L.-Pi, D'ORLÉANS
Il est encore un point qui intéresse vivement ma fille et dont le cœur sensible de la Reine sentira bien l'importance. M. le Prince de Condé consent qu'on lui mène son fils une fois par semaine, mais il ne veut pas qu’elle le vienne voir au Palais-Bourbon, excepté dans le cas de maladie. Elle désire que cette liberté lui soit rendue. Je puis bien être garant qu’eiie n’en abusera pas et je ne puis consentir à une restriclion aussi dure qu'humiliante‘. »
‘ Inédit. Bibl, Nat. Mss. Nouv. acq. fr. 2!.448.
Cette lettre était toute dé la main, sinon du style, de M* de Montesson et le prince avait ajouté d’uné grosse écriture, lourde et appuyée :
« De l'humeur dé goutte, qui me trotle dans la tête et qui me fâit beaucoup souffrir, m’oblige à me servir d’une autre main: J'espère qu’elle ne vous paraïtra pas étrangère. »
Le mardi 12 décembre 1780, une audience royale terminait. l’affaire : Lés deux pères écrivaient, sous la dictée du monarque, les conditions de la séparation et signaient séance tenante. Le duc d'Orléans les avait obtenues telles qu'il les désirait, « à cela près de l’argent dont je n’ai que la moitié de ce que j'avais demandé ». Le duc de Bourbon rendait à sa femme les 200.000 livres de rente qu’elle lui avait apportées, lui versait une pension de 25.000 livres et lui fourmissait l’argenterie, les meubles et les équipages nécessaires à son rang. Il se chargeait de toutes les dépenses concernant l'entretien et l'éducation du duc d’Enghien, que la mère serait libre de voir soit à Paris, soit à Saint-Maur. Si l'enfant tombait malade, elle serait avertie aussitôt, mais on ne le lui enverrait qu’une fois la semaine, et elle ne pourrait le mener au spectacle qu'avec la permission paternelle.
La séparation ne faisait plus mystère. Le duc d'Orléans, qui ne se souciait pas de garder sous son toit une princesse authentique qui avait le pas sur M" de Montesson, s’occupa sans délai d'acquérir une maison pour la duchesse de Bourbon. Celle-ci, pour sa part, préférait l'indépendance ; elle s’installait peu après pour l'hiver dans l’ancien hôtel de Clermont qui occupait rue de Varenne l’emplacement actuel de la rue Barbet de Jouy ; pour l'été, elle disposa des terres et du château de Pétit-Bourg. Son père lui en consentait le bail à vie, le 25 décembre 1783, le jour même où il les acquérait du marquis de Ray pour 660.000 livres !.
Restait au duc d'Orléans l'obligation d'assurer le sort des trois enfants qu’il avait eus de Marquise. Sa passion pour M de Montesson ne lui avait pas ôté le souvenir de cette |
1 Arch, Nät,, X1 9,181.
- fille droite, discrète, prudente, qu’il avait faite dame de Villemomble avec une belle existence : deux cent mille livres de rente, un hôtel à Paris (à l’angle de la rue de Grammont et. du boulevard des Italiens) et un château à Noisy-le-Sec. Les entours du duc s'étaient pris à regretter Marquise, qui méritait l’éloge pour la sagesse qu’elle apportait à l'éducation de ses enfants. Un dessin de Carmontelle nous la représente dans l’intimité le jour de sa fête, le 26 décembre 1781, entourée de ses deux fils en soutane et de sa fille qui tiennent chacun une fleur à la main. Elle est assise dans son cabinet, en toilette du matin ; sa figure franche aux traits masculins est rehaussée par l'édifice des cheveux relevés en natte sur le front et retombant en boucles derrière l'oreille . L’aîné, Louis-Etienne de Saint-Farre, placé à gauche, la main dans celle de sa mère qui lui désigne un livre ouvert, montre une mine poupine, épanouie, éclairée de malice, tandis qu’à droite le cadet Louis-Philippe de Saint-Albin, moins aimable, ferme à demi ses yeux à la chinoise. Leur sœur Marie-Perrine d’Auvilliers (dite M" de Villemomble), jumelle de ce dernier, s’efface derrière le fauteuil de sa mère sur l'épaule de laquelle repose sa main droite. Son visage, d’un ovale un peu long mais assez régulier, succombe sous l'énorme échafaudage de plumes, de gazes et de fleurs qu’imposait alors la mode. A cette date, elle avait déjà donné une fille Louise-Philippine- Fortunée au comte de Brossard, premier écuyer du duc. d'Orléans, qu’elle avait épousé trois ans auparavant.
