pour nous comme au moment de ton départ. Le sort ne bouge pas.

Au moment où tu viens de faire beaucoup de dépenses de voyages, il me fait peine et regret de t* associer à ce que nous faisons pour la fille de M. Laïs, car c'est frapper trop souvent à la porte de ton angélique charité *. D'un autre côté, ne pas te dire que cette pauvre madame Dupavillon m'a tant conjurée de te rappeler ton amitié pour son père, que je croirais trahir sa profonde infortune en passant ton nom sous silence dans la liste des souscripteurs a côté du mien, qui suis ta plus tendre sinon ta plus riche amie. J'ai donné le prix d'un article dans la Gazette des Femmes et j'irai partout où je pourrai afin de sauver cette famille du déses-

1. Laïs, ou plutôt Lays, ancien et célèbre chanteur de l'Opéra, où madame Branchu l'avait bien connu, avait appartenu à ce théâtre de 1779 & 1822. Il était mort en 1831.

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poir. Ici dix francs, là cinq francs, plus loin deux, leur composeront une somme suffisante pour n'être pas jetés sur la rue avec leurs trois enfants; car jamais le mari ne pourrait, à ce compte, Unir un tableau à demi fait, commandé par le gouvernement pour la cathédrale de Rennes. Ils voulaient tous se tuer le lendemain de ton départ, et j'ai vu là une scène à te rendre malade pour trois mois.

Il m'a fallu une secousse aussi terrible et le nom de Laïs pour ajouter à tous les besoins qui se groupent autour de ta vie, ma bienaimée. Si tu ne peux pas, qui sauça mieux que moi te comprendre, et te faire comprendre à ces êtres dignes d'un meilleur sort? Tu me le diras, et je te rayerai de la liste.

Je voudrais bien avoir des choses plus gaies à raconter à ton aine déjà si triste. Mais la douleur cherche toujours ceux qui la consolent.

Que les fleurs te sourient, que le ciel t'aime et te bénisse autant que le fait ta sœur Marceline Valmore.

276 M" DESB0RDES-VALM0RE.

A Auber.

[Paris, 1842.]

Madame Valmore est venue conjurer Monsieur Auber de prendre acte qu'une souscription est ouverte chez M. le vicomte Walsh père, rue Richelieu, 290, en faveur de la fille de Laïs, ancien artiste de l'Académie rovale de musique, où il est demeuré quarante-trois ans.

Sa fille, dans l'infortune la plus grave avec ses trois jeunes enfants, est réduite à s'adresser à ceux qui n'ont pas perdu la mémoire de son père.

Monsieur Auber me pardonnera de lui signaler

cette grande misère. J'ai osé le faire comme un

témoignage de tendre estime, à côté de mon

admiration.

Marceline Valmore.

A Sainte-Beuve.

Orléans, le 18 juillet 1842.

Il était sans doute écrit quelque part que je vous devrais partout des consolations, de celles qui conviennent aux cœurs qui ont beaucoup

saigné : des consolations qui pleurent. N'est-ce pas que celles-là sont les plus vivantes et les plus profondes dans la solitude? J'avais hésité depuis longtemps d'entrer jusqu'au fond de ce livre, un de vos plus beaux! redoutant d'éveiller mille pointes déchirantes qu'il ne faut plus qu'assoupir (je ne choisis pas toujours les expressions qui conviennent; j'ai peu de savoir et peu de patience pour chercher; mais vous découvrez le sentiment, et je crois en effet qu'il doit vous suffire, à vous qui êtes au-dessus de ceux qui parlent). Ne serez-vous pas touché d'apprendre que votre livre est souvent pressé d'un front qui s'y cache comme dans le sein d'un frère, quand les yeux sont trop pleins de larmes pour suivre les lignes qui tremblent et s'animent trop?

