CHAPITRE I
habile en affaires, qui s’entendait à l’agriculture et aussi à toute sorte de spéculations fructueuses. Ancien bourgeois de Paris !, il paraît avoir été merveilleusement propre à mener le nouveau genre de vie qu’il adopta en Touraine. Rangé, économe, défiant, il ne pouvait supporter le moindre gaspillage, ainsi que l’attestent les stipulations si minutieuses qu’il introduit dans les nombreux baux par lesquels il afferme ses terres aux paysans. 11 ne négligeait aucun profit si petit qu’il fût, et n’abandonnait jamais aucun de ses droits. [l prend contre ses voisins, fermiers ou métayers toutes les précautions que lui conseille la prudence la mieux avertie”. Son fils remarquera plus tard qu'il Cavait toujours quelque procès ». C'est qu’il n’était pas homme, ditil, « à se laisser manger la laine sur le dos » ÿ.
Riche, il affecte toujours d’être gêné et élève son fils unique dans la pensée qu’il devra travailler pour vivre“.
D'ailleurs il n’a aucune vanité de bourgeois-gentilhomme ; il n’apprécie que les avantages positifs, les revenus de la terre ou de largent prêté. En sa qualité de propriétaire du Breuil, il possède des droits seigneuriaux et prend soin de faire renouveler en temps utile les titres qui les établissent même quand il s’agit d’une modeste rente de douze livres®; mais c’est l’intérêt seul qui le guide et
1 C’est ainsi qu'il est qualifié dans tous les actes qu'il passe devant de nombreux notaires, de Tours ou des environs.
2 Nous avons copié une foule de baux à ferme, ou d’actes de vente, dans les études des notaires de Luynes et de Cing-Mars-la- Pile. Dans tous s'affirme l'esprit intéressé et défiant de Jean-Paul Courier.
3 P.-L. Courier. Lettre à Mme Courier, 1816.
# Paul-Louis ne connut sa fortune réelle qu'après la mort de son père, de là cette phrase écrite en 1794 : « Si je puis me mettre à l'abri de la misère, c'est tout ce qu'il me faut ». Édit. Sautelet, 18291, 148;
5 Étude de Me Estevelin des Hautes-Landes, notaire à Cinq- Mars-la-Pile, Titre nouvel, {8 janvier 1776.
la complaisante énumération de ses titres, dans l’acte notarié, ne répond pas à une pensée d’orgueil*.
Il tient si peu à jouer au grand seigneur, que, tout en restant propriétaire du Breuil, il va se rendre acquéreur, pour en faire son habitation, d'une modeste maison de campagne, qui répond mieux à ses goûts et où il se sentira plus à l’aise que dans un château. Cette closerie qu'il habitera désormais, qu’il transmettra à son fils et dont les lettres de Paul-Louis perpétueront le souvenir, c’est la Véronique. Située dans la paroisse de Cinq-Mars, au lieu du Ponceau, sur les bords de la Loire, elle consiste en un corps de logis, composé de plusieurs chambres basses et de quelques pièces taillées dans le roc auquel s’adosse la maison. Rien de plus simple; mais la situation est charmante : au nord le coteau qui protège contre les vents froids, au sud le fleuve tout semé d'iles. La propriété, renfermée de murs, comprend terrasses, grange, cour et jardin. Elle avait alors pour dépendances une autre closerie nommée la Guyotterie, un clos de vignes de cinq arpents * et un pré situé au bord de la Loire et planté de mûriers ?.
M. Jean-Paul Courier venait depuis peu de s'installer à la Véronique‘ lorsqu'il se décida à régulariser sa situation
‘Il est qualifié dans les actes de Me Estevelin des Hautes-Landes, seigneur de la terre et seigneurie du Breuil, de la Parcouëre et autres lieux.
? Le Clos Buré.
* Cette acquisition fut faite en l’étude de M° Gervaize, notaire à Tours, le 10 février 1776. Je dois la communication de cet acte à M. Lainé, un de ses successeurs.
* Nous savons que M. Courier habitait la Véronique, dès le 31 mars 1776 ; cela résulte des termes d’un acte passé ce jour-là entre lui et les héritiers d’un de ses anciens métayers de la Parcouëre, Gatien Michau, lequel était décédé en lui devant de l'argent (Etude de M° Estevelin des Hautes-Landes, 31 mars 1776. Trans-