Ses frères étaient voués au célibat de par leur bâtardise.. « Ces espèces-là ne se mariaient pas »,‘avait déclaré rudement Louis XIV au comte de Toulouse. En 1781, le duc d'Orléans, malade et voulant mettre ordre à ses affaires, manda le comte de Saint-Farre, dont la majorité venait de sonner, et l’invita à s'engager dans les ordres ecclésiastiques. Le jeune homme répondit qu'il lui ferait plus d'honneur comme marin ou comme soldat. Mais le prince insista, affirmant « qu’un refus lui donnerait la mort. » Emu, l’autre se résigna à « sacrifier plus que sa vie : sa liberté, mais à condi-
! Comsrouse, Mon. de la Maison de France, Paris, 1856, pl. 48 et 49.
tion qu’il ne serait astreint à aucune tenue, dévoirs ou pratiques ecclésiastiques. » Le père y consentit et sur-le-champ le fils s’engagea, fut fait sous-diacre.
Le surlendemain l’abbé de Breteuil s’en fut demander, de la part du prince et pour son fils naturel, une abbaye au ministre de la feuille. Mais celui-ci se retrancha derrière la règle qu'aucun abbé, de quelque condition qu’il fùt, ne pouvait posséder la moindre abbaye avant d’être prêtre. Sans doute le clergé et le public admettraient-ils une exception en faveur d’un fils du duc d'Orléans, mais au moins fallait-il qu'il füt reconnu comme tel. Or il ne figurait point sur l’'Almanach Royal. Depuis Louis XIV, aucun acte parlementaire n'avait constaté la reconnaissance d’un bâtard ; le Régent lui-même n'avait pas légitimé le fils qu’il avait eu de M'°: Florence, danseuse à l'Opéra. Louis-Philippe le Gros l’avoua en soupirant à son cher Saint-Farre : « Mon enfant, {u sais que je t’aime de tout mon cœur ainsi que ton frère. Je voudrais faire tout pour toi ; mais je suis obligé de prendre pour règle ce que Monseigneur le Régent a fait pour l’abbé de Saint-Albin, archevèque de Cambrai, qu’il aimait tendrement. Voici mes armes que je te donne ainsi qu’à ton frère et telles que l’Archevêque les avait. » Et il lui remit son cachet qu’il avait fait graver lui-mème aux armes d'Orléans brisées, leur permit ses couleurs et sa livrée, les traita publiquement en fils pour les investir de considération, grâce à cette reconnaissance lacite.
En 1782, le duc d’Orléans profita du voyage de Fontainebleau pour présenter l’abbé de Saint-Farre au Roi, avec la permission de Sa Majesté. Le chevalier de Durfort, premier gentilhomme de la chambre du prince, conduisit le jeune abbé chez « tous les honneurs ». Il le présenta à chacun comrne fils naturel et reconnu de L.-Ph. d'Orléans et les pria de vouloir bien, le dimanche suivant, le présenter aux . princes et princesses de la famille royale. Les mêmes formalités eurent lieu deux ans après à Versailles, pour le cadet, l'abbé de Saint-Albin.
Ainsi couvert par le Roi, chef de la famille, le duc n’hésita plus à présenter les deux frères au prince son fils « qui eut
Phitippe-Egalité 29
l’extrème grâce de nous dire de nous regarder au Palais- Royal comme chez nous et d’y demander {out ce qui pouvait nous être utile et agréable », à la duchesse de Chartres, qui consentit à leur servir de chaperon, à la duchesse de Bourbon qui leur dit, dès l’abord, qu'elle les regarderait toujours comme ses frères. Elle ne cessa de Les appeler et de les traiter toujours de même : Saint-Farre, son frère blond, et Saint-Albin, son frère brun.
Par suite de ces présentations, les deux abbés allaient coucher tous les samedis à Versailles chez le duc d'Orléans, Ils passaient la soirée chez M" de Polignac où n'étaient reçues que les personnes présentées, puisque le Roi et la Reine y venaient et que c’élait une manière de leur faire sa cour. Le lendemain, il se trouvaient au lever du Roi et faisaient ensuite la tournée des princes et des princesses de la famille royale.
