‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 139 sur 183 · IX. — LANGUE, STYLE ET VERSIFICATION DE « SORDELLO · texte numérisé non relu

IX. — LANGUE, STYLE ET VERSIFICATION DE « SORDELLO

A) Langue et Style

Rien peut-être n’a plus nui à la réputation de Browning que les reproches qu’on lui a adressés, un peu de partout, au sujet de la langue et du style de « Sordello ». On accusait la première d’être infiniment confuse, et, conséquence inévitable, le second d’être extrêmement obscur.

Comme nous nous efforçons, par ailleurs (256), d'examiner jusqu’à quel point ces reproches sont mérités, nous nous contenterons ici d’indiquer rapidement les raisons générales pour lesquelles la langue et le style de « Sordello >» pouvaient arrêter le lecteur.

a) La langue paraissait difficile, d’abord à cause de sa très grande richesse et de sa variété. Au point de vue vocabulaire elle était, de par son sujet, à la fois historique et philosophique. Mais, en plus de cela, elle était chargée de termes archaïques, rares, ou détournés de tous sens courant, d’autres tirés de la Bible, de Shakespeare, Milton, ou d'auteurs antérieurs aux Elizabethains.

Au point de vue orthographe, ses variations déconcertaient. Sa grammaire était particulière. On y trouvait un certain abus dans l’emploi de constructions absolues, d’Ellipses et d’Inversions, un mélange de discours direct et indirect enchevêtrés l’un dans l’autre, des formes Exclamatives ou Interrogatives surgissant à l’imprévu ; le tout compliqué de phrases suspendues, de Tirets, de Parenthèses, d’Apartés adressés tantôt au lecteur, tantôt aux personnages et tantôt à l’auteur lui-même. Les expressions les plus familières et les plus nobles voisi-

(254) Livre I-vers 769.

(255) Le Professeur ANGLADE a aussi consacré un certain nombre d’ouvrages à la Poésie Provençale. Voir Bibliographie. |

(256) Voir Thèse Complémentaire : Browning’s English in « SORDELLO ».

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naient ensemble. Les Images et les Métaphores étonnaient par leur éclat, leur vigueur et leurs associations inaccoutumées,.

Le Style, enfin, n’intriguait pas moins que le vocabulaire et la grammaire. Îl n’était pas uniquement narratif, philosophique ou descriptif, il était multiple. Tous les genres se heurtaient dans le poème, avec une abondance si intarissable, et apparemment, avec une désinvolture si complète que les lecteurs, le plus souvent, renonçaient à comprendre.

Pourtant, s’ils avaient persévéré dans leurs recherches, ils n’auraient pas tardé à être récompensés de leurs efforts.

Car, malgré tout, cette richesse, cette variété, de vocabulaire, de

style, ce désordre apparent, cette fougue, et cette intensité avaient leur raison d’être.

a) Richesse et Variété.

En effet, Browning, dans « Sordello >», avait, d’une part, à faire un récit historique, et, d’autre part, à exposer une doctrine philosophique.

Or, au point de vue Histoire, l’époque qu’il se proposait d’étudier et de décrire, à savoir le Moyen Age, tout en étant particulièrement intéressante, était difficile à comprendre et riche en faits. Browning recherche — tout autant qu’il l’avait fait dans « Paracelse » pour décrire la Renaissance, — les termes qui fussent susceptibles d’en peindre au point de vue général les aspects si nombreux et si variés.

Ses notations, pour brèves qu’elles soient sont rapides, sûres et surtout indispensables pour caractériser ce moment de l’évolution

. humaine.

Par moments, il se contente de citer seulement :

a) Les noms des personnages historiques célèbres, soit de l'Italie, soit d’autres pays encore : Empereurs, Rois, Princes, Chefs Généraux : Frédéric II, Jean de Brienne, Grégoria da Montelungo, Sordegerio de Tito : Saldan, Malex, Miramoline, Prince des croyants (titres mauresques) ; Poètes et Peintres Dante : Nicolas Pisano, Giovanni Pisano, Guidone.

b) Les familles des maisons ou des Partis illustres en Allemagne et en Italie : Este, Romano, Atraversi, Adelardi ; avec leurs titres, Podesta, etc.

c) Les mots se rapportant à la Littérature Médiévale : Troubadours, Trouvères, Jongleurs, Poètes (avec leurs noms réels ou imagjinaïires : Vidal, Strojavacca, Squarcialupe, Naddo), et les termes littéraires qui s’y rapportent : Angelot, Rondel, Sirvent, Virlai.

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