‹ La jeunesse de Napoléon (volume 2)Chapitre 16 sur 188 · III. Sionville · texte numérisé non relu

III. Sionville

Jean-Prosper Sionville, né le 2 juin 1715 à Salmonville-la-Sauvage (Seine- Inférieure), volontaire au régiment de Montmorency (1728), ingénieur volontaire au siège de Pbilipsbourg (1734), ingénieur géographe de l'armée de Maillebois en Corse (1739), lieutenant de la compagnie franche d’infanterie de Provisy (1er avril 1743), capitaine d’ouvriers volontaires royaux (3 avril 1746), lieutenantcolonel du régiment de Bouillon (1er février 1757), colonel à la suite de la légion royale (30 novembre 1762), employé en Corse (juin 1768), brigadier (3 janvier 1770), maréchal de camp (1er mars 1780), mort à Sartène au mois de septembre 1789. Tous les généraux qui commandèrent en Corse ont fait

l'éloge de Sionville. Le maréchal de Vaux le nomme un très bon officier, et fort nécessaire. Marbeuf assure qu’aucun officier n’a eu autant de travail et de fatigue à essuyer, qu’il est l’homme le plus propre au pays, qu’il porte partout une incroyable activité : « Je ne puis assez me louer de son zèle et de son intelligence dans les affaires de la nation dont il connaît bien le génie ». Bavrin avait la plus grande confiance dans l’expérience et l’autorité de Sionville : <« Cet excellent officier général, disait-il, commande depuis longtemps dans la partie d’au delà des monts où les peuples sont très remuants, et connaît non seulement le pays, mais tous les individus ». Et lorsqu’il apprit la

mort de Sionville, il lui fit cette oraison funèbre : « La mort de Sionville,

arrivée dans le moment où il était le plus nécessaire, a privé le service du roi de scs connaissances et de sa bonne tète, et moi de ses conseils : depuis que j’ai l’honneur de commander ici, je n’ai pris aucun parti intéressant sans l’avoir consulté, quand j’en ai eu le temps ; j’en suis aussi affligé qu’embarrassé ». Mais les Corses accusèrent Sionville d’avoir déployé, même en leur prenant leurs armes et en veillant à la tranquillité du pays, un caractère capricieux et cruel, trace e bisbetico. Il inclinait, dit Ambrosio Rossi, au barbaro, feroce e rninaccioso. Peu d’instants avant sa mort, il avait tenté de s’opposer, avec le juge royal Yidau, à la formation de la garde nationale de

Sartène. Le peuple l’accueillit par des menaces et des huées; Yidau s’enfuit;

Sionville, rentré dans sa maison, mourut d’une fièvre violente, et, écrit Renucci, les larmes de la reconnaissance publique ne baignèrent sûrement pas la tombe de ce fauteur si ardent de l’arbitraire.

Page 1