Le duc d’Orléans acheta une maison à son cher Saint-Farre et lui recommanda de la maintenir conforme à l’état qu'il lui avait donné dans le monde en le reconnaissant. Il le pressait de ne point commettre de vilenies et de ne pas oublier « qu’un bâtard d'Orléans reconnu valait tous les gentilshommes du monde ; que le comte de Dunois, lé chevalier d'Orléans, grand prieur de France, et l'abbé de Saint-Albin, archevêque de Cambrai, bâtards d'Orléans, allaient de pair avec les Montmorency, les La Trémouille et tout ce que la France avait de plus grand. » Et le duc de Chartres, présent, ajoulait à cette exhortation que l’abbé de Saint-Farre le savait bien « et qu'il était bien sûr que je ferais toujours sur cela tout ce que je leur devais?. »
A la mort du duc d'Orléans, ses deux fils naturels jouissaient ensemble de deux cent mille livres de rente.
Ce chasseur impénitent tombait malade au retour de la Saint-Hubert (3 novembre 1785). La maladie, qui s’annonçait d’abord comme une fluxion de poitrine, s’affirma bientôt comme une goutte remontée. Le duc de Chartres, bien que pris de jaunisse, se rendait sans délai au chevet paternel à Sainte-Assise et repartait le mardi, rassuré par le docteur
‘ D'ap.les documents.cités par H. Bonhomme, Le dernier abbé de Cour. * Premier factum de Saint-Farre au duc d'Orléans (août 1816).
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Barthès!, Mais l’espoir était trompeur. Le corps de ce gros mangeur, qui expédiait à son repas jusqu'à vingt-sept ailes de perdreaux, sans compter le reste, était usé. La gangrène attaquait brusquement l’une des jambes. Le jeudi soir 17 novembre, le curé de Saint-Eustache, venu comme pour s'informer lui-même du malade, lui administrait à temps les sacrements que le prince recevait avec courage : le lendemain il expirait, à six heures du matin, ayant à peine dépassé la soixantaine.
Jusqu'alors aucun des princes de la Maison n’avait atteint cet âge. I finissait, bourgeoisement, loin de la Cour et des grandeurs de son rang, chez son épouse morganatiqueé, entouré de tous les siens : ses trois bâtards qui l’avaient veillé sans répit, son fils et sa fille légitimes, sa bru et leur belle-mère, non déclarée, « qui se roulait sur les fleurs de fis, disait la duchesse de Bourbon, avec des bas de coton et des mules éculées », — singulier pèle-mêle où l'étiquette avait peine à se retrouver. Le duc de Bourbon lui-même, le gendre affranchi, y avait paru, car le Roi, qui faisait prendre des nouvelles de quatre heures en quatre heures, lui avait donné l’ordre de se rendre au chevet de son beau-père. « Monsieur, je vous suis reconnaissant de votre visite, lui avait murmuré le prince moribod, mais je le serais bien HATARMEE, si vous me la faisiez avec ma fille?. »
Dès le vendredi matin, le duc de Chartres, qui avait oublié sa propre maladie pour ne s'occuper que des devoirs de la piété filiale, allait annoncer lui-même la funèbre nouvelle au Roi qui lui répondait, selon l'usage : « Monsieur le duc d’Orléans, je suis très fâché de la mort du prince, votre père ». Par son testament, Louis-Philippe le Gros avait demandé que son corps füt porté sans aucune cérémonie au Val-de-Grâce, sépulture ordinaire de la Maison, mais il laissait son cœur et ses entrailles à Sainte-Assise, « espérant que la dame du lieu y serait inhumée à ses côtés et voulant qu'ils fussent aussi unis après leur mort qu’ils l’avaient été pendant leur vie. » Son cœur et ses entrailles furent donc enterrés dans le sanc-
Nouv. extr., 18 nov. 1785, ? Me D’OBERKIRCH, Mém., II, 173.
tuaire de l’église de Saint-Port le 20 novembre. Le surlendemain au soir, le corps était déposé au Val-de-Grâce. Le duc de Bourbon et le duc d’Enghien menaient le convoi, suivis des maréchaux de Ségur et de Castries. Toute la maison du prince, avec les livrées en crêpe, une légion de pauvres, porteurs de flambeaux, le guet à cheval escortant les carrosses
drapés, formaient le cortège qu'avait grossi la foule du peuple
reconnaissant au bonhomme. Dans l’après-midi, le nouveau duc d'Orléans avait voulu se lever pour accompagner le corps paternel, mais ses forces l’avaient trahi!. La Cour prenait le deuil pour douze jours et les petits spectacles de l’enceinte du Palais-Royal fermaient pour une semaine.
