‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 2 sur 183 · SERRE (7 RES · texte numérisé non relu

SERRE (7 RES

qu'il nous a données à l’époque de sa maturité heureuse, mais aussi de ces premières productions de sa jeunesse, qui fut, à tous égards, bien moins sereine qu’on ne se l’est toujours imaginée.

Pourtant c’est envers celles-ci que les critiques se sont montrés les plus injustes, s’attachant sans cesse à ce qu’ils considéraient être des défauts, au lieu de tenir compte, avant tout, de la valeur de l'esprit de l'écrivain dont ils avaient à apprécier les œuvres.

Qu’elles ne possèdent pas toutes les qualités qui se révèlent dans certaines, telles Men and Women, The Ring and The Book, nul doute, mais si on se donne la peine de les regarder de près on y découvrira à coup sûr ce qui est infiniment précieux : un apport véritable de pure beauté, de pensée utile.

Tenter la réhabilitation de ces œuvres, a été mon but essentiel. La pensée qu’elle pouvait être à la fois utile et juste a aidé à me soutenir au cours d’un travail pénible et fort long, sans cesse mené à travers des difficultés réelles et des déboires variés, jusqu’aux limites d’une vie.

Il m'a semblé que ces productions de la jeunesse de Browning étaient loin d’être inintelligibles ou même vagues, à condition de leur témoigner quelque attention, quelque assiduité à en démêler l’enchevétrement plus apparent que réel. On a montré, certes, plus de bonne volonté pour des écrivains moins illustres, et même Eschyle, Dante ou Shakespeare ont souvent eu besoin de commentateurs et de lexicographes.

Voilà pourquoi j’ai cru qu’il fallait en tout premier lieu, au moyen d'analyses complètes, et aussi précises que possible, faire voir ce qu’elles renfermaient en vérité de clarté réelle.

Ensuite, par des citations nombreuses, puisées un peu partout dans

l’ensemble et traduites en français, montrer que des pages tout entières

passent, tout de même et sans trop d’encombre, dans notre langue réputée si limpide. Ainsi se trouverait, atténuée tout au moins, la sévérité des jugements qui ont si souvent été portés contre l’auteur au point

de vue de sa grammaire et de son style. En ce faisant, je me suis efforcé de demeurer aussi près que possible du texte original et d’arriver à

en rendre à la fois et la vie et les allures si caractéristiques.

Enfin, pour ce qui est des idées qui animent ces trois ouvrages et se répètent et se retrouvent si fréquemment ailleurs, j’ai essayé d’en préciser et le sens et la portée exacte, puisque ce sont, après tout, celles

A Lee

auxquelles Browning est resté fidèlement attaché au cours de sa vie entière.

Il était dans mon intention de prendre connaissance de tout ce qui a été écrit sur les premières productions du Poète dont j’ai retracé la jeunesse. Parmi les innombrables ouvrages qui ont paru sur elles, les uns manquent dans nos bibliothèques et même au British Museum de Londres. D’autres sont inaccessibles par suite de la distance très grande où ils se trouvent placés, certains, enfin, qui appartenaient à la famille des Browning, sont aujourd’hui irrémédiablement perdus, et un grand nombre des lettres écrites par lui ou qui lui furent adressées sont égarées sans retour.

Mais jai compulsé et lu tout ce qui était à ma portée.

Si donc de ce côté, ou à d’autres égards, ma tentative paraît imparfaite, une pensée pourra aider à apaiser mes regrets, celle d’avoir, tant soitpeu; pu contribuer à faire mieux comprendre, à apprécier de façon plus équitable, celui qui est, non seulement un grand poète mais encore, en dépit de toutes les attaques dont il a été l’objet, un maîtreesprit.

Page 1