‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 138 sur 183 · AUS · texte numérisé non relu

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Quant aux sentiments et aux langages des personnages, s’ils sont | quelquefois plutôt ceux du 1% siècle que ceux du 15, leur accoutre- | ment du moins est bien celui de leur temps. Ainsi, Sordello habillé en |

page (243), puis en poète (244) est conforme à la mode de l’époque. Le magnifique Taurello est invariablement bardé de fer (245). Adelaïde

paraît, comme le veut son rang, toujours somptueusement vêtue, et |

Ecelin — décharné et spectral — émerge à peine de son énorme habit de moine (246).

Pour bien faire ressortir la supériorité de Sordello, Browning a eu soin de mettre à côté de lui les autres représentants de la poésie : les Troubadours, tel Eglamor, à l’habit bigarré le plus souvent

criard (247), vu la vanité du personnage ; les Jongleurs aux étoffes |

chamarrées, parmi lesquelles se détachent les sombres couleurs de

Vidal (248) ou bien encore celles de l’imperturbable et insupportable |

Naddo.

Cette fidélité à la couleur locale est si exacte, si constante et si

voulue qu’on la trouve parfois à des endroits où elle passerait inaper- |

çue sans une attention soutenue du lecteur (249).

D’aucuns ont vu là une prolixité trop grande, félicitons plutôt l’au- |! teur d’avoir si habilement su — grâce à de pareils détails — conser- |

ver partout la note historique exigée par le sujet (250).

« First fresh, pale bye and bye without a wound, « And when it came with eyes filmed as in a swound, « They knew the place was taken ! » (IV-77-82 ;:cf. 83-88.)

Voir encore la mention du Gnome (Il-vers 215) ; l’Enchanteur (III-597) ; l’Armé- |

nien (1-345).

(243) I-vers 447 : « À slender boy in a loose page’s dress. »

(244) 11-302 : « Filleted and robed the same » et IV-344 : « Its blue cross and eight lilies » ; cf. 1-343 : « gay dress » ; III-545 : « gay weed » et II-114 : « Gorgeous vesture ».

(245) Il porte les couleurs vertes et jaunes de la Maison de Romano (Livre Ilvers 909) et Livre IV-vers 693 : « with his steel-sheathed forefinger ».

(246) I-140 ; 280 ; II-870 ; III-518 : « À month since at Oliero shrunk all that was Ecelin into a monk >» ; jadis/il portait un casque d’or : « Your goldflowered basnet. »

(247) 11-60 : « It was a showy man advanced. » (248) « Let Vidal change, or any other fool « His murrey - coloured robe for filamot « And crop his hair. » (II-714.)

(249) Voir à titre d'exemple, cet intérieur monastique : « His chronicles commenced

when some old monk found it intolerable », etc. (1-300) ; cf. 1-190-193.

Lire également la description du CARROCCHIO : voiture peinte en rouge, portant une

cloche et l’étendard de la Ville, en même temps qu’un autel et le prêtre. (1-318 ; III-290 ; IV-354.)

(250) Voir aussi la description de l’extérieur et de l’intérieur du château (Livre D,

ainsi que celle du jardin du Palais de Salinguerra (Livre IV), etc. du manuscrit à enluminures (1-192). ;

C) Le point de vue littéraire

L Le Sordello de la littérature fut un troubadour provençal bien « qu'Italien de naissance. Il joua au tournant du 12° et 1% siècle, un rôle important dans la poésie amoureuse de la Provence. Dans le poème de Browning, la vie des troubadours, le contenu de leurs créations et de . leur activité sont maintes fois effleurés. Le problème psychologique du . poème renferme en son essence la critique de leur poésie. Sordello veut - se libérer des formules schématiques de cette poésie en ce qui touche - au fond et à la forme de la poésie galante et de circonstance ; et il tend à s’abîimer personnellement dans une poésie susceptible de dévoiler et d’éclaircir ce qui émeut le « moi ». Mais l'effort du poète reste - imparfait, car il finit par reconnaître, — trop tard à vrai dire pour » cette vie, — que en dehors du « moi » la grande Humanité attend, elle aussi, d’être reconnue par la Poésie. Aïnsi la propre évolution poétique de Browning trouve son écho dans la destinée du troubadour. Le mauvais esprit qui cherche à retenir Sordello dans les limites * de la tradition est représenté par Naddo. Celui-ci lui conseille de ne pas imiter le fou parmi ses compagnons, Pierre Vidal, qui cède, insouciant, son vêtement bigarré contre un habit fané (251). Le Sordello de l’histoire a dirigé lui-même contre Vidal précisément au sujet de s son habit étrange, des satires acérées où il excellait, si bien qu’il peut 2 avoir allusion ici. La cour médiévale et les joutes poétiques des troubadours sont présentées dans le tournoi poétique entre Sordello 4 et Eglamor devant Adelaïde et Palma. Avec les formes poétiques pro-

vençales, Browning se montre également familier, car il fait entreprendre à Sordello létude du tençon, du rondeau, du virelai et de 4 la sirvente (252). Les recherches dans le domaine de la langue et de la poésie romantique étaient précisément — à l’époque où parut -« Sordello » (1840) — dans leur premier épanouissement. La façon de présenter les noms laisse supposer que le poète a utilisé les sources françaises, ou des transpositions de provençal en français. Ainsi : trou- S vères, troubadours, jongleurs (253) interviennent toujours. Par LUE

(251) Voir note 7 de la page (252) « You pother with your glossaries to get « À notion of the Troubadour’s intent F « In rondel, tenzon, virlai or sivent. » (I-vers 515-517.) ” (253) t « Place « For the best Troubadour of Boniface « Halloed the Jongleurs. » (II-vers 62-64 ; cf. I-vers 990.)

on trouve à côté des noms connus, celui de Valvassor (254), qui témoigne des modèles d’origine directement provençale. Des modèles de cette langue se rencontraient aussi dans des œuvres françaises, par exemple, dans « L'Histoire de la Littérature Italienne » de Sismondi, abstraction

faite de ce que, dès cette époque, le grand ouvrage de Raynouard était déjà paru (255).

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