- Aucun duc d'Orléans ne devait plus mourir en France, . dans son litet de sa bonne mort. Comme Louis XV avait emporté avec lui l’ancienne monarchie, le lugubre convoi de Louis-Philippe le Gros semblait mener le deuil de la Maison d'Orléans. Et déjà autour du cercueil, dans le corlège, à à la Cour comme à la Ville, revenaient les questions curieuses,
irritantes, que posait l'immense succession : À qui passerait le titre de premier prince du sang? Le Roi continuerait-il de payer les officiers du Palais-Royal? Pour qui disposerail-il du
gouvernement et des régiments laissés par le duc défunt?
La branche d'Orléans reculait du trône d’un degré encore, et son lot de prérogatives, de titres et de se retombait en discussion.
” Nouv. extr., ? déc. 1785.
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. La société de l’Ancien Régime a fini dans cette rage de médisance et de calomnies qui accompagne d'ordinaire les grands changements. On a parlé et écrit d'une conjuration d'Orléans. Quand on y regarde de près et de sang-froid, on ne découvre guère qu’une conjuration de pamphlétaires contre cette Maison princière en général et Philippe-Egalité en particulier. Ce prince désinvolte avait encouru, à l’avant-veille des troubles révolutionnaires, l’animosité d'une bonne part des privilégiés, ses pairs. Sa facilité à prendre son parti des choses nouvelles exaspéra ses ennemis, doublés chacun dès lors d’un adversaire politique. Son vote régicide, lâcheté d’un parlementaire novice et d’un père aux abois, apparut comme la révélation d'une politique, le dernier trait d'un caractère ignoble : on y puisa la couleur et le ton de toute sa vie. Plus on l'avait recherché et apprécié, plus on le décria. La haine fut portée au point que ceux-mêmes qui l'avaient connu s’obstinèrent à soutenir que ce prince, difforme au physique comme au moral, était horrible à voir. Or, de l’aveu du royaliste Montjoie ‘, il était bel homme dans toute la force du terme.
Cette haïne furieuse, attisée durant l'émigration par lrhieéine et les regrets, flamba de plus belle en 1830 quand le fils du régicide parvint au trône. A la haïne des légftimistes s’ajouta en 1848 celle des républicains, puis celle des bonapärtistes. Hormis quelques brèves notices, toute la littérature orléaniste est une littérature -échauffée, diffamatoire, dont l'historien doit faire table rase,
Il serait fastidieux d'énumérer tous les libelles anti-orléanistes. Un seul intéresse proprement le duc de Chartres, celui qu'on attri- .bue à Théveneau de Morande: Vie privée ou Apologie de T.S. Prince, Mer le Duc de Chartres... par une Société d'Amis du Prince. “A cent lieues de la Bastille, 1784, in-8”, 401 p. Nous en parlons à sa - date ; toutes les biographies calomnieuses du duc d'Orléans n'en -sont que l’écho multiple, quand il s’agit de peindre sa jeunesse, :
Des histoires qui embrassent toute la vie d'Egalité, nous ne
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retiendrons que deux, les mieux faites pour servir d'exemple et de type, et parce qu’elles-marquent bien les étapes de la légende du personnage.
4° Le gazetier royaliste Galart de Montjoie brassa force témoignages apocryphes pour démontrer que le prince avait été le maître artisan de la Révolution : Histoire de la conjuration de L.-P.-J. d'Orléans surnommé Egalité, Paris, 1796, 3 vol. in-8°. Une seconde édition suivit : Paris, Bertrandet, 1801, 6 vol in-18 ; puis une troisième : Paris, Dentu, 1834, 3 vol, in-8°, C’est cette dernière que nous citons. Il en parut même un précis rédigé en 1838 par M. C.. Les dates de ces rééditions sont significatives, Aussi l'ouvrage passe-t-il assez souvent en vente.
