‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 57 sur 62 · Voir la lettre à H. Fortoul, du 8 mars · texte numérisé non relu

Voir la lettre à H. Fortoul, du 8 mars

vous envoie mon nom comme un triste et tendre salut. Que votre seul amour vous embrasse et que le nôtre vous aide dans votre marche courageuse. Je vous aime tant que je vous écris ! C'est vraiment ce que je ne peux faire à nulle autre personne. Et maintenant, durant la veille muette et l'effroi de celte solitude, il me semble que je vous ai tout dit en vous embrassant au fond de mon cœur désespéré '.

J'ai cru à un mieux visible et attesté par le médecin. Mais quoi! Ma chère Ondine est l'ange de l'incrédulité. C'est le mal dissolvant, c'est l'arme impossible à combattre. Les bras me tombent. C'est donc que Dieu m'abandonne ! Vous voyez bien que je ne peux écrire qu'à une femme aussi infortunée que vous. Avec toutes les autres, les paroles me manquent; il faut mentir ou redouter leur éclat. Vous savez seule ce que je peux renfermer sans crier.

Langlais n'arrivant pas, je reste nuit et jour. Je ne pourrai donc aller serrer vos mains quand je me l'étais promis. Mes bons anges de la rue Feydeau vous porteront l'argent que

4. Elle était, nous l'avons vu, à Passy, auprès de sa fille Ondine, qui languissait et agonisait pour ainsi dire depuis plusieurs mois.

vous devriez avoir reçu depuis si longtemps!

Quels arrérages même des moindres droits de votre cœur loyal! Laissez-moi sourire bien amèrement de me trouver dans le cortège de vos épreuves au lieu de vous en délivrer.

Laissez-moi m'abreuver un moment avec vous de l'idée que je suis maudite par le Dieu que je prie!

Votre amie,

Marceline Desbordes-Valmore.

Je ne peux la résoudre à vous voir, ni personne. J'en aurais bien besoin pour elle et pour moi. Mais non, le silence, le retirement du cloître !

A Prévost-Paradol*.

De Passy, 15 janvier 1853.

Mon cher Anatole,

Au milieu de votre succès littéraire ", vous avez dû être surpris de ne pas voir accourir mon nom comme un embrassement et une

1. A qui l'Académie française venait de décerner le prix d'éloquence pour son Éloge de Bernardin de Saint-Pierre.

2. Prévost-Paradol devenait un personnage; elle n'osait plus le tutoyer.

LETTRES INEDITES. 335

félicitation empressée. J'ai à cœur de nous consoler tous deux d'un retard dont la cause ne me justifie que trop.

Le bel Eloge de Bernardin de Saint-Pierre m'a été envoyé dans la Sarthe, où j'ai passé cinq semaines de l'automne près de ma chère fille malade, mon ami! Revenue en novembre avec elle, j'ai dû quitter encore mon pauvre ménage qui va comme Dieu veut, pour soigner à la campagne, où elle a voulu se réfugier, cette charmante fille, dont la santé défaite enchaîne mes jours et mes tristes nuits. Je n'appuie pas davantage sur une douleur à laquelle tout mon courage ne suffit pas. Les paroles ne peuvent la rendre et font éclater trop de larmes. Tout jeune que vous êtes, vous savez déjà bien des secrets de cette vie. Qu'elle ne vous soit pas toute cruelle, et qu'une intelligence si sérieuse et si distinguée vous serve souvent à mieux apprécier ce qu'elle vous prépare de bonheur en ce monde.

Une autre fois je vous exprimerai, s'il est possible, mon tendre étonnement à la lecture de votre ouvrage. C'est un beau fruit mûr que l'on croyait à peine en fleur. Quelle amertume pour moi d'avoir gardé le silence sur une telle émotion! Nulle main plus sincère n'aurait

336 M Mr DESBORDES-VÀLMORE.

pressé la vôtre que celle de l'amie fidèle de votre mère et de votre famille.

