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La Jeunesse de Robert Browning

Le but que je me propose dans le présent ouvrage est d'étudier les trois premières œuvres, — autobiographiques plus essentiellement qu’on ne le croit d’ordinaire, de la jeunesse de Robert Browning : à savoir : « Pauline », « Paracelse » et « Sordello ».

Conçues toutes les trois dans des conditions spéciales, — l’auteur ayant jusqu’en 1840 vécu un peu en marge de la vie, — elles ont vu le jour à un moment peu favorable à leur éclosion, celui où la littérature anglaise, depuis quelque temps en baisse, languissait encore. En outre, à ceux qui maintenant les regardent de près, elles semblent à certains égards, être venues mal à propos, et appartenir moins au commencement du siècle, qu’à la fin, dont elles annonçaïient l'idéal.

En effet, c’est seulement vers 1890 que dans toutes les voies ce siècle a vu s'affirmer, avec un romantisme assagi, une réelle étape d'équilibre et de guérison morale.

Ces raisons auraient largement suffi pour empêcher ces œuvres de jouir d’une faveur générale à l’époque de leur parution, maïs à celles déjà existantes il en vint s’ajouter d’autres.

En effet, « Pauline », la première en date de ces productions, avait à peine vu le jour que son auteur s’empressa de la retirer de la circulation. « Paracelse > à son tour, jugé prolixe et peu clair, ne fut connu et apprécié que d’une élite ; enfin « Sordello » se trouva tout de suite condamné sans retour à la fois pour son apparente obscurité et la difficulté où se trouvaient ses lecteurs à en interpréter la langue.

Actuellement donc, l'indifférence que témoigne le grand public à “ces trois œuvres est à peu près égale à celle qui leur avait été manifestée jadis : elles sont considérées comme mortes-nées.

Elles se trouvent de plus englobées dans la réprobation qui pèse sur la plupart des productions de l’ère Victorienne, car depuis quelque temps on juge bon, en Angleterre, de parler avec un dédain à peine

voilé des plus marquants parmi ses écrivains du siècle dernier, et souvent de ne leur octroyer qu’une justice fort sommaire.

Cependant la caractéristique et le privilège de cette époque c’est d’avoir possédé de très grands noms qui méritent d’être rangés parmi les sommités intellectuelles de tous les temps, et si à juste titre le dixneuvième siècle passe pour être une seconde Renaissance de l'esprit humain, la littérature anglaise, en tant qu’expression de ce mouvement unique dans les annales de l'Humanité, mérite d’être considérée comme inférieure à nulle autre.

Parmi la Pléiade de ses grands Penseurs, certains se détachent du nombre par une liberté d’allures plus grande. Leur premier mérite c’est de ne pas avoir été dupes de leur siècle, ils en ont senti toutes les généreuses impulsions, mais au moment de la réaction, qu’inévitablement elles devaient produire, ils ont réagi.

Eux-mêmes ne se sont pas laissé atteindre par le désenchantement général qui a suivi le premier généreux élan des esprits et des cœurs. Ils ont secoué toute lassitude, et si le doute a pu les effleurer, ils n’en ont pas voulu subir l'emprise, mais ils en ont fait le piédestal même de leur croyance. Sagement mais fermement ils ont fait leur siège à une distance égale des illusions de l’Absolu et des périls du Relatif. Mais ils se sont proposés de tirer parti de tout ce que l’on peut savoir de l’un et de l’autre. Ils estimaient que le Pratique n’est pas moins utile que l’Idéal et que le problème le plus essentiel à résoudre pour l’homme est celui de l’existence humaine. Ils en ont cherché la solution dans la connaissance du Soi et de ce qui, dans l’Universel même, se rapporte à chacun de nous. Regardant en face la vie, ils en acceptent les conditions, toutes, mais cherchent constamment par l’effort, l'intelligence et. le cœur à s’en rendre maîtres, ou, tout au moins, à en perfectionner le cours. Ils savent bien quelles limites la bornent mais en reconnaissent non moins les échappées sur l'infini qu’elle nous ménage. Lorsque d’autres s’arrêtent, hésitent ou nient, eux marchent en avant et se montrent affirmatifs et sûrs. Leurs systèmes philosophiques pour expliquer la vie, pour aider les hommes à vivre sont d’autant plus durables et plus féconds qu’ils procèdent à la fois de l’Intuition et de la Raison combinées. L’élévation et la noblesse de leur pensée valent la virilité et la précision de leur geste.

Or, Browning n’est pas seulement de ceux-là, il est leur chef de file.

Que l’on ne se méprenne donc pas sur la véritable valeur, — parce que essentiellement humaine, — non seulement des œuvres géniales

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