Peu de temps après la première édition en parut une critique anonyme, Explication de l'énigme du roman intitulé : Histoire de la conjuration de L.-P.-J. d'Orléans. À Vérédishtad, s, d., chez les Marchands de Nouveautés, 4 vol. in-8°, L'auteur, Rouzet de Folmon, avocat toulousain, député à la Constituante puis à la Convention, devenu l’homme de confiance de la duchesse d'Orléans qu'il avait connue en prison, n’est évidemment que le porte-parole de Ia princesse qui, se ravisant soudain, ne permit de son vivant ni la vente ni la distribution de l'ouvrage. À sa mort, Louis-Philippe fit détruire l'édition de ce plaidoyer diffus, confus et parfois inexact, De rares exemplaires ont survécu. On y glane quelques menus faits,
2 Le légitimiste Th. P, Gazeau de Vautibault a compilé en sept volumes la somme de la littérature anti-orléaniste.
Les d'Orléans au tribunal de l’histoire, t. 1 à ILE, Paris, J. Lévy, 4887-1888, 3 vol. in-12 ; t. IV à VII, Paris, Dentu, 1889, 4 vol. in-12, le tout remis en vente chez H, Daragon en 1908. L'auteur a mandé à la barre tous les ennemis de la Maison. 11 y a chance pour que le © vépertoire de ces anecdotes scandaleuses soit complet: la haine n'oublie rien *.
Bien qu'ils se réclament solennellement de l’histoire, les quatre ouvrages suivants appartiennent encore à la littérature de combat,
Laurentie, Histoire des ducs d'Orléans, Paris, 1832, 4 vol, in-$e, L'auteur retrouve les ducs d'Orléans à l’origine des révolutions ow des désastres qui ont frappé notre pays. Pour lui, l’histoire d'Egalité, qui remplit le t. IV, est l'histoire des forfaits de la Révolution. A peine ajoute-t-il à Montjoie qu'il ne songe pas à corriger:
Auguste Ducoin, Etudes révolutionnaires, Philippe d'Orléans- ‘ÆEgalité, monographie, Paris, Dentu, 1845, in-8°, 336 p. En 1861, ce livre, qui témoigne d'une intention d’exactitude gâtée par la passion légitimiste, fut remis en vente, précédé d'un prospectus de
* Voy. mon compte-rendu de cet ouvrage, Annales Révol., 1910, p. 601,
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trois pages et suivi de notes et d'une « bibliographie des écrits publiés sur Philippe d'Orléans-Egalité (Histoires, Pièces apologétiques et Pamphlets) » qui compte 116 articles.
Laurent de l’Ardèche, La Maison d'Orléans devant la légitimité et la démocratie, depuis son origine jusqu’à nos jours, 2e édit., Paris, E Dentu,1861, in-8. Nombreux extraits découpés à dessein ; la biographie d'Egalité est empruntée à Montjoie.
J. CHéonE AO Histoire de Louis-Philippe d'Orléans-et de
l’Orléanisme, Paris, Aniéré, 1862-63, ? vol. in-8°. Œuvre véhémente et déclamatoire qui n’exclut pas certain effort vers l'équité, bien qu’à la suite de Michelet, l’auteur soupçonne Philippe-Egalité d’avoir brûlé, dans ses creusets d’alchimiste, le squelette de Pascal pour faire de l'or (t. I, p. 102).
C’est sous cette peinture en surcharge, que j'ai recherché la vraie couleur du sujet. Pour restituer la physionomie de Louis Philippe-Joseph, mon premier soin a été de dresser son itinéraire, jour par jour, avec le plus d’exactitude possible, dans un esprit libre de soupçons. Les Mémoires sur la Révolution, fabriqués au volume pour les cabinets de lecture de la Restauration, nous ont mis dans une disposition romanesque, dont il importe de nous défaire. Une vie d'homme, surtout de prince énervé par l'éducation et les plaisirs, est une succession d’accidents, de hasards plutôt que d’intentions, subie plutôt que voulue. Où il y a des silences, soit documentaires (les archives re voyagent pas sans dommage à travers le temps indifférent), soit réels (dans toute existence, il y a des entr'actes, des points morts), gardons-nous de flairer des secrets ou des conspirations.
