ALLITÉRATION
Par endroits, l’Allitération est très, on pourrait presque dire trop, visible, mais il en tire habilement parti.
Indépendamment de la rime, un très grand nombre de vers isolés sont tantôt de toute beauté, tantôt d’une vigueur extrême :
« And still more labyrinthine buds the rose (I-vers 477). « Out of the crashing of a myriad stars » (III-91).
« The blind night seas without a saving star » (II-v. 127). « Where glutted Hell disgorgeth filthiest gloom » (1-v. 368).
« My life must be lived out in foam and roar » (IV-815).
Il réussit non moins bien à présenter une image en un nombre
limité de vers :
« The snowy oxen draw « The Paduan carroch, its vermilion cross « On its white field. » ([V-30-33).
Ou bien alors des images magnifiques se déploient amplement de vers en vers, cachant la rime : |
« Eve slow sank < Down the near terrace to the further bank,
pe 0 SAR
« And only one spot left from out the night
« Glimmered upon the river opposite :
« A breadth of watery heaven like a bay
« A sky-like space of water ray for ray
«< And star for star, one richness where they mixed « As this and that wing of an angel fixed
« Tumultuwous splendours folded in
« To die. » (VI-7-16).
Browning, dans « Sordello >» — tout comme dans « Paracelse » — aboutit à l’ample période qui se déroule à travers toute une page (296).
Ainsi en résumé, nous voyons que la langue de Browning est essentiellement imprévue, par suite de la liberté générale de ses allures. Elle est tantôt d’une concision extrême, elliptique, enchevêtrée. Tantôt elle se déroule en amples périodes, à la fois belles et claires. Elle trahit à chaque instant la préoccupation qu’a l’auteur d'innover à tout point de vue, tant au moyen d’associations inédites du vocabulaire, de la construction grammaticale, ou des idées. Elle n’est jamais, quoi qu’on pense, obscure pour celui qui se donne la peine de l’approfondir, de l’examiner de près.
Le style de Browning de même se distingue des styles ordinaires
(296) Les exemples sont fort nombreux, voir Livre I-vers 898-928, 11-193-226, III- 94-110, 1V-417-460, V-21-61, VI-200-457. (Dans le dernier exemple en effet Sordello parle sans interruption.)
(296 bis) On s’est aperçu, un peu tardivement, à vrai dire, de l’extraordinaire virtuosité de Browning au point de vue versification, à tel point même que l’on a été jusqu’à perdre de vue certaines de ses autres qualités, notamment celle de penseur.
Dans « Sordello », Browning a fait preuve d’une réelle adresse dans le maniement du vers décasyllabique et si, au point de vue allitération il n’a pas atteint l’extrême habileté dont il fait preuve dans The Ring and The Book, il a du moins acquis, déjà, une certaine maîtrise dans l’art de varier ses effets.
Dans certains de ses vers l’allitération est discrète, par exemple :
By the wind sack upon its Bearer’s hand (1-84). Wedded and turned him wicked (1-944).
The Trouvere, rhe True lay wir the True end (II-82).
Dans d’autres elle passe de vers en vers :
The next their laughter sunk In sobs of blood For they FOUND, some strange way, Old Salinguerra back again say (1-19-160).
Mantuans, the Main of them admiring still How a Mere singer etc. (II-628-629).
Missing the mofhee-bee Her mountain hive Romano swarmed.
Ce qui prouve que Browning ne considère pas le « couplet > comme formant une cloison étanche, même au point de vue allitération.
Par sa vigueur étonnante, l'éclat, la variété inépuisable et la richesse incomparable de ses images et de ses métaphores. Il éblouit par sa somptuosité, autant que par la rapidité de ses transitions. Langue et style sont ceux d’un athlète de la pensée.
Pour ce qui est de la versification, on sent à tout propos la présence dun virtuose dans l’art des vers. Il plie la matière à sa volonté, en obtient tous les effets qu’il veut tant au point de vue pause qu’au point de vue mouvement, richesse, beauté ou éclat. Il remplit son vers tour à tour de la sensibilité d’un Keats, de la vigueur ou de la rapidité d’un Shelley.
On retrouve partout, dans sa langue comme dans son style et sa versification les traces de son propre tempérament et ce qui le caractérise lui-même avant tout : une imprescriptible, une débordante vitalité.