‹ La jeunesse de Mme Desbordes-Valmore d'après des documents nouveaux: d'apre?s des documents nouveauxChapitre 61 sur 62 · Déjà très malade, Brizeux avait failli mourir. C'est à la · texte numérisé non relu

Déjà très malade, Brizeux avait failli mourir. C'est à la

êtes pour tout le monde ce que vous êtes avec nous, vous, le moins déguisé des hommes.

Mais comment voulez-vous que nous ne vous aimions pas de tout notre cœur, en restant pour nous si bon, si doux, si fidèlement notre Brizeux, de près comme au loin?

Allez! faites l'école buissonnière, buvez l'air pur qui rafraîchit la vie. Songez quelquefois que vous êtes de la nôtre, ce qui est très vrai, et rapportez-nous, quand vous pourrez, un grain de ce pur froment du bon Dieu dont la verdure couvre toutes les belles pages de vos chers livres.

Noire Pauline m'écrivait de bien charmantes paroles sur vous il y a peu de jours '. Quand la

secousse qu'il était allé une première fois eil du Midi à Montpellier, d'où il avait écrit

suite de cette chercher le soleil à ses amis.

1. Pauline, c'est madame Duchambge, que Brizeux aimait à l'égal de Marceline. Qu'on se rappelle les jolis vers qu'il adressait à l'une et à l'autre :

Je relia vos vers, Marceline !

Le cœur ému, les yeux en pleura ;

A cette douceur féminine

Qui nous console en ses malheur*,

Pauvre, j'adresse quelques fleurs,

Les plus fraîches de ma colline.

Détachez-en une églanline, O vous, sa compagne en douleurs, Sous les mêmes couleurs Harpe plaintive et cristalline :

Le cœur ému, les yeux en pleurs.

Je redis vos chansons, Pauline!

366 M* E DESBORDES-VÀLMORE.

fièvre que j'ai me laissera sortir, j'irai la réjouir de l'annonce de votre retour. Comme nous sommes heureux d'y croire! et de vous dire : A bientôt, chère âme des blés! Nous avons déjà béni votre mère de tout ce qu'elle a fait pour vos pauvres amis *, moi, ne le pensez-vous pas? à leur tète, à leur suite et partout, tant que je serai

Marceline Desbordes -Valmore.

A F.-V. RaspaiL

[Paris] février 4857.

... C'est que le temps a coulé comme s'il était rempli des meilleures choses du monde.

Plus vite peut-être, car il n'en reste aucune moisson, aucun fruit, en apparence du moins; car, au fond de ma conscience, une idée sérieuse est mêlée aux accablements amers qui m'ont surmontée à l'extérieur depuis plus de six mois.

Vous comprendrez mieux que personne mes lettres, qui ne sont que pour vous. Vous saurez toujours les rejoindre dans leur décousu qui

1. En consentant à se séparer de son 01s, pour le laisser aller à la recherche d'un ciel plus doux.

n'a rien de blessant pour vous, j'en suis sûre. Votre cœur sait tout rajuster, comme votre génie sait tout guérir. Voilà pourquoi, par moments, votre absence me cause une tristesse toute personnelle. Je me persuade d'une vérité, c'est que je serais plus forte si j'étais soutenue par vous. Mais enfin, quelles que soient mes lettres sans commencement ni fin, vous savez qu'elles ne sont que la continuité d'une même pensée, de la même affection qui croit dans la vôtre. Muette ou réprimée, elle vit puisque j'existe. Où voulez-vous que j'aille pour oublier vos lumières, vos larmes, vos consolations répondant à mes cris?... Je ne crie plus, bon Socrate, mais la main sur le cœur blessé sans retour, je sens que vous y êtes avec elles deux l . . . avec Dieu qui nous aime aussi, quoiqu'il nous ait fait affreusement souffrir... Mais vous aviez la main plus ferme pour boire cette ciguë î

Je ne vous ai rien dit de ma reconnaissance pour l'accueil que vous avez fait à une pauvre et bonne voyageuse à laquelle vous avez rendu un peu de calme et beaucoup d'avenir; mais il lui fallait votre présence et le pouvoir de votre

1. Sa fille Ondine et madame Raspail, mortes toutes deux. Voir les deux lettres à Raspail des 17 février et 15 mars 1853.

parole pour mettre de l'ordonnance dans ses peurs de femme qui sont bien touchantes, mais, je crois, pleines d'imprudence. Elle perd la têle, et court d'épreuves en épreuves pour se délivrer d'un mal qu'elle accroît sans doute par l'inconstance de ses remèdes. Comment oser croire qu'au moins un charlatan ne se trouve pas parmi tous les conseillers qu'elle implore? Je ne la vois plus qu'à peine, mais je sais ce triste détail par quelqu'un de sa famille qui en pleure. Merci à vous pour les jours meilleurs et les nuits de sommeil que vous lui avez rendus.

Je ne peux me défendre de vous dire au revoir, bien cher ami du malheur. Puisque Dieu ordonne l'espérance, où pourrions-nous la placer mieux? Nous lisons avec un curieux plaisir tout ce qui nous parvient de vous, et j'y trouve la réponse à bien des vœux de mon pauvre esprit; et une santé très mobile s'en est trouvée souvent encouragée, parce que j'ai le bonheur de croire en vous, je vous l'ai dit souvent, autant que j'ai celui de vous aimer. Marceline Desbordes- Valmore.

A Auguste Brizeux.

Paris, 6 septembre 1857.

C'est donc vous qui êtes venu me voir, bien cher ami? Et vous savez, n'est-ce pas, comment vous avez été reçu?