Marceline Desbordes- V almore.

A Sainte-Beuve.

Paris, 15 février 1853.

Parmi tous, vous seul, je crois, devinez l'étendue de ma douleur 1 . Je vous remercie de tous les sentiments qui vous la révèlent.

Je vous remercie d'une larme de pitié qui vous vient aux yeux pour moi, et du serrement de cœur fraternel que sa perle vous cause, je le sens. Vous l'avez bien connue. Vous lui avez donné de la lumière pure. Vous avez aimé l'innocence de son sourire... Elle l'avait encore en fuyant...

Oui, je vous remercie pour elle, sainte et douce créature. Je vous remercie pour moi et pour vous d'avoir été son ami.

Laissez-moi me signer la vôtre

Marceline Desbordes- V almore.

1. Après avoir vu s'éteindre de la phtisie sa plus jeune fille, Inès, la pauvre mère, dont les soins et le dévouement admirable n'avaient pu conjurer la fatalité, venait de voir le même mal emporter son autre fille. Ondine était morte, le 12 février, âgée de trente et un ans. — (Voir, page 108, la lettre que Sainte-Beuve lui adressait en réponse à celle-cï-)

A F. -V. Raspail 1 .

[Paris] 17 février 1853.

Vous n'avez plus qu'à bénir la mère infortunée à genoux devant les grilles de votre prison. Tout est fini! sinon l'immense regret que vous n'ayez pas été là pour la sauver.

A plus tard, je vous écrirai. Ici, je ne peux que vous demander pardon de vous jeter mon cœur sanglant. Mais elle est libre!

Votre amie partout et toujours.

Marceline Desbordes-Valmore.

Au même.

[Paris] 15 mars 1853.

Au fond de mes ténèbres j'ai entendu le cri de votre âme. Votre lettre a déchiré mon désespoir. Grand Dieu! si près de moi par la corn-

1. Raspail, condamné en 1849 à cinq ans de prison pour faits politiques, était alors captif à Doullens. Cela n'empêchait pas madame Desbordes-Valmore, qui le connaissait depuis longtemps, d'entretenir avec lui une correspondance assez active, qui Tétait devenue plus encore par suite de la maladie de sa fille Ondine, au sujet de laquelle elle lui avait même demandé de loin des conseils. La pauvre mère annonçait sa mort à Raspail par ces quelques lignes désespérées.

passion et la sublime pitié qui nous attire tous pour vous demander du secours, Tétiez-vous aussi de la torture de votre pauvre cœur!...

Celte nouvelle est entrée comme un fer rouge dans mes blessures. Dieu me frappe dans ce que j'adore, mon enfant! et dans ce que j'honore le plus au monde, vous! et la femme digne du nom dont elle est couronnée ! Mon Dieu l !

4. Raspail venait de perdre sa femme, et il l'avait appris à son amie par cette lettre touchante : — « Citadelle de Doullens, 10 mars 1853. — Mon excellente et infortunée amie, vous m'avez appris une cruelle mort, je vous en apprends une aussi cruelle; en fait de malheur, nous sommes quittes : vous avez perdu un ange, j'ai perdu un martyr. Madame Raspail vient d'expirer, à la suite d'une maladie aussi indéfinissable que la dernière de Clément XIV \ En voulant parer tous les coups qui m'étaient destinés, mon bouclier s'est brisé à la peine; ma prison a été pour cette âme céleste une condamnation à mort. Quelle pensée horrible! La sentir mourante et n'ayant d'autre gardemalade que deux jeunes enfants qui se sont fait illusion tout le temps sur la gravité de cette maladie. N'obtenir la permission de secourir une infortunée qu'au moment où elle rend le dernier soupir! C'est & en avoir le cœur brisé! Je doute qu'elle m'ait assez reconnu pour me donner sa bénédiction. Heureusement que je l'ai vue s'endormir plutôt que mourir. Calme et souriante, son âme, sans haine et sans remords, se peignait encore sur ses traits décomposés. On écrit beaucoup de vies de saintes ^si cette âme angélique avait eu la moindre superstition, elle serait un jour canonisée. Imaginez-vous, ma chère amie, que toute peu favorisée qu'elle ait été, soit de la nature sous le rapport de la physionomie, soit de la société sous le rapport de l'éducation, je n'ai jamais cessé d'en être jaloux comme dans ma jeunesse, jaloux jusqu'à la mort, jaloux

