XXI. Villantroy? au ministre de la guerre (p
Bastia, le 1 r mars 1/93, 1 an II do la Hopublicjuc française.
Citoyen ministre,
Le détachement du quatrième régiment d’artillerie en garnison dans la ville de Bastia croit de son devoir d’exposer sous vos yeux les laits que voici.
Le donjon de la citadelle de cette ville étant reconnu le principal point de défense, le détachement avait demandé en 1792 au général Rossi de l'occuper comme il le devait, et il l’obtint en effet de ce commandant; mais depuis cette époque, des volontaires nationaux du département qui y ont été introduits de nouveau, homme à homme et non en corps réglé, s’y trouvent actuellement casernés au nombre d’environ 350.
Ce poste ainsi envahi, le détachement a reçu ordre du général Paoli, par l’organe du citoyen Rossi commandant de la place, de l’évacuer de nouveau pour aller loger dans 1 enceinte de la citadelle et le plus près possible du parc, soit disant pour le bien du service, à la réserve cependant d’une seule escouade, qui serait conservée dans ce poste.
11 convient d’observer ici que le donjon est le fort le plus utile pour la défense de la place et surtout parce qu’il renferme le plus grand nombre et les principales pièces d artillerie, ainsi que tous les magasins qui en dépendent; le détachement a cru devoir en conséquence faire remarquer au commandant de la place qu’il paraissait contraire à la sûreté et au bien du service, d’expulser de ce poste la majeure partie du détachement pour n’y conserver qu une très faible portion, et, ayant été requis sous ce point de vue de ne pas du moins ordonner une telle division, il a cru devoir préférer d’accéder à cette dernière demande.
Mais sur celle que, par une conséquence nécessaire, le détachement a faite alors de se rendre à son nouveau poste avec les principales pièces d’artillerie, les munitions et enfin tout ce qui était nécessaire pour la manœuvre, cette demande leur a été refusée.
Citoyen ministre, quoique les citoyens composant le détachement aient eu lieu d être surpris de ce refus, ils ont cependant obéi aux ordres qui leur ont été donnés; mais le même devoir qui leur en a fait une loi, leur prescrit également de vous informer de ces circonstances délicates dans le moment présent et, sans se permettre de discuter les vues du général, quelles qu’elles soient, ils ont l’honneur de vous soumettre les réflexions suivantes.
Dans leur nouvelle position, ils se trouvent comme désarmés et dès lors inutiles; surtout, parce que cette situation aussi singulière qu’extraordinaire les fait considérer comme suspects par les mêmes volontaires qui occupent le donjon; ce qui les peine d’autant plus que bien loin d’avoir donné aucun motif de méfiance, ils sont au contraire reconnus pour avoir donné les plus fortes preuves de leur patriotisme et de leur dévouement à la République, et en ce moment même leur obéissance est une preuve de leur amour pour l’ordre et la discipline.
Dans cet état des choses et par les précédentes considérations les commandant, officiers, sous-officiers, et canonniers du détachement observent,
1° Qu’étant entrés dans le susdit fort, sur leurs justes réclamations, leur sortie de ce poste important serait d’autant plus évidemment contraire à l’intérêt et au bien du service de la République, qu’elle supposerait une méfiance injuste et sans motifs envers ses plus zélés défenseurs.
2° En conséquence ils demandent à rentrer dans le poste qui leur est assigné par la loi qui leur attribue spécialement la garde des magasins et ils espèrent, citoyen ministre, que vous voudrez bien faire droit à ces observations produites par le même zèle qui les porte à vous demander de partager
les travaux honorables de leurs frères d’armes, dans les postes les plus périlleux; préférant mille fois mieux de mourir glorieusement au service de la patrie, que d’ètre ainsi éloignés des dangers attachés au poste honorable que la loi leur attribue.
Les commandant, officiers, sous-officiers et canonniers du détachement du quatrième régiment d’artillerie en garnison à Bastia :
Villantroys, capitaine, commandant le détachement; Vaux, second lieutenant; Charavin, second lieutenant; Belmas, lieutenant; Liet, lieutenant; Georges, sergent-major; Charles, sergent ; David, sergent; Ployé, caporal; Vasse, première classe; Veilande, deuxième classe.
(Note de Villantroys.) — ■ J’observe que le détachement étant logé au donjon y avait au moins le droit de possession, qui, en pareil cas, est ordinairement respecté. On ne voit guère d’exemples d’une troupe délogée pour en loger une autre sans motifs.