Un simple coup d'œil, jeté sur le calendrier d’une vie méconnue, suffit pour faire tomber bien des calomnies aveuglément admises, Ainsi l’on ne soupconnera plus le duc de Chartres d’avoir fait empoisonner par Vénus le prince de Lamballe, son beau-frère avant la lettre, puisque c’est justement la maladie de ce débauché qui engagea les conseillers de la Maison d’ Orléans à négocier le mariage de leur jeune maître avec Mlle de Penthièvre, De même, l’on fera fi du conte qui nous représente le duc de Chartres perçant son roi Louis XVI en effigie, dans l’une des épreuves de son initiation à la franc-maçonnerie, si l’on observe qu'il fut initié en 1771, alors . même que sa prétendue victime n’était encore que dauphin. Sans doute l'abbé Proyart a-t-il écrit un livre pour corriger la légende : Louis XVI détrôné avant d'être roi, Manheim, 1800, in-8°; mais c'est prêter trop de prévoyance aux conspirateurs.
* Un copieux dossier, encore inédit, des Archives nationales (K, 142, n° 18) m'a fourni les premiers matériaux du curriculum de Louis-Philippe-Joseph jusqu'en 1777. Les Principales époques relatives à Mer le duc de Chartres (AT47-1777), consignées avec soin par
Fontaine, son secrétaire des commandements, sous les yeux du gouverneur, le comte de Pons Saint-Maurice, conduisent pas à pas
le jeune prince du berceau au mariage et à son rôle princier. Les”
questions d'étiquette et de cérémonial sont évidemment les grands soucis du rédacteur, Le cahier liminaire forme une brève chronique,
année par année, qui renvoie chemin faisant à une suite de rela-
tions et de procès-verbaux annexes. De ces trente-huit cahiers numérotés, neuf manquent : les cahiers 3, 14, 27, 29 à 34 inclus. Les deux derniers donnent le détail de la naissance de M. le Comte de Beaujolais (7 octobre 1779) et de la Pompe funèbre de $,. A. S.
Mile d'Orléans (8 février 1782), dépassant ainsi la chronique limi-
paire qui s'arrête à 17717,
Aux Affaires étrangères, le registre France, 319 (copie de lettres
diverses interceptées par le cabinet noir de 1771 à 1774) recèle entre bien d’autres la correspondance du duc d'Orléans et de Mme de Montesson et celle du duc de Chartres et de Mme de Genlis. Ce recueil épistolaire semble une véritable coupe pratiquée au vif dans l’opinion et la société française, alors qu'il n'était bruit que du remariage du duc d'Orléans et de la réforme Maupeou. Ce dossier a été exploré, non épuisé, par le comte Ducos (La mère du duc d'Enghien, Paris, 1900, in-8); Gaston Maugras (L'idylle d'un gouverneur, Paris, 1904, in-8°, 66 p.), Jean Harmand (L'automne d’un prince, Paris, 1910, in-16, 95 p., et Mme de Genlis, Paris, 1912, in-16). Pour ma part, j'ai relevé les lettres 66 à 78, encore inédites, relatives à l'affaire du nouveau parlement ; je dois signaler surtout la lettre 77, celle de l'abbé de Breteuil à son neveu, le baron de Breteuil, du 10 janv. 1773.
J'ai eu la chance de compléter ce recueil par un autre, inutilisé jusqu'ici (Bibl. Nat. Mss. Nouv, acq, fr. 21. 448). Ce recueil factice de lettres et de pièces, tombées sans doute du portefeuille de Bellisle, successeur de l’abbé de Breteuil à la chancellerie d'Orléans, nous livre dans l'original tous les documents secrets, relatifs aux démêlés des deux princes avec Louis XV et Louis XVI, au sujet de la réforme Maupeou. Nous y suivons toute la négociation pour leur retour à Versailles (fin décembre 1772). Ce lot de pièces, la plupart sans date, semble avoir été classé et relié au hasard, J'ai dû y rétablir l'ordre chronologique par l'étude minutieuse des faits et des circonstances, Ce dossier capital nous permet de rectifier la thèse de Flanmmermont qui penche vers Conti, aux dépens du Palais-Royal. ;
L'on trouvera en outre à la Bibliothèque de l’Institut (Fonds d'Orléans, Mss, N, $S. t. XLVIIT, pièce 10) le texte du mémoire remis à Louis XVI par le duc d'Orléans, le jeudi 49 mai 1774.
J'ai retracé la Carrière du prince marin, encore si peu connue, d'après les Archives de la marine,en dépôt aux Archives Nationaleg
(Séries B et C‘), Quelques lettres de Sartine au duc de Chartres, avant et après le combat d'Ouessant, figurent à l’Institut dans le fonds précité.