* L'infortuné Raspail était persuadé qu'on avait empoisonné sa femme.

Chose étrange! la veille de ce coup profond, un effort se faisait en moi. Je m'ordonnais non de vous écrire, mais de lui écrire à elle-même, de la bénir de sa mission tendre et sublime, afin de lui dire que j'osais l'aimer comme la plus 'aimable expression delà pitié du ciel,... et votre lettre me cherche et me frappe l Voyez si tout cela n'est pas au-dessus de la terre, où tant de fleurs et de larmes sont tombées hier 14 mars, sur la moitié de vous-même, devant qui toutes les femmes s'inclinent et pleurent.

Marceline Desbordes-Valmore.

A Frédéric Lepeytre.

Paris, le 48 mars 4853.

Donnez-moi votre main, celle de votre femme, et embrassons-nous saintement, sans cris, sans paroles. Nous avons connu l'affreux délire, tout

depuis trente-cinq ans! C'est à ne pas le croire, mais cela est comme je vous le dis. C'était de la folie, n'est-ce pas? Eh bien, mon excellente amie, priez Dieu que je ne devienne pas tout à fait fou à force de la pleurer. On a accordé à mes deux jeunes enfants la permission de partager mon cachot; je ne leur parle que d'elle; quand les sanglots m'arrivent, ils m'étouffent moins par cette diversion. Ne lisez ma lettre à personne, on en rirait; car ce que je vous dis n'est pas naturel. Vous seule pouvez me comprendre, me plaindre et me pardonner. Adieu. — F.-V. Raspail. »

ce qui se passe dans les cœurs poignardés et brûlants. Qu'allons-nous faire de tant d'amour, de tant de terreurs!... Dites-moi, père et mère découronnés, retrouve-t-on l'ombre du repos?

J'ai fait une maladie. Je me soulève pour vous chercher, mais je ne peux vous écrire. Seulement, je vous aime bien, chers-frère et sœur! et je remercie votre courageuse amitié qui m'a cherchée. Mon mari se joint à son excellent fils pour vous envoyer sa profonde affection et leurs larmes.

L'infortuné Langlais 1 est bien malheureux!

Moi, je suis une mère à genoux qui n'ose regarder le ciel.

Voire amie

Marceline Desbordes- Valmore.

A Auguste Brizeux.

[Paris] 16 juin 1853.

Je me sens plus touchée des peines que vous avez prises pour moi que si vous aviez réussi, car vous êtes sans la joie de m'avoir secourue *.

1. Le mari d'Ondine, que la mort de sa jeune femme avait désespéré.

2. Brizeux s'était efforcé, sans y pouvoir réussir, de trouver un éditeur pour les dernières poésies de son

Pourtant, songez que c'est une extrême douceur de vous sentir intéressé à mes grands ennuis. Ne yous en préoccupez plus d'ici longtemps. Il sera bon de laisser oublier ce pauvre livre et le besoin que j'avais d'en faire... un peu de ce qui coûte si cher dans la vie. Peut-on mettre son salut sur une si petite planche? Mais le naufrage explique tout.

A vous, humble et sincère tant que je serai

Marceline Desbordes- V. *.

Au même.

[Paris] novembre 1853.

