CHAPITRE VI
de France fut envahi. Ce dernier, qui n’était autre que Joseph Bonaparte, élant au bruit des balles descendu dans la rue accompagné de quelques officiers, une décharge des papalins tua, à ses côtés, le général Duphot, qui cherchait à calmer les émeutiers.
Ce meurtre fut suivi d’une rupture diplomatique et le Directoire donna l’ordre à Berthier, général en chef de l'armée d'Italie, de marcher sur Rome. Il y entra sans coup férir par la capitulation du 10 février 1798; et cinq jours après, la République romaine fut solennellement proclamée.
Pendant qu'elle s'organisait sous la protection de l’armée française, l'Angleterre intriguait auprès de toutes les cours d'Europe pour susciter contre la France victorieuse une nouvelle guerre continentale. L'Autriche toutefois se tint à l’écart. Son ministre Thugut disait « qu’une bonne paix vaut mieux qu'une guerre heureuse ». Décus par cette attitude, les Anglais reportèrent leurs espérances sur la reine de Naples dont les passions anti-françaises' n’admeltaient pas les calculs de la diplomatie.
La nouvelle de la bataille d’Aboukir, arrivant le 3 septembre, détermina dans le royaume des Deux-Siciles une folle explosion de joie. Le grand Nelson ayant écrasé sur mer ces Jacobins maudits, on allait maintenant, croyaiton, les jeter hors de la péninsule. Toutefois, ne se fiant guère aux talents des généraux de Naples, le marquis de Gallo demanda à Vienne un général. On lui envoya Mack, Mack qui n’avait pas encore capitulé et dont la renommée semblait garantir la victoire. Commandés par ce chef prétentieux et incapable, les Napolitains envahissaient, le 23 novembre, le territoire de la République romaine sans déclaration de guerre.
1 La reine de Naples, Marie-Christine était la sœur de Marie-Antoinette.
L'armée française comptail à peine treize mille hommes disséminés, d'Ancône à Velletri, sur un front immense. Mais le général en chef Championnet formé à la grande guerre, à l’école de Hoche, sut habilement après avoir évacué Rome, reculer jusqu’à Terni, Cantalupo, Otricoli, et, rabattant son aile droite sur son centre, infliger une écrasante défaite aux cinquante mille soldats du roi des Deux-Siciles. Après cette courle et brillante campagne, Championnet rentrait à Rome où il avait laissé garnison, dans le château Saint-Ange, et il pouvait écrire aux consuls, réfugiés à Pérouse : « Aujourd'hui les dangers sont écartés; vous pouvez siéger en toute sûreté dans la capitale de la République romaine » (18 décembre 1798).
C'était le moment où Courier allait lui-même y arriver. Parti de Lyon le 5 décembre, il avait, le Mont-Cenis franchi, couru la poste jusqu’à Milan; d’où de nouveaux ordres l’avaient aussitôt dirigé sur l’armée de Rome. En effet, le général Éblé qui commandait l'artillerie se plaignait du dénuement où l’on avait laissé tomber cette arme.
Il avait demandé un capitaine pour diriger la fabrication des boulets et obus et « assujettir la réception de ces fournitures aux formalités usitées en France ».
Ce service convenait parfaitement à Courier qui en avait été chargé à Toulouse et dans le département du Tarn; c'est pourquoi il fut mis à la disposition du général Éblé par le ministre de la Guerre. L’invasion des Napolitains ayant aggravé la situation de la République romaine, on le fit partir sans délai de Milan, où il comptait séjourner, pour Rome où il devait prendre ses fonctions. On voit qu’il y arriva au moment où Championnet poursuivait sur la route de Caserte les débris des troupes napolitaines.
1 Archivio di Stato, 40. Lettre du chef de brigade Lobréau aux consuls de la République romaine.