ENFANCE EN TOURAINE ET PREMIÈRES ÉTUDES
Naissance de Paul-Louis Courierà Paris. — Son acte de baptême. — Installation de son père Jean-Paul Courier en Touraine. — Ses goûts, soncaractère. — Lefiefde Méré.— Lefiefdu Breuil.— Achat de la Véronique, sur les bords de la Loire. — Mariage de Jean- Paul Courier. — Légitimation de Paul-Louis et réformation de son acte de baptême. — Séjour au Breuil en 1777. — Retour à la Véronique où s'écoule l'enfance de Paul-Louis. — Mort de Jean La Borde, son grand-père. — Départ de la famille Courier pour Paris. — Les maîtres de Paul-Louis. — Vauvilliers. — Valeur de l’helléniste. — Son système de traduction. — Délicatesse de la santé de Paul-Louis. — Ses promenades aux environs de Paris. — Éducation morale et sociale du jeune homme. — Les lecons de son père lui font haïr la noblesse; les leçons de l’époque lui font haïr l’ancien Régime. — La famille Courier voit sans effroi s’accomplir les premiers événements de la Révolution.
Le samedi 4 janvier 1772, naquit à Paris un enfant du sexe masculin qui fut baptisé le même jour, en la paroisse de Saint-Eustache, sous les noms de Paul-Louis'. C'était un enfant naturel. Sa mère qui habitait rue du Mail, s’appelait Louise-Élisabeth La Borde. Le père absent de Paris à ce moment, était un bourgeois aisé M. Jean-Paul Cou-
1 Archives reconstituées de la Seine. Voir l’Extrait de Baptême de P.— L. Courier à l’appendice n° I.
rier, propriétaire de la terre et du fief noble de Méré, dans la paroisse d’Artannes, en Touraine.
Le parrain de l'enfant fut un certain Jacques-Étienne- Rémy Petit, qualifié marchand dans l’acle de baptême, sans que nous puissions savoir à quelle corporation il appartenait. La marraine était Marie-Magdeleine Luce, fille de Jean-Pierre Luce, également marchand.
Ainsi fit son entrée dans la vie, d’une manière assez humble on le voit, celui qui plus tard acquit par ses pamphlets unerenommée telle que le duc Decazes s'en inquiéta. Qui ne serait frappé de l’antithèse de cette naissance si obscure, de ce baptême furtif, auquel le père n'’assiste même pas, et de cette mort sensationnelle qui, en 1825, émeut la France entière, met en deuil le parti libéral, alarme le ministère même soupçonné d’avoir fait assassiner l’ardent polémiste?
Fils d’un « marchand pour la provision de Paris! », le père. de Paul-Louis Courier était venu se fixer en Touraine, où il acheta en 1768 la terre de Méré, sur les bords de l'Indre. Mais cet établissement, loin d’être définitif, dura six ans à peine. Dès 1774, il vendait son fief, s’installait pendant quelque temps à Tours dans une maison située rue de la Galère, paroisse de Notre-Dame de l’Ecrignolle?, puis il achetait le beau domaine du Breuil dans la paroisse de Mazières, à une lieue environ de Cinq-Mars-la- Pile. Il en devint acquéreur à bon compte* et fit en le revendant une magnifique spéculation. C'était un homme
1 Archives de la Seine. La famille était originaire de Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes qui se trouve dans le département de l'Yonne. Le père de Courier y était né lui-même en 1732.
? Vieille paroisse dont Balzac a bien soin de rappeler le souvenir dans ses contes drôlatiques. Voir notamment : le Péché véniel.
* Archives du château du Breuil. Vente de la terre du Breuil devant M° Martigné, notaire au Mans, 21 avril 1774.