Je vous reconnais toujours à travers les toits et les murailles. La bonté, c'est le soleil : elle

amie. Ce dernier recueil ne parut que sept ans plus tard, un an après la mort de son auteur, par les soins et grâce à la générosité d'un de ses admirateurs les plus ardents, M. Gustave Revilliod, de Genève (Poésies inédiles de Madame Desbordes- Valmore, publiées par M. Gustave Revilliod; Genève, imprimerie de Jules Fick, 4860, in-8).

4. A une année de distance, le 1" juin 4854, madame Desbordes -Valmore, qui venait de lire dans la Revue des Deux Mondes le poème des Missionnaires, adressait & Brizeux ce court billet sans signature : — « J'ai entendu et j'entends encore la musique du violon divin. Dieu ne donne qu'au malheur de pareilles fêtes! Peintre mélodieux, chère voix de votre mère!... » Sur ce billet, Brizeux avait écrit ces mots au crayon : • De ma chère madame Desbord es -Val more ».

échauffe les pierres. Je puis vous assurer que Dieu ne m'en refuse pas. Je sens et je vois tant de choses sous les nuages!

Votre vraie présence m'eût pourtant consolée mieux encore que votre écriture, et je rentrais comme vous sortiez. Le cachet de votre billet était encore tout frais. Je suis si sobre d'espoir, que j'ai maintenant assez pour un mois de votre bon vouloir, et je vous en remercie sérieusement.

M. Sainte-Beuve aura bien du mal cette fois à joindre un nouveau service à tous ceux qu'il m'a déjà rendus. Les pauvres petites broderies de femme n'ont pas du tout de valeur parmi de si graves préoccupations. Je n'ai pas toutefois le courage de vous gronder de l'avoir surchargé de mon souvenir 1 . J'ai moins d'effroi de lui que de tout autre, qu'il me serait dur d'instruire, après vous, de la grande rigueur d'une épreuve si longue. Il sait ce que c'est que les coins consternés.

Toi qui rapproches tout, c'est douleur qu'on te nomme !

1. Brizeux n'ayant pu réussir h servir madame Desbordes- Valmore comme il l'eût désiré, avait sans doute prié Sainte-Beuve de s'occuper du recueil de poésies qu'elle voulait publier. Ce sont ces poésies qu'elle appelait de • pauvres petites broderies de femme ».

Très cher poète, adieu. Je salue en vous le chanteur qui fait croire en Dieu.

Marceline Desbordes.

A Madame Louise Babœuf 1 .

[Paris] .... 1854.

A peine si j'ai pu vous répondre, ma chère Louise, ayant été interrompue dans notre causerie, et vous ne venez plus. Pourquoi sembliezvous curieuse de connaître toute ma pensée sur M. Sainte-Beuve? Si vous Têtes encore, pourquoi ne venez-vous pas? Seriez-vous malade? Pour moi, je n'ai pas cessé de l'èlre depuis le 3 janvier. Je comprends maintenant vos souffrances de l'estomac par celles que je viens d'éprouver moi-même. Avant, je ne faisais que vous plaindre.

Mais pourquoi donc voulez- vous savoir si je pense beaucoup de bien do M. Sainte-Beuve?

1. Tendre amie de madame Desbordes-Valmore, femme instruite et intelligente, qui, sans être ni bas-bleu ni écrivain de profession, a publié un joli recueil de contes pour les enfants. Elle était la petite-fille du fameux socialiste Babœuf, le chef de la secte des babouvistes, qui, on le sait, mourut sur l'échafaud en 1*797, après avoir vainement tenté de se suicider pour échapper au supplice.

344 M MB DESBORDES-VALMORE.

Quelqu'un de vos amis en penserait-il du mal? Ma chère Louise, ce serait bien injuste, et je vous conjurerais de le détromper par tout ce que je voudrais pouvoir vous raconter de vrai, d'honorable et de touchant sur ce cœur-là, qui se cache sous tant d'esprit.

