PRÉFACE
J'avais entrepris dès 1901! la biographie de Louis- Philippe-Joseph d'Orléans, dit Egalité. : j'étais curieux d'entrer dans le secret de cette fiqure qui d’abord paraît équivoque au regard soupçonneux de lhistoire. Mais, à l'examen, l’homme se déroba comme une ombre légère pour s’effacer dans son milieu. Bien qu'il ait tenté de secouer cavalièrement le joug des usages et des obligations de son rang, sa personnalité propre reste plutôt mince, inconsistante, une fois dépouillée de sa dignité sociale. Il eût compté parmi ces grands seigneurs aimables qui ne laissent derrière eux qu'une ou deux anecdotes, s’il n'avait incarné la Maison d'Orléans, à l'heure tragique de son destin.
Ces princes, fils de veille monarchie, valent rarement par le caractère. Du moins sont-ils représentatifs d’un règne, d'une époque, d’une tradition ; leur vie, insignifiante en soi, ouvre de larges horizons, semblable à ces plaines usées qui font d'autant mieux ressortir le relief des monts d’alentour. « J'ai pensé, observait Talleyrand?, qu'un tableau de la wie de M. le duc d'Orléans donnerait les traits et la couleur du règne fæble et passager de Louis XVI ; qu'il mettrait sous les yeux d'une manière sensible le relâchement genéral des mœurs publiques et particulières sous son règne, ainsi que la dégradation dans les formes du gouvernement et les habitudes de l'administration. »
. + À, Brirscx. Philippe-Egalité avant la Révolution (Rev. des Etudes histor., juillet-octobre 1904),
* Mém,, I, 146.