‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 58 sur 183 · JUGEMENT D’ENSEMBLE SUR « PAULINE · texte numérisé non relu

JUGEMENT D’ENSEMBLE SUR « PAULINE

Nous possédons maintenant, nous semble-t-il, au moins les éléments essentiels permettant une vue d'ensemble sur « Pauline ».

Loin d’être l’œuvre incohérente que l’on imaginaït, cette production est ni incompréhensible, ni confuse au point où on l’a prétendu.

Elle est compréhensible à condition que l’on se tienne au courant de la vie de son principal personnage et que l’on approfondisse son tempérament intime. Elle ne mérite donc pas le reproche que l'héroïne lui avait, avec si peu d’indulgence, infligé. Et n’oublions pas surtout que c’est Browning lui-même, en réalité, qui formule cette critique, parce que, une fois son ouvrage terminé, il s’est aperu — grâce à son jugement si averti — que son œuvre péchait par une subjectivité trop marquée et par là s’était éloignée de la parfaite objectivité de son grand maître préféré : Shakespeare.

Confuse, elle ne l’est pas dans l’acception ordinaire du mot. Browning lui-même, dans « Paracelse », dira que la « jeunesse est confuse », mais il ne l’a pas dit dans le sens que l’on croit. Il veut entendre par là qu’en général, chez elle, tout est tumulte et tourment. Mais, lorsqu'il s’agit d’un esprit aussi puissamment organisé que celui

| (150) Life and Letters of Browning, p. 73.

de Browning, on ne saurait appeler confusion ce qui n’est, après tout, qu'un bouillonnement intense d’idées —— bouillonnement qui échappe, déborde et submerge tout.

De plus, elle est originale, par cela même qu’elle est l’exacte expression d’un tempérament unique.

Ici, en effet, nous avons, — c'était du reste forcé, — à faire à tout autre chose qu’à l’ordre logique de l'Ecole Classique : plus de vers allant deux à deux, et où le sens précis, à la forme châtiée, doit, quand même et toujours se cantonner dans un cadre déterminé d'avance, Ce que l’on constate tout de suite dans « Paudine » c’est un débordement de sensibilité qui se projette tout d’un élan, suivi d’apaisements, de ralentissements, selon que la situation l’exige, Rien, en apparence, de strictement ordonné, mais rien non plus qui rende mieux ce qu’il importe dans ce poème de décrire, à savoir : Les mouvements d’une âme essentiellement mobile, tumultueuse, puissante et agile, et qui — momentanément désemparée — cherche à dépeindre son désarroi, car tour à tour on voit l’enthousiasme l’abandonner et le reprendre, on constate que, tour à tour, il s’éprend de tout, pour s’efforcer aussitôt à isoler une chose unique dans l’ensemble de toutes celles qui le séduisent pour s’y rattacher, sans pouvoir y parvenir.

Le tempérament qui se révèle ainsi était tout à fait exceptionnel, de ceux qui ne sauraient tenir compte des règles de composition ordinaires. Certes, la mer qui se soulève soudain en vagues échevelées irrésistibles, où qui — à d’autres moments — dort ou s’allonge en une plaine immobile, la flamme qui tantôt bondit de roc en roc, ou serpente silencieuse et invisible, la lave qui gît, morte, au fond du cratère, et qui, brusquement, déborde en bouillonnantes coulées dévastant tout sur son passage, paraissent insoumises à toute discipline. Pourtant, on le sait, elles obéissent à d’immuables lois. Aïnsi le désordre qui, ici, n’est qu’apparent, est du même genre (151).

Les manifestations de la pensée chez un être doué de l’ardeur, de la fougue d’un Browning, se trahissent forcément par une abondance une impétuosité, et aussi un semblant de désordre, qui déroute les esprits essentiellement logiques. Mais de là à dire que le poème était « A piece of pure bewilderment », il ÿ a loin.

