CHAPITRE L
Tel est l’état de la société au milieu de laquelle fut élevé le futur adversaire de la Restauration, auteur des Pétitions. À une époque où les privilégiés eux-mêmes réclamaient plus de liberté, plus de justice, il n’y a rien d'étonnant à ce que les Courier père et fils aient accueilli avec faveur les premiers symptômes d’une révolution. Les premiers actes de violence du peuple prenant conscience de sa force ne les effrayèrent même pas. Bien que possédant des terres nobles et ayant joui de droits féodaux, l’ancien seigneur de Méré pensa que les hommes de sa condition auraient plus à gagner qu'à perdre dans cette transformation sociale qui abaissait les incapables favoris de la fortune au profit de la bourgeoisie instruite et active’.
C'est pourquoi rien ne fut changé au train de maison de la famille : Paul-Louis continua avec ardeur ses études scientifiques et littéraires, qui alternaient avec des exercices corporels et des distraclions telles que promenades et parties de ballon.
Le 14 juillet 1789, dans la matinée, il était en train de jouer une de ces parties, dans les Champs-Élysées, avec des jeunes gens de son âge, lorsqu'on vit passer la cohue du peuple de Paris qui marchait sur lhôtel des Invalides. Abandonnant le jeu, il se mêla à la foule hurlante dessansculottes ; avec elle, il pénétra dans l'hôtel d’où il rapporta un pistolet.
1 Comment un bourgeois, même riche, n’aurait-il pas vu avec joie éclater la Révolution lorsque, selon le mot du marquis de Ferrières, « on était si las de la Cour et des ministres que la plu- « part des nobles étaient ce qu’on a appelé depuis démocrates » ? Les esprits étaient emportés alors ‘vers les idées nouvelles par un mouvement si fort qu'un spectateur impartial de la société francaise, un étranger résidant à Paris, put écrire cette phrase singulière : « L'idée républicaine est une véritable influenza morale, « dont ni les titres, ni les places, ni même le diadème ne peuvent « préserver leurs possesseurs ». Gouverneur Morris.