Je suis ici sans mes enfants, sans ma fille, qui est le plus loin et à laquelle pour cela je pense le plus. Je ne trouve pas un mot pour la rappeler encore, puisqu'ils assurent que la retenir à Londres c'est fortifier sa santé. Gomme c'est ma vie, je me donne du courage pour attendre patiemment, ou du moins des raisons pour me taire. Il y a si longtemps que je n'aime plus pour moi ! Elle est si charmante à aimer pour elle-même!

Vous comprendrez bien le bonheur un peu triste que je trouve à écrire en même temps à vous et à ma chère Adrienne, me figurant que c'est lui faire, sans danger, un coin bleu, si rare à présent dans son ciel, pauvre enfant!

Au revoir, à vous qui n'êtes plus Monsieur pour moi; car on ne doit pas dire Monsieur dans l'éternité, et je désire bien y demeurer. Votre attachée,

Marceline Valmork.

A Antoine de Latour \

30 juillet 1842.

Hélas! Monsieur, quelle voix assez douce, assez pure, oserait s'élever jusqu'à cette grande douleur? La plus tendre craint de blesser, la. plus humble n'a pu que se changer en larmes, et c'est sur mes genoux que j'ai jeté vers Dieu mes cris de mère pour une telle mère!

Pourtant, Monsieur, vous qui avez porté les tristesses de beaucoup d'infortunés vers cette vraie mère visible du Christ et qui en êtes toujours revenu les mains pleines de consolations,

1. A propos de la mort récente et dramatique du duc d'Orléans.

ne vous semblerait-il pas ingrat ou étrange de ne pas entendre un des sanglots qui se sont mêlés à ce déchirement suprême? Si loin que je sois au-dessous de l'autel où s'abrite ce désespoir inguérissable, n'est-il pas bien que vous sachiez que tout ce qu'une pauvre femme peut donner de son âme, de ses pleurs et de ses prières, je l'ai donné à Dieu pour notre bonne et adorable Reine? et que je demeure ainsi, Monsieur, liée de sympathie avec vous dont je m'honore d'être

La plus attachée servante.

Marceline Valmore.

Au même.

[Paris] 14 janvier 1843.

Monsieur,

C'est à vous, qui ne vous détournez pas des afflictions de la terre, que j'ose en signaler une grande et sainte. Nous pleurons madame A. Dupin ! , qui meurt si jeune, si noble, si honnête!

1. Madame Antoinette Dupin, femme de lettres, auteur de deux romans : Cynodie (1833) et Marguerite (1836), de nombreuses nouvelles publiées çà et là : David Rizzio, Salvator Rosa, le Chevalier de Bois-Bourdon, Olgiati, etc., d'études littéraires sur Chateaubriand, Senancour, Alexan-

qui vient de nous donner à tous l'exemple d'un si haut courage au milieu d'une agonie de six mois! Ses petites orphelines n'ont plus rien sur la terre en perdant la pension de leur mère, pauvre et laborieuse.

La Reine, ô Monsieur, ne sera-t-elle pas leur mère? Un mot de cette voix puissante peut faire incliner la justice charitable de M. Villemain f . Venez en aide à tous ces hommes émus qui le sollicitent déjà de laisser aux deux jeunes filles de quoi devenir des femmes intelligentes et vertueuses comme leur charmante mère. C'est là une noble aumône qui survit aux morts pour les consoler de quitter sitôt ce monde où ils laissent leurs enfants dans la pauvreté. Je suis demeurée si anéantie de celte mort précoce que je n'ai qu'aujourd'hui, Monsieur, la force de vous conjurer d'en adoucir pour tous la vraie douleur. Tous vos frères les poètes sont, je crois, unis pour une demande en faveur des enfants orphelins. La voix la plus faible et qui vient la dernière avec beaucoup de larmes ne sera pas la plus dédaignée. Vous êtes

dre Dumas, Alfîeri, enfin de diveft ouvrages d'éducation. Née à Lyon en 4802, elle venait de mourir à Paris le 6 janvier 1343, laissant deux jeunes orphelines sans fortune et sans soutien.

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