‹ La jeunesse de Montalembert [microforme]Chapitre 6 sur 7 · PRE RTS RATS ENTER · texte numérisé non relu

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DE MONTLLEMBERT.

“ Derrynane est peut-être l'endroit le plus sauvage du comté de Kerry, qui passe pour le plus sauvage de l'Irlande. C'est une petite baie ouverte sur l'Atlantique ; des montagnes boisées l'entourent de toutes parts ; le Gulf-stream y entretient une douce température et y développe une flore merveilleuse. Le Aoë sans couronne de l'Irlande trouve ce lieu unique au monde. ‘ Il l'adore, nous dit Montalembert, il en a toujours l'éloge à la bouche.”

“L'abbaye se compose d'une vaste maison rectangulaire, flanquée d'ailes à ses extrémités et entourée d'arbres et de pelouses.

De la bibliothèque, on jouit d'une vue admirable sur l'Océan et les montagnes.

“ C'est Jà, dit O'Connell, que je formai le grand projet de laisser, à ma mort, ma terre natale plus heureuse que je ne l'ai trouvée à ma naissance et de la rendre, s'il plaît à

Dieu, glorieuse et libre... Que ne puis-je

vous faire admirer ces immenses baies et ces promontoires de montagnes, dont l'exquise beauté est maintenant adoucie par la

pâle clarté de la lune qui enchante cette soirée. Tout ce qui, pendant le jour, se montrait orand et terrible, offre, dans la tranquillité silencieuse de la nuit, un spectacle plein de sérénité. Vous pourriez vous convaincre que l'homme si souvent traité de féroce démagogue est, en réalité, un doux amant de la nature, un admirateur enthousiaste de toutes ses beautés, puisant dans la majesté ou la tristesse de l'Océan et de ces scènes alpines qui l'entourent, au milieu de son inexprimable admiration des œuvres divines, une plus vive ardeur pour travailler au bien des hommes.”

“À Derrynane, O'Connell mène une vie toute patriarcale. Son temps se passe à s'occuper des affaires d'Irlande, à chasser dans la montagne, à jouer avec “ses chers petits enfants” et à prier. Car il ne reste pas un seul jour sans entendre la messe, faire sa méditation et réciter le bréviaire avec son aumônier.

“En arrivant plein d'enthousiasme à Derrynane, Montalembert trouva la porte

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porte

de l'abbaye assiégée par un groupe d’Irlan-

dais aux costumes bariolés. [ls atcendaient le retour d'O'Connell pour le consulter sur leurs affaires ; chaque jour, 1l accueillait ainsi avec bonté une foule de pauvres gens qui avaient recours à ses conseils. Cette circonstance ne fit qu'augmenter la vénération du jeune voyageur: ne venait:il pas, lui aussi, pour une grande consultation d’où peut-être allait dépendre sa vie entière ?

Sans prendre garde au tapage assourdissant des paysans, il s'assit et prit patience.

‘* Bientôt parut ‘‘le conseiller”; c'est Île nom que les Irlandais donnent à O'Conneli.

[Il tendit la main à Montalembert avec rondeur et affabilité. C'était un homme de hauce stature, à la physionomie enjouée et brillante de santé, au regard franc et animé, Mais pourquoi ses yeux ne pénétrèrent-ils pas, ce jour-là, au fond de l'âme supérieure que Dieu lui envoyait ? Manifestement, il prit Charles pour un de ces jeunes Français amenés près de lui par la curiosité, attiré par son universelle renommée. Après quel-

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