L'importante série R‘ des Archives Nationales, réservée à l'apanage d'Orléans, rassemble tous les titres et pièces relatifs au Palais-Royal et à ses transformations, sous les nos 281 à 304, J'ai
profité ici des sondages déjà effectués par Victor Champier et
G. Roger Sandoz. Le Palais-Royal, Paris, 1900, 2 vol. in-4°. — Le dossier T. 1655, Etat sommaire des titres et papiers de L.-P.-J, d'Orléans, complété par X!* 9180 et 9181 (Scellés et inventaire après le décès de Louis-Philippe d'Orléans 1785), m'a renseigné d'abondance sur les biens, les revenus et les opérations du duc de Chartres. | Mme de Genlis n'a pas tout dit dans les Leçons d'une gouvernante à ses élèves, Paris, Onfroy, 1791, 2 vol, in-12, Ses biographes ont. négligé la source manuscrite : Journal de l'éducation des princes. J'ai fait état des épaves conservées au Musée Condé : années 1785, 1787 et 1788. C'est le miroir de la régente, où l’on aperçoit de biais l'intérieur familial du Palais-Royal.
. SiS. A. R, le duc de Vendôme n'a pas cru bon de répondre à ma” demande de renseignements, Mme E, Le Marchand, petite-fille de Nathaniel Parker Forth, le correspondant anglais du duc de Chartres, a bien voulu me communiquer les papiers de son grandpère. Je tiens à lui exprimer ici toute ma respectueuse gratitude, Grâce à sa libéralité, j'ai pu lire et copier, pièces en mains, tout ce qui m'intéressait. On ne connaissait guère du duc de Chartres que
quelques lettres officielles et la copie de sa correspondance avec
Mue de Genlis, interceptée par le cabinet noir, Les lettres à N. P. Forth, lettres toutes privées, écrites de sa main et de primesaut, valent une confession, Nous tenons là, dans l'original même, une correspondance authentique et suivie où se peint l’anglomane. La leëture aux Archives des Affaires Etrangères des volumes de la Correspondance politique : Angleterre, et le dépouillement au. British Museum des journaux contemporains m'a remis dans l’atmosphère qu'avait respirée le prince outre-Manche, de 1783 à 1785. Profane, je n'ai pu être admis aux archives du Grand-Orient, Mais la Bibliothèque de l'Arsenal possède un dossier complet sur la réorganisation de la maçonnerie sous le nom du duc de Chartres (Arch. Bastille 10,247). D'ailleurs les ouvrages déjà imprimés et maintes études publiées par nos érudits de province, d’après les archives locales, suffisent .pour nous donner une idée nette de la maçonnerie française d'Ancien Régime, . Je n’ai pas manqué d'écouter les diverses clochettes des nouvel« listes : recueils dits de Bachaumont, de Métra, pseudo-Lettres de M. de Kagenech; Mes loisirs de Hardy ; Correspondance secrète
inédite sur Louis XVI..,6d. Lescure ; Correspondance littéraire par Grimm... éd. Tourneux ; Journal historique de la Révolution opérée dans la constitution de la monarchie française par M. de
Maupeou, Londres, 1776, T vol. in-12. Je me suis adressé plus
volontiers à l’Espion anglais, Londres 1777-1785, 10 vol. in-12;
au Courrier de l’Europe ; surtout aux Nouvelles extraordinaires de .
divers endroits, dites Gazette de Leyde, dont l'information m'a paru plus sûre et plus circonspecte.
Les Lettres de Marie-Antoinette, éd. de La Rocheterie et de Beaucourt, de Mwe du Deffand, éd. Toynbee, d'Horace Walpole, éd, Cunningham ; la Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau; celle de ce dernier avec l’empereur
Joseph II et le prince de Kaunitz, plus particulièrement les neuf
lettres adressées du couvent de l’Assomption à l’abbé Maury par Mne de Montesson, à l’eccasion de l’oraison funèbre du duc d'Orléans {Rev. rétrosp., ® série, t, 7}, m'ont fourni de précieux témoignages,
Entre tous les Journaux et Mémoires, le Journal de Collé, du duc de Croy, si attachant, de la Mise de La Tour du Pin; le Journal inédit de l’abbé de Véri ; les Mémoires du duc de Luynes, du comte d’Allonville, d'Augeard, de Mme Bochsa née Georgette Ducrest, de Mne de Chastenay, du duc des Cars, de Dufort, comte de Cheverny, de Mme d'Oberkirch ; les Souvenirs de Lévis, de J. N. Moreau, m'ont paru les plus dignes de confiance. J'ai tiré parti, non sans réserve, des Mémoires de Mme de Genlis et de Talleyrand, et je n'ai pas hésité à citer les Mémoires de Besenval ; quel qu’en soit le rédac. teur, ils me semblent bien informés des hommes et des choses du Palais-Royal.