L'esprit, je n'en peux pas juger. C'est le droit des hommes entre eux, Louise, mais la charité nous regarde, la bonté nous attache, et Dieu sait si je suis éternellement garrottée à M. Sainte-Beuve par la reconnaissance des services sérieux qu'il m'a rendus. Je ne crois pas que l'on oblige mieux que lui, ni qu'on oublie plus noblement. Je dois m'y connaître, chère Louise. La dureté de mon sort m'a mise à même d'apprendre quand c'est une joie divine d'être protégée ou quand c'est la plus amère punition d'être au monde. J'ai vingt lettres de bénédictions de malheureux que je lui ai fait secourir dans leur liberté compromise, rendue par lui à force de courir et de prier, et puis donnant, donnant toujours. De plus, que ne m'a pas appris sa mère, qui l'adorait, en le grondant? « Il n'a jamais de chaussettes, me disait-elle; il donne tout, comme Béranger. » (Avec un autre accent, c'est vrai, mais avec la même âme.) Et dans les temps politiques, que

de pensions conservées grâce à la chaleur de ses protestations. J'en sais plusieurs, sans me compter.

Quand on vous dit, ma bonne amie, que j'aime à tort et à travers, ne croyez donc pas cela. J'aime ce qui est élevé, honnête, ardent à secourir. Ainsi, vous savez bien qui j'aime, et pleure, et honore en moi comme au fond d'une chapelle ardente. Le reste ne me regarde pas.

Pourtant, je ne vois plus M. Sainte-Beuve; mais qu'est-ce que cela fait? Je suis devenue par trop triste, et lui qui l'est aussi sous d'autres rapports, est emporté comme sur un chemin de fer. Moi, je suis tombée.

Quand vous viendrez me voir, vous comprendrez très bien pourquoi je ne suis pas allée moi-môme vous dire tout cela. Il n'y a que deux jours que je crois à ma convalescence, dont je vous donne la preuve en vous écrivant si mal ce que je pense : c'est que je vous aime de tout mon cœur, vivant ou bien malade.

1. Cette lettre étant tombée dans les mains d'un amateur d'autographes, celui-ci, fort délicatement, en fit hommage à Sainte-Beuve, auquel il l'adressa en l'accompagnant de celle que voici : — • %% mars 1859. Monsieur, obligé de me séparer peu à peu d'une petite collection pour la formation de laquelle aucun sacriGce ne m'avait coûté, je viens vous

346 M UB DESDORDES-VALMORE.

A Mademoiselle Marie Babœuf 1 .

[Paris] 1854.

Ma chère Marie,

Ecoute bien. Par une faveur inattendue de la Providence, j'ai une bonne nouvelle à donner à ta charmante mère, et c'est par toi que je l'envoie à son cœur.

prier de vouloir bien agréer Tune des perles des quelques autographes qui me restent encore : je veux parler d'une charmanlc lettre, émanant d'une personne qui n'est pas moins noble par le cœur que par le talent, et dont sans doute vous avez déjà reconnu récriture en ouvrant la lettre que j'ai l'honneur de vous adresser. J'étais si content d'entrer en possession de celte lettre que, pour l'avoir, je me suis obligeamment fait secrétaire d'un secrétaire. J'ai écrit sous sa dictée environ quatre-vingts feuillets de copie in-quarto, et cela, un dimanche, par un temps magnifique. Si un marchand d'autographes peut estimer de quelque valeur la lettre que je prends la liberté de vous faire parvenir, cette valeur, quelque élevée qu'elle puisse être, serait toujours éloignée du prix que j'y attachais et de la somme de plaisir que je ressentirai, Monsieur, si mon petit envoi peut vous être agréable. D'ailleurs, un autographe empreint d'un caractère d'intimité quelconque ou renfermant certains détails privés, ne devrait jamais se vendre et passer en des mains étrangères, du vivant de ceux qu'il concerne. En vous priant d'agréer mes excuses, permettez-moi, Monsieur, de vous offrir la respectueuse assurance des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur. — On tel me Choux, chaussée du Maine, 98, au Petit-Montrouge. • 1. Fille de la précédente, et pour qui madame Desbordes- Valmore avait une affection toute maternelle. On disait d'elle que c'était le charme personnifié. Elle devint plus tard madame Versigny.