(151) Si Browning apparemment accorde à toute image astronomique une faveur spéciale, c’est parce que sa nature — à ses yeux — a une affinité secrète avec celle de / quelque puissant astre dont la prodigieuse activité intérieure se révèle en dehors par - des taches qui obscurcissent momentanément son disque éblouissant, mais qui sont, au fond, les preuves d’une prodigieuse force latente,

Nous ne pouvons à ce point de vue que nous inscrire en faux contre une partie au moins du jugement que porte dans « The Cambridge History of English Literature », à propos de cette œuvre, le critique si avisé qu’est Sir A. Jones, lui qui par ailleurs a dit des choses si justes et si pénétrantes sur Browning, la qualifie : « The brillant and incoherent « Pauline ». De même, à notre sens, il fausse entièrement l’image, que nous devons garder du poète de vingt ans, lorsqu'il en fait le portrait dans les lignes suivantes. « an extraordinarily handsome and innocent boy who not at all unaware of his curls and lace and ruffles has been turning himself round and round before the mirror and has found that he is too noble a being, too bold, reckless, unrestrained, sceptical, brilliant, intense, wide-souled, hungry for knowledge and love, for this work-a-day world. >»

Et d’abord de l’aveu de tous (152) la physionomie de Browning à cette époque, quoique pleine de feu et d’animation, était gâtée par un nez trop long. Quant à son innocence, eile était relative, puisqu'il ne cesse, et dans « Pauline », et dans « Paracelse » d’insister sur les luttes qu'il eut à soutenir contre l’emprise des sens. Qu'il en ait triomphé, se révélant dans la suite d’une pureté, d’une chasteté remarquables, est un fait non moins indéniable. Enfin, le représenter comme un fat se paradant devant un miroir, c’est commettre une erreur initiale, celle de confondre la vanité personnelle avec l’orgueil intellectuel, — car c’est là le défaut indubitable qui caractérisait alors l’ardent jeune homme, prodigieusement doué. La moitié au moins des qualificatifs employés ici le sont à faux. Browning ne se croyait ni trop « noble », ni trop « téméraire » « hardi ou brillant » ni trop entiché de sa personne. Ses travers étaient intellectuels. Et, en tout dernier lieu, contredire l’assertion de J. Stuart Mill, et prétendre qu’il se trompe lorsqu'il qualifie d’ « intense » l’analyse qu’a faite de lui-même Browning, c’est se tromper soi-même, car Mill est avant tout philosophe, et par là, en tant que logicien, d’une compétence infaillible. La vérité c’est que l’analyse introspective de Browning est exactement intense et non « pittoresque ».

D’autres ont vu plus juste que Sir A. Jones, et le suprême mérite de Rossetti fut d’avoir été le premier à comprendre la beauté de l’œuvre, de même que la seule — mais très utile, découverte de J. S. Mill — fut de voir qu’il avait à faire, dans « Pauline » à un esprit philosophique de

tout premier ordre : possédant une faculté d’analyse tout à fait surpre-

nante.

(52) Voir par ex. Griffin, « Vie », p. 44, note 2.

C’est parce que le rôle joué par l'imagination dans tout le poème est si considérable que l’on se méprend tout d’abord sur l’agencement intime de celui-ci. C’est elle, si ailée, si alerte, qui fait voler l’auteur de sujet en sujet dans sa recherche de la vérité et nous déroute nous aussi, certes, puisqu'elle nous met simultanément en présence de bien des choses qui, de prime abord, paraissent tout à fait irréconciliables, tantôt ces analyses psychologiques si pénétrantes et si fines, mais qui prennent à certains moments des allures presque scientifiques, et tantôt un mysticisme ou un symbolisme, encore plus difficiles à pénétrer. C’est elle enfin qui le fait aspirer vers Dieu, c’est elle qui lui révèle du même coup le fond de son âme et lui assure par là le salut.

Pourtant, la véritable confusion entre tous ces éléments n’existe pas, chacun sert à nous faire voir les multiples aspects de sa nature, et l’étonnante diversité de sa constitution.

La vivacité de cette imagination rend, il est vrai, les transitions trop rapides, et parfois difficiles à saisir, mais il y a, malgré cela, de l’ordre réel dans la structure et le développement du poème qui peut se partager en trois parties distinctes : le récit des angoisses éprouvées par l’auteur ; l’analyse qu’il fait de lui-même ; et enfin les preuves qu’il nous fournit de sa guérison complète,

La véritable matière n’est donc pas, comme on pourrait se l’imaginer — uniquement le récit de ce que le jeune homme a pu faire de répréhensible, soit dans le passé, soit au moment où il écrit (153), mais surtout l’effort qu’il fait pour arriver à l’exacte définition de ce qu’il est en lui-même.

