La jeunesse de Montalembert [microforme]
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M. le Président’, Messieurs,
Peu de mois avant sa mort, M. de Montalembert écrivait à des étudiants suisses qui lui avaient adressé un témoignage d’intérêt : Même quand ils ne me demandent rien, je me sens toujours porté À crier aux Jeuncs gens : “ Courage et confiance! Travaillez énergiquement pour ia bonne cause, pour la vérité, la justice et la liberté, et soyez sûrs que vous ne vous en repentirez Jamais. Il faut espérer et persévérer.
Mais, quand même on serait sans espoir, il faudrait encore lutter sans peur, ne fût-ce que pour l'honneur de notre drapeau, ne fût-ce que pour rev. diquer une piace parmi les cœurs généreux, parmi les âmes
! M. Adolphe Chauvin, avocat,
vraiment libérales, parmi les solides chrétiens de notre siècle.”
On n’est nullement surpris de recueillir ces chaudes paroles sur les lèvres presque mourantes de l'illustre fondateur du parti catholique en France. Il n'en a jamais dit ni écrit que de semblables, au cours de sa vlorieuse carrière, et tous ses actes publics en ont été la confirmation et la dé.
monstration. On s'en étonne encore moins, quand on a eu le rare bonheur de lire l’expression intime des pensées ct des sentiments qui embrasaient et soutenaient, à dix-huit et à vingt ans, cette âme, l’une des plus hautes, des plus pures et des plus généreuses qui soient sorties Ges mains de Dieu et de l'eau du baptême. À quarante ans de distance, il ne parle pas autrement, Il aime les mêmes choses, il sert les mêmes causes. Seulement, il demande en vain à des forces épuisées le secret du même dévouement et de la même activité.
! Lettre à l'Association des Etudiants suisses, séant à Brigg,
en Valais, insérée dans le />ançais du Ier décembre 1869.
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DE MONTALEMBERT, 7 C'est l'âme de Montalembert à vingt ans, Messieurs, son âme de jeune homme chrétien et chevaleresque, que je voudrais vous ouvrir ce soir, à l’aide de confidences et de révélations dont la lecture tiendra, durant cette heure d'entretien, beaucoup plus de place que leur analyse et leur commentaire, C'est lui qui parlera, qui se dira devant vous. Mon rôle se bornera à peu près à faire parvenir ses paroles à vos oreilles.
Je ne vous demande que de leur ouvrir vos cœurs. À votre âve, il est bon de contempler de beaux et purs modèles. L'admiration et l'amour qu'ils inspirent, attirent en haut, et, si l’on ne trouve pas toujours, dans son courage ou dans la vivacité de sa foi, la force de les reproduire dans sa vie, on leur accorde du moins un hommage qui est la revanche de la conscience méconnue et la source des réactions salutaires.
‘Charles-Forbes-René de Montalembert naquit à Londres, le 15 avril 1810. Il
était fils de Marc-René, comte de Montalembert, qui, après avoir, dans la légion de son nom, dont son père était le colonel, fait toutes les campagnes de l’armée de Condé, avait, au licenciement de ce corps en 1799, pris du service dans l'armée anglaise et épousé la fille unique de M. James Forbes, des comtes de Granard en Irlande. Les Forbes étaient premiers barors d'Écosse, Une branche de cétte maison s'établit en Irlande en 1620, et le chef de la famille fut créé comte de Granard par Charles II.
C'est à la branche d'Irlande qu'appartenait M. James Forbes’.
Ainsi, dans 5es veines coulaient, mêlés, le sang catholique et le sang royaliste de deux vieilles familles aristocratiques de France et d'Irlande qui avaient également souffert pour leur foi religieuse et pour leurs convictions politiques. Il devait puiser à cette source cette profonde aversion de l'oppression des consciences et des libertés publiques qui a
1 Foisset, Le Comte de Montalen ert.