La Providence me jette un prix comme elle fait pleuvoir sur des plantes qui n'en peuvent plus. La justification de ce prix académique c'est la Providence elle-même, qui n'y regarde pas de si près pour relever les souffrants. Peu importent les fautes d'orthographe ; sa tendresse met des fleurs dessus, et ce n'est pas surtout entre femmes qu'il faut s'arrêter à celte grave dispute. Que de raisons, plus graves encore, me forcent à bénir cette indulgence inespérée des grands juges! Moi qui passe ma vie à genoux pour demander à Dieu des juges cléments à tous !

Je n'ai pu réjouir plus tôt la mère de ce filet d'eau pure versé vers mon désert. J'irai la voir pour lui expliquer un tel événement, qui est encore comme à l'état de rêve pour moi.

Puisse-t-il entrer comme un bon présage dans votrô maison! Je suis si sûre qu'il épanouira vos chers visages de toute la bienveillance satisfaite de vos cœurs !

Ta sincère amie, Marc. Desb.-Valmore 1 .

4. A l'incitation de Victor Cousin, madame Desbordes- Valmore avait présenté à l'Académie française un volume intitulé les Anges de la famille, et l'Académie avait attribué à cet ouvrage un des prix dont elle est la dispensatrice, le prix La Roche-Lambert. 11 est au moins singulier que

A Auguste Brizeux.

[Paris] 12 avril 1855.

On m'honore beaucoup en m'envoyant (ignorant votre adresse) un discours où votre nom s'élève à chaque ligne. Cet envoi du jeune homme qui vous est inconnu équivaut à la prière de vous faire parvenir sa pensée. J'en possède le double. Recevez, chère âme des blés, ce pur encens parmi vos hautes gerbes. Respirez-le comme une petite fleur qui vous cherche d'instinct. Si vous n'y trouvez pas la délicatesse exquise et la noble grâce de votre poésie, songez qu'elle n'est nulle part qu'en vous. Je dis ce que je pense de vos juges. Leur vraie louange est dans quelques larmes qui ne s'écri-

la seule distinction que l'illustre compagnie ait jamais accordée à ce grand poète l'ait été justement pour un yolume de prose. Quoi qu'il en soit, Victor Cousin, qui, on le sait, n'était pas l'amabilité en personne, adressait à ce sujet, à madame Desbordes-Valmore, le très gracieux billet que voici : — « Vendredi. Chère Madame, je ne veux pas différer de vous dire combien j'ai été heureux d'apprendre de vous que l'Académie m'avait tenu parole. 11 m'est fort doux d'avoir pu concourir à vous donner un moment de joie. Mais ne me parlez pas de votre reconnaissance. Je prétends à d'autres sentiments, en consultant ceux que j'ai pour vous. Votre bien dévoué. — V. Cousi\ »

vent pas. Il faut pourtant bien essayer de vous faire comprendre que vous êtes un grand poète. Ne vous fâchez pas! M. Victor Fournel aurait du moins voulu le signer de son pur sang.

Je crains que vous ne soyez parti. Je ne saurais alors où vous envoyer ceci, car Pauline ' en a peur de son côté, et mon cher fils, qui vous aime tant, ne peut prendre ses ailes pour vous poursuivre. Il est dans un de ces coins où les ailes ne s'ouvrent jamais.

Soyez heureux partout et avec vous-même.

M ne Desbordes-Valmore.

Si vous êtes encore avec nous un peu, ne viendrez-vous pas quelque jour avant sixheures? Ce sera un témoignage de bonté pour nous trois, qui sommes fiers de respirer l'odeur de votre gloire, — pourquoi pas de votre félicité parfaite? enfant béni de votre mère!

Page 1