IV. Jacques-Pierre Abbatucci
Giacomo-Pietro Abbatucci, né le 7 septembre 1723, était, de l’aveu des Français, l’homme d’au delà des monts qui passait pour avoir le plus de talents et le plus de réputation. « 11 a, disait Marbeuf à Cboiseul, de l’esprit et du crédit, et doit avoir un grand parti »; c’est, écrit Pommereul, le seul Corse digne et capable d’être le rival de Paoli. La monarchie, reconnaissante de ses services, le nomma capitaine de dragons dans la légion corse avec rang de lieutenant-colonel (1er septembre 1769), puis lieutenant-colonel du régiment provincial corse (23 octobre 1772) et lieutenant-colonel titulaire du même régiment (25 juillet 1777). Mais il s’était attiré l’inimitié de Marbeuf et de Sionville. Le 5 juin 1779 il fut condamné par le Conseil supérieur, pour subornation de faux témoins, à neuf ans de galères. Un arrêt du Parlement d’Aix (17 juillet 1786) le réhabilita. Il fut réintégré dans son grade de lieutenant-colonel (1er janvier 1787) et attaché au régiment provincial corse en cette qualité avec 2 400 livres d’appointements annuels et une gratification de 20 000 livres qui lui tint lieu du traitement dont il aurait joui depuis sa condamnation. Le 6 septembre 1789 il recevait la croix de Saint-Louis. Candidat à la Convention, il échoua contre Moltedo au troisième tour de scrutin. Il était maréchal de camp depuis le Ie' mars 1791 et commandait les gardes nationales de Talavo et de Bastelica, lorsque Paoli rompit avec la Convention. Après avoir cherché, comme il dit, à donner le signal de l’insurrection, Abbatucci, cédant à des forces supérieures, se retira dans Calvi; employé dans cette place comme général de brigade, il vint à Toulon, après la capitulation, et servit à l’armée d’Italie. Il ne fut pas compris dans l’organisation du 25 prairial an III; mais, recommandé au Directoire comme une victime de l’ancien régime par les députés de la Corse, il fut nommé général de division (16 avril 1796) et attaché à l’armée d’Italie le 20 avril suivant. Vieux, cassé, peu capable de mouvoir et de manier des troupes, il fut froidement accueilli par son compatriote, Bonaparte, et lorsqu’il alla prendre les bains d’Aix, le jeune général lui écrivit d'y rester jusqu’à nouvel ordre. Admis
NOTES ET NOTICES
à jouir du traitement de réforme de son grade (7 décembre 1796), pourvu d’une pension de 1 800 francs après avoir appartenu vingt-trois ans, six mois et onze jours aux armées (26 mars 1798). Abbatucci se retira en Corse. Au mois de mai 1800, Carnot proposa de l’employer dans l’île ; le premier consul refusa. Abbatucci mourut le 17 mars 1813. Il avait donné quatre fils à la France : l’un, le plus connu, qui devint général de brigade et périt au pont d'ITuningue; l’autre qui fut tué devant Toulon comme sous-lieutenant; un autre qui mourut d’une blessure reçue au siège de Calvi; un quatrième, aide de camp de son frère le général.