XXIX. Les Berton
Louis-Sébastien Berton, né à Reims le 6 mars 1746, fit d’assez bonnes études à l’Université de sa ville natale, s’engagea, dit-on, au régiment du Roi, puis quitta le service pour entrer chez les Minimes. Il fit sa profession le 27 août 1765 au couvent de Reims. Principal du collège de Brienne jusqu’à la Révolution, grand vicaire de l’évêque constitutionnel de Sens, passant la Terreur dans cette dernière ville où il instruisait un jeune homme et cultivait un jardin, il fut nommé par Bonaparte économe du collège de Saint-Cyr : le décret, daté du 20 juillet 1800 et signé par Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur, porte que « Le Breton (sic) s’occupera sans délai de l’établissement du régime économique ». Le 28 mars 1801, Berlon succédait, comme directeur du collège de Compïègne, à Crouzet, qui venait au collège de Saint-Cyr remplacer Sallior. Proviseur du lycée de Reims en 1803, mis à la retraite en 1808, il mourut le 20 juillet 1811. « Si cet homme, a écrit Lacatte-Joltrois dans sa Biographie rémoise manuscrite, n’eût pas revenu dans son pays, on l’aurait toujours regardé pour un personnage important. Qu’avait-il ou que lui restait-il? Un ton plus dur que sévère, sans cependant savoir se faire obéir.
NOTES ET NOTICES
Les mémoires qu’il fit dans lesquels on remarquait la dureté de son caractère, ne lui donnèrent aucune confiance. 11 faut avouer cependant que les discours qu il prononçait aux: distributions des prix étaient toujours bien faits et faisaient admirer son éloquence. Voilà tout. Il négligea sa place, se livra aux plaisirs de la table, et se perdit, et, s’il est vrai qu’il se laissa mourir, comme on dit, en se privant de manger, et ne buvant que de l’eau pendant quarante-deux jours, qu’il allait chercher lui-même dans une cruche à la rivière (il demeurait alors dans la rue du Cerf), que penser de cet homme? »
Jean-Baptiste Berton, né a Reims le 16 février 1757, s’engagea comme son frère après avoir fait ses études, faillit mourir d’un coup d’épée, et, lui aussi, entra chez les Minimes. Il prononça sa profession à Yitry-le-François le 14 avril 1780. Sous-principal du collège de Brienne, principal sous la Révolution après le départ de son frère jusqu’au 1er octobre 1793, directeur de l’hôpital militaire provisoire de Brienne, sécularisé par un bref du pape Pie VI (24 mars 1796), économe de l’hôpital militaire de Morlaix, qu’il quitte au mois de nivôse an VII pour se rendre successivement aux armées du Rhin, du Danube et d’Ilelvétie, économe de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce (11 février 1800), membre du conseil d’administration de l’bôpital militaire d’Alexandrie (7 août 1804), inspecteur de l’hôpital de Bruxelles (1er janvier 1807), agent en chef du service des hôpitaux au corps d’observation des côtes do l’Océan (12 mars 1808), de nouveau envoyé à Bruxelles (11 septembre 1808), il prit sa retraite après la chute de l’Empire et obtint une pension civile de 1 418 francs. Il mourut à Reims le 19 février 1837. « Plus homme du monde qu’homme religieux, a dit Lacatte-Jollrois, appelé ordinairement frère Jean par les francs-maçons et meme dans la société, il égayait par ses bons mots, par ses facéties plus souvent érotiques qu’autrement, et poète dans l’occasion, par des chansons de table, couplets pour noces, etc., homme nuisible pour beaucoup de jeunes gens qu'il attirait à la loge et qu’il divertissait. Son frère Louis-Sébastien Berton s’est toujours respecté : mais, lui, il oubliait d’y penser. »