‹ La jeunesse de Montalembert [microforme]Chapitre 7 sur 7 · G8 LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

G8 LA JEUNESSE

ques propos aimables, il s'excusa, ayant à expédier ses nombreux clients, et introduisit son hôte dans le salon de famille.

“Grande fut la surprise de Montalembert.

Le salon où il entra, était rempli d'une société bruyante et joyeuse. Toute la famille d'O'Connell s'y trouvait réunie, ses enfants, ses gendres et belles-filles, ses neveux et nièces et ses nombreux petits enfants. Chacun s'empressa autour de l'étranger, qui gardait bonne contenance, mais était consterné au fond d'avoir tant de connaissances à faire, tant de mains à serrer, tant de saluts à rendre. Qu'allaient devenir ces beaux entretiens qu'il avait rêvés sur la politique, la liberté et l'avenir de l'Eglise? Etait-ce donc pour se trouver dans ce milieu qu'il avait accompli ce long voyage, pour jouir, une nuit, de cette hospi talité bourgeoise qu'il avait traversé la mer et les montagnes ?

“Après une longue et pénible attente, O'Connell entra. L'heure du dîner était venue, On se mit à table au nombre de

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d'une e Ja CE, SES petits ir de ance, tant ins à laient avait venir uver long OSpImer

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vinot cinq. Montalembert espérait se dédommager. Nouvelle déception. Ce fut à peine si O'Connell toucha, en passant, les hautes questions politiques. En revanche, il se montra gai, spirituel, plein d'entrain. L'idée lui venait de moins en moins qu'un jeune Français de vingt ans pût préférer une conversation sérieuse aux badinages ordinaires en pareil cas.

“ Le repas se termina aux sons de la cornemuse irlandaise. Montalembert se disrrand homime, mais

posait à aborder le

Ç O'Connell se déroba de nouveau, engagea

les jeunes gens à bien s'amuser et s'assit dans un coin du salon, pour dépouiller sa correspondance et lire les journaux. Puis on invita Charles à danser. En vérité, il avait bien le cœur à la danse! Son désen chantement était complet, et, regardant à la dérobée la bonne figure d'O'Connell, plongée dans ses papiers : ‘“ Je me suis trompé, pensait-il avec désespoir. Cet homme est loin d'être l'objet le plus intéressant de l'Irlande. [a l'air d'un bon fermier.” [l'est probable

aussi que les jeunes dames de la maison n'éprouvèrent pas un moindre désappointement et trouvèrent M. le vicomte de Montalembert bien original et bien maussade.

“ Le lendemain matin, Charles, après une heure de conversation avec O’Connell, continua son voyage. Un meeting populaire devait avoir lieu à Killarney. Montalembert y assista ainsi qu'au banquet donné à cette occasion. Toujours sous l'impression de sa déconvenue, il trouve tout exécrable, le dîner et les discours. La foule trépigne, “applaudit furieusement son libérateur.” Charles reste glacial et mécontent. Il juge l'illustre tribun avec un dédain tout aristocratique ; il s'amuse à noter certaines particularités qui lui semblent ridicules, comment O'Connell divise ses discours en quatre parties et marque la fin de chaque point en retroussant un des coins de ses manches ; comment, quand il a lancé une phrase vivoureuse, il renfonce sa perruque avec un mouvement presque convulsif, etc. ‘Son éloquence, conclut-il, ne m'a nullement ins-

uison inte- Vonle.

; une conilaire nbert COLTE de sa le, le Igne, teur.” juge

‘Son : ins-

piré. Ce n'est qu'un démagogue, ce n'est nullement un grand orateur.”

Plus tard, heureusement, remis d'une mauvaise digestion et d'un excès d'esprit classique, il reviendra de cette impression et consacrera, dans son livre : De l'avenir politique de L'Ansoleterre, un chapitre spécial à étudier le caractère, le rôle et l'œuvre du premier et, —le mot n'est pas exagéré, — du plus gigantesque porte-drapeau de la liberté religieuse au x1x° siècle,

Et en 1847, quand le grand patriote passa,

mourant, à Paris, s'acheminant vers la Ville éternelle où arriva seul, aux mains de son fils, son cœur qu'il lui avait légué, Montalembert, à la tête d'une délégation de catholiques militants, alla le saluer et lui offrir la sympathie de ce petit bataillon qui devait accomplir, les années qui suivirent, de si grandes choses et provoquer la réaction religieuse dans leur pays : ‘“ Nous sommes tous vos enfants, lui dit-il, ou, pour mieux dire, vos élèves. Vous êtes rotre maître, notre modèle et notre glorieux précep-

teur... Vous n'êtes pas simplement l'homme d'une nation ; vous êtes l'homme de la chrétienté tout entière, Votre gloire n'est pas seulement irlandaise, elle est catholique !

Partout où les catholiques renaissent à la pratique des vertus civiles et se dévouent à la conquête de leurs droits légitimes, après Dieu, c'est votre ouvrage.”

Louis Veuillot était à. Il a raconté cette entrevue dans une page d'une émotion pénétrante. J'en détache ces lignes : “ O'Connell répondit par quelques mots que nous pûmes à peine entendre... Nous nous retirâmes l'âme brisée. Il nous semblait que tout était fini et qu'O'Connell de moins, la longue nuit reprenait son empire. “Mais non, me dit Tessier, non. Il faut que le grain meure, ce n'est que le semeur qui tombe. Atten-

dons les trois jours.”

“ Attendons les trois jours !” Messieurs, je les attends moi-même, après

cette heure d'entretien, je les attends de

Là

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à la ent à après

cette Jénénnell mes Âmes

tout noue , me eure, tten-

Di MONTALEMBERT. 13 vous. Toute parole est une semence. Toute âme qui la reçoit, une terre en laquelle elle doit germer et fructifier. Je viens de jeter quelques paroles dans la terre de vos âmes.

La plupart d'entre elles, je vous l'avais annoncé, ne venaient pas de mon esprit.

Mais elles ont passé par mon cœur et par mes lèvres, et mon cœur ne les a confiées à mes lèvres que dans l'espoir d'atteindre la profondeur de vos âmes et d'y rencontrer Île

cénéreux désir qui seul peut les faire fruc-

tiher.

En quittant l'Irlande, le noble jeune homme que je viens d'évoquer devant vous, s'écriait : ‘ Longtemps, mon cœur sera rempli de ces doux souvenirs, comme le vase dans lequel on a distillé des roses ; on peut détruire la coupe, mais le parfum des roses s'attache encore à ses débris.”

Un discours, qu'il soit d'or ou d'argile, est un vase brisé dont la mémoire n'emporte que des fragments. Mais, s’il est vrai que le sarfum des roses s'attache à l'argile des

débris, en prenant congé de moi, j'ose

espérer que vous emporterez, dans vos

cœurs, le parfum d'une noble et grande âme

qui a vibré quelques instants pour vous à

travers mes paroles.

Puisse-t-elle, après avoir captivé votre amour et votre admiration, imprimer sa ressemblance à votre vie, fortihier, élever, sanctifier votre Jeunesse, pour féconder et

illustrer votre âge mûr !

GUSTAVE Bourassa, Ptre.

Montréal, Cercle Ville-Marie,

s avril 1805,

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