‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 20 sur 86 · LE « SOUPER DE BEAUCAIRE · texte numérisé non relu

LE « SOUPER DE BEAUCAIRE

par la justesse de l’évaluation des distances, le bon artilleur a la supériorité » ; parce cpie Carteaux tombera sur les Marseillais quand et où il voudra, et qu’ « une armée qui protège une ville, n’est pas maîtresse du point d attaque ». Pourquoi les Marseillais sont-ils perdus s ils se concentrent a Aix: Parce que « celui qui reste dans ses retranchements, est battu » ; parce que les murailles d’Aix, d ailleurs trop étendues et entourées de maisons qui sont a portée de pistolet, ne valent pas les plus mauvaises fortifications passagères.

L’auteur emploie par instants le parler de 1793 et se sert des locutions républicaines a la mode *. Mais il a le style vif, entraînant. Soit qu’il retrace l’attaque d’Avignon, soit qu’il développe les causes de la retraite des Marseillais, il s exprime avec une concision pleine de force, et déjà, comme dans ses proclamations et ses bulletins, procède par traits rapides, pai interrogations vigoureuses, par répétitions énergiques, par oppositions saisissantes, et, si 1 on peut dire, par sauts et par bonds, sans que pourtant la suite du discours s’interrompe un seul instant, sans que se brise la chaîne du raisonnement.

« L’on vous a dit que vous traverseriez la France, et vos premiers pas ont été des échecs ; 1 on vous a dit que quatre mille Lyonnais étaient en marche pour vous secourir, et les Lyonnais négocient leur accommodement. » Et encore : « Vous avez des richesses et une population considérable, l’on vous les exagère; vous avez rendu des services éclatants à la liberté, l’on vous les rappelle sans faire attention que le génie de la République était avec vous alors, au lieu qu il vous abandonne aujourd’hui. » Quelle éloquence dans les exclamations de douleur cpii s’échappent des lèvres du Marseillais lorsqu il voit son parti perdu sans remède et n’imagine plus d autre ressource que de se livrer aux ennemis! Quel frémissement de désespoir et quel accent tragique! « Nous appellerons les Espagnols. Il n’y a point de peuple dont le caractère soit moins compatible avec le nôtre, il n’y en a pas de plus haïssable.

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