On m'empêche de parler et d'écrire *; mais de vous répondre, c'est impossible, car mon nom du moins vous dira mieux que tout que vous avez encore cette amie.

Pourquoi vous a-t-on donné l'éveil inutile sur ma maladie? Doit-on envoyer rien de triste aux absents? Votre sécurité m'est plus nécessaire que votre lettre, si chère pourtant!

quoiqu'elle ne guérisse pas mon trouble sur votre santé. Quand je ne vous sens plus auprès de voire mère, je deviens toute éperdue comme si vous étiez un enfant et que j'eusse, comme elle, le droit de me tourmenter après vous.

Vous me dites que vous n'êtes pas un homme

1. Elle était fort malade alors. Brizeux, l'ignorant, était Tenu lui Taire visite, et n'avait pu la voir. Il était reparti pour Brest, où elle lui écrivait. Lui-même sou (Trait depuis longtemps du mal qui ne devait pas tarder à l'emporter. On sait qu'après avoir été chercher de nouveau l'air du Midi, il mourut peu de mois après, à Montpellier, en mai 1858.

370 M* B DESB0RDES-VALM0RE.

sage, hélas! Je n'en sais rien, et c'est ce qui importe peu à mon amitié. Seulement, je pleurerais si les résultats en étaient nuisibles à votre santé, parce qu'il y a bien longtemps que nous croyons être vos plus tendres amis. Et vous, mon cherBrizeux, ne le pensez- vous pas?

Hippolyte m'a dit vous avoir écrit, ce qui me calme un peu de n'avoir pu vous répondre.

Ne vous inquiétez pas si son cœur se plaignait au vôtre. Tout mal peut se changer en bien, et si j'apprends bientôt qu'il en est mieux de ce que vous avez souffert, quel changement pourra se répandre dans tout moi-même !

Je voudrais ne vous envoyer que des paroles joyeuses, à vous qui ne m'en avez jamais dit que de douces et d'affectueuses. Jugez s'il faut que vous soyez tout un homme sage pour que vous nous soyez le plus cher, vous, le meilleur et le plus vrai !

Oui, vous aviez donné le bon conseil; mais si nous pouvions nous parler, vous ne douteriez pas que tout m'a empêché de le suivre.

Croyez-moi en cela comme en tout. Je ne respire que de votre liberté, et je vous prie avec ferveur de chercher toujours un abri dans votre indépendance. Tout en vous désirant aux Pyrénées, je pense que le lieu le plus voisin de l'air

natal est toujours favorable, et vous en êtes moins absent de cette mère, celle qui est allée en Italie pour vous faire dire les plus belles tendresses que le monde ait jamais entendues ! C'est peut-être là ce qui vous a rendu cher à moi comme un fils errant.

À présent, je vous quitte avec une grande peine, ne vous ayant pas dit un mot de ma sincère amitié.

Marceline Desb.-V".

Je ne trouve pas une prière assez forte, assez tendre, pour vous prier de renoncer, durant quelque temps du moins, à ce qui peut vous faire du mal. Rien ne vous gronde en moi, mais tout veille pour vous.

A Pauline Duchambge.

[Paris] jeudi 3 décembre 1857.

Que tu as une adorable bonté! M'écrire sans que je puisse te répondre, ma Pauline !

Quelle tendresse que la tienne, dans cette terrible époque ! Aussi, comme je t'embrasse de l'àme !

Aucun détail ne m'est indifférent de ce qui t'entoure et te tourmente. Le mot le plus pénétrant de ta lettre est celui-là : « Je vais mieux ». Ah ! oui, c'est un peu de ciel. Je s$is qu'il y a bien des orages dans peu d'espace, même entre d'honnêtes gens. L'amour seul, l'amour divin les apaise, et tu as cet amour : emploie-le!

Samedi.

Tu vois, je n'ai pu finir. Je pense à toi... et je me tais pour souffrir sans hurlements. Je vis dans l'impossible. Je ne sais plus rien de la vie réelle, si c'est la vie. Ma chère âme, je ne puis que t'embrasser et te tracer sans suite ce sentiment immuable qui m'attache à toi.

Mes douleurs sont sans expression. Je ne sais pas trouver une place.

Bon ange aimé, ne viens pas. Soigne-toi.

C'est un crime envers ce qu'on aime de se négliger. Je le vois.

Je fais beaucoup pour me soulager... mais rien!...

Tu as raison dans tout ce que tu penses de cette maladie.

J'ai mieux aimé t'écrire ce brouillon que de faire écrire mon cher Hippolyte. Enfin, tu

verras mon écriture et le nom de ta bien tendre et fidèle

Marceline f .

1. L'affection mutuelle de ces deux femmes était vraiment touchante, et on pourrait la trouver excessive dans son expression si cet excès même n'était une preuve de sa sincérité. Voici un billet que Pauline écrivait elle-même à Marceline (7 mars 1846); on y trouve le même accent de tendresse ardente et expansive : — « Il faut que je t'écrive, car je n'y tiens plus! J'étouffe de ne pas te voir, j 'étouffe de tristesse, de chagrins graves, de démarches pénibles, humiliantes. Mon Dieu, il* y a quelques jours, dans ma solitude, je repassais dans ma mémoire tous ceux que j'ai connus, hommes, femmes, société, affections... Pas un qui n'ait blessé mon cœur, et toi, toi seule m'es apparue comme un ange consolateur qui jamais n'a élevé, proféré une parole qui m'ait affligée. C'est pourtant vrai, Marceline ! Aussi que je l'aime! que je vis en toi et ta famille! Va, je n'en connais pas d'autre... Je t'aime. •

Page 1