Je mets à partles Notices biographiques des princes etprincesses de la Maison d'Orléans, Paris, Impr. dé Plassan, 1824, in-8o, 150 p., écrites par le futur roi Louis-Philippe pour le 15° volume de la Biographie des Contemporains. Cette brochure anonyme fut réimprimée et pour cause, sous le titre : La branche royale d'Orléans ou le Barnave de M.J, Janin réfuté par l’histoire, Paris, chez les Marchands de nouveautés, 1831, in-8°, 125 p.
Je dois une mention aux ouvrages suivants :
[Gabriel Peignot], Précis historique, généalogique et littéraire de la Maison d'Orléans, avec notes, tables et tableau par un membre “de l'Université, Paris, 1830, in 8e, livre net, le plus souvent exact, dédié à la mémoire du duc de Penthièvre ; — H, Bonhomme, Le duc de Penthièvre, Paris, 1869, in-1? ; Le dernier abbé de Cour, Paris, 4873, in-1?; La comtesse de Genlis, Paris, 1885, in-42 ; — J, Flammermont, Le chancelier Maupeou et les Parlements, Paris, 1883, in-8°; Rapport sur les correspondances des agents diplomatiques étrangers en France avant la Révolution, Paris, 1896, in-8 ; — Ch, ‘Marionneau, Victor Louis, architecte du théâtre de Bordeaux,
Bordeaux, 1881, gr. in-8 ; H. Tronchin. Un médecin du XVIIT siècle, Théodore Tronchin, Paris, 1906, in-8° ; J. Turgan, Les ballons, Paris, 1851, in-18, tous travaux qui présentent sobrement des documents de bonne source. Le livre clair et fin d'A. Renée, Louis XVI ei sa cour, Paris, 1858, in-8°, vaut par les confidences que l'auteur a reçues du roi Louis-Philippe; les livres de Gruyer, La peinture au Château de Chantilly, Paris, 1896-1898, 2 vol, in-4; Les Portraits
de Carmontelle, Paris, 1902, in-4° ; la Jeunesse de Louis-Philippe, Paris, 1909, in-4°, m'ont renseigné par l’image. L'ouvrage d'A, de Maricourt, L.-M. Adélaïde de Penthièvre, duchesse d'Orléans, Paris, 1913, ? vol. in-8, encore soumis à l'esprit et aux fables de l’émigration, se perd dans le menu et n'échappe pas à la sensiblerie,
J'omets délibérément quelques volumes qui, recherchant moins l'exactitude que l'agrément, relèvent de lalittérature plutôt que de l’histoire, J'ai cité en note, à la rencontre, les volumes ou articles auxquels je n'avais emprunté qu’une simple indication, ainsi que la provenance des pièces glanées dans divers dépôts d'archives.
Telle est la bibliographie strictement utile de mon sujet. J'entends faire grâce au lecteur du fatras que j'ai pris la peine de dépouiller, A quoi rimerait la besogne de l’historien ou du bibliographe, s’il nous obligeait à la refaire après lui ?
Au terme de ce volume, je tiens à remercier ceux qui, chemin faisant, ont bien voulu m'aider de leur amitié, de leur exemple, de leur savoir. Je dois d’abord saluer la mémoire du noble Étienne Lamy et nommer en particulier Pierre de Nolhac et Francisque Vial, mes premiers maîtres auxquels ce livre est dédié, M®e E, Le Marchand, petite-fille de N. P. Forth,et son cousin le colonel Forth, non contents de se prêter à ma curiosité, ont pris part au besoin à mes recherches. M. Gustave Macon, conservateur au Musée Cond& ne s’est point lassé de répondre à mes questions. M. le baron De Vinck m'a accordé, avec autant de bonne grâce que d'empressement, l’autorisation de reproduire l’une des pièces de sa magnifique collection.
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