II
(233) « Modern Painters », V, chap. 20, parag. 34. (Voir Appendice XIL)
(234 Cette paix est si peu fréquente que l’on s’étonne à Ferrare de vivre un seul jour sans dispute :
« Ainsi les Guelfes rebâtissaient leurs maisons ; pas une goutte de sang n'avait été « versée quand Cino Bocchimpane rencontra par hasard Buccio Virtu. Par tous les saints « du calendrier, la rue est étroite ! Elle grouillait de Gibelins, et cependant il n'eut « aucun mal ! » (I-vers 146-150.)
sont superbes de vigueur. Qu'il s’agisse d’une tentative de meurtre (235), ou des horreurs qui accompagnent le sac d’une ville (236), il peint — savec une vérité égale — la férocité du soldat et du chef (237), la bassesse du manant ou du noble, Il nous fait sentir combien peu comptait la vie humaine, et de quelle âpreté, de quelle rouerie, faisaient preuve les hommes, lorsqu'il s’agissait de se défaire — par n’importe - quel moyen — d’un rival gênant.
| Tout le Moyen Age, comme Taine l’a fort bien fait remarquer, se . résumait en deux personnages : le Guerrier et le Prêtre. Or, le Guerrier typique, à la vie active et rude, conservant sa robustesse et sa jeunesse »* jusqu’à un âge fort avancé, avec ses ruses de guerre (238), son dévoue- * ment à son chef, est admirablement rendu par le « Taurello » de . Browning.
Si nous nous tournons d’autre part vers ce qui concerne la vie religieuse, nous voyons que le poète a su retracer la vie monacale : étroite que menaient ceux que le Monde avait lassés ou épouvantés (239).
f En contraste, l’auteur nous fait voir la vie indolente, gaie et licen- ; cieuse, de la cour du roi Frédéric II (240), cour où régnaient une . culture très avancée en même temps qu’une superstition grossière (241) 3 qui se manifeste partout, autant chez les roïs que chez les nobles et les
- rustres. Témoin ce passage
« Ecelin était malade, et pourtant il savait tout ce qui s’y pas- « sait, grâce à sa sorcière Adelaïde. Chaque nuit, elle faisait appa- « raître au pied de leur lit, une sorte de guerrier — fantôme d'abord « plein de vie, puis plus pâle, enfin, hagard et défaillant — ils « surent alors que la ville était prise. » (242).
(236) « Salinguerra in the town once more « Uprooting, overturning, flame before « Blood fetlock-high beneath him. » (I-vers 160-163.) Cf. Livre I-vers 170 seq, et la description des horreurs de la prise de Ferrare (Livre