CLXIX. Lettre de La Bruyère à Bonaparte
Paris, 15 fructidor an IX.
L’adjudant commandant La Bruyère, au Premier Consul.
Général consul,
Persuadé qu’un ancien élève de l’École militaire et votre contemporain, tant à Rabais qu’à Paris, pouvait s’adresser à vous avec confiance, pour réclamer ses droits, je me suis présenté à votre audience. Je sors d’une famille dont les ancêtres ont toujours servi l’Etat; on peut facilement s’en assurer dans les bureaux de la guerre. Trois de mes oncles ont été tués à l'affaire du Mein. Mon père, également ancien officier, a reçu plusieurs blessures, et a fini sa carrière au service. Orphelin dès mon bas âge, le gouvernement reconnaissant se chargea de mon éducation et me plaça en 1777 à l’âge de onze ans à l’École militaire de Rebais. J’en suis sorti pour entrer à celle de Paris. Je passai de là officier dans un régiment; j’y ai servi jusqu’en 1792 où l’on me donna à Mayence un bataillon de grenadiers. Vingt-cinq blessures que j’avais reçues dans plusieurs affaires, quatre ebevaux tués sous moi etdifférentes actions d’éclatme firent obtenir le 10 vendémiaire an II le grade d’adjudant général. J’cn ai rempli les fonctions jusqu'à ce jour et avec honneur. Le relevé ci-joint de mes services et les nombreux certificats dont je suis le porteur peuvent le prouver. L’éducation que j’ai reçue avant et pendant mon séjour à l’Ecole militaire m’a mis à même de m’instruire dans la fortification, le dessin et les mathématiques; j'ai étudié le cours complet de Bossut; j’ai même remporté à Rebais des prix dans chacune de ces sciences. A Paris, j’ai appris trois ans et demi l’équitation, et lors de mon départ j’étais le plus fort pour monter les sauteurs. Les professeurs de l’Ecole militaire qui sont actuellement à Paris peuvent rendre compte du degré de mon instruction. J’ai été quelque temps officier instructeur dans le 32e régiment. J’ai rempli également les fonctions de quartier-maître. Le général divisionnaire Vimeux, qui est à Paris, peut le certifier. Tout cela réuni, citoyen général consul, me fait espérer que vous accueillerez favorablement la demande que je fais de rentrer en activité dans mon premier grade. Salut et respect,
La Bruyère.
[On lit en tête de la lettre : « Renvoyé au ministre de la guerre pour me faire un rapport. » Paris, le 20 complémentaire.
Le Premier consul, Bonaparte.]