Ce qu’il s'efforce de préciser, c’est manifestement bien moins ses = péchés ou ses défauts véniels et le découragement où il est tombé — car bien souvent il s’accuse à vide, et se donne des airs de vieux blasé, — que la constitution foncière de son « Ego ». Le psychologue qui ré- side ‘en lui oblige le côté « poète » à lui céder une place plus large. - Avouer ses fautes ou expliquer la déchéance où il croit être tombé — déchéance qui, à ses yeux avait sa cause dans la nature particulière = de ses facultés — ce n’est autre chose qu’un moyen tout à fait com- mode pour mieux voir exactement de quels éléments se compose son - âme. Voilà au fond sa préoccupation essentielle.

La véritable — « Confession >» — si confession il y a — (154) com-

(153) Bien qu’ ’il y ait là un des éléments constitutifs du récit servant à faire ressortir l’évolution opérée dans son « moi ».

(154) A remarquer que, de l’aveu de Browning lui-même cette « Confession » n’est

mence done seulement lorsque le poète nous dévoile le cruel tourment de son âme et avoue l’impossibilité où il se trouve de concilier l'amour qu'il a toujours eu pour'son Créateur, avec celui qu’il vient de vouer à un être, à savoir Shelley. Son très grand tort est de ne pas nommer celui-ci, car, véritablement, le Public ne pouvait pas s'intéresser à quelqu'un qu'il ne connaissait pas : — Browning lui-même, qui, de son côté, parlait à une personne que l’on ne voyait pas, à savoir : Pauline, de quelqu'un qui ne portait aucun nom, c’est-à-dire Shelley.

Ce qu’il explique d’une façon plus claire — heureusement pour nous, — c’est le caractère indestructible de l’amour qu’il a pour Dieu et qui lui a été révélé précisément par l’amour tout humain qu’il éprouvait pour Pauline, amour qu’il a toujours gardé envers elle au fond de lui-même, bien que son égoïsme purement cérébral lui eût fait dédaigner toute affection humaine. Dès que Pauline laura ramené à la Vérité par la révélation de la Beauté, il retrouvera toute la sérénité que possédait jadis son âme.

Cette caractéristique marquante de l’œuvre au point de vue littéraire, et qui ne se rencontre pas ailleurs, à savoir une analyse psychologique abstraite existant à côté d’une poésie à allure nettement lyrique, fait que le poème aurait pu facilement s’intituler « Robert Browning et Pauline » ou plutôt « Robert » tout court (155) car il ne s’agit guère que de lui tout le temps. Sa personnalité envahissante, absor-

bante, le remplit tout entier. Aussi, il avait bien raison de dire dès le

début que le « Self » était l’obsession dont il souffrait par-dessus tout, et c’est cette analyse serrée qu’il mène à côté de l’abandon moins surveillé de ses divagations personnelles qui différencie « Pauline » de beaucoup d’autres confessions.

Assurément, le public en connaissait déjà un nombre très consisérable, mais d’un genre bien différent. Il avait eu affaire — en mainte occasion — à de purs égoïstes : des Rousseau, des Byron, des René, mais il n’avait jamais, jusqu'ici, vu quelqu'un qui poussât aussi méticuleusement — ni aussi loin — l’analyse de soi-même, et porter ce « Soi » hors de lui-même pour pouvoir l’analyser objectivement, plus efficacement que tout autre romantique de son époque ; et, par là, « Pauline » se rapproche de l'affirmation placée en tête de « Sordello > ; « nothing else is worth doing ». Aussi des critiques peu avi-

qu'un « fragment » et par là incomplète, ce qui lui fait dire de l’Introduction au poème lui-même que « sans cela, celle-ci aurait paru moins prétentieuse ».

(55) Il a déjà — dans « Pauline » une telle facilité pour s'identifier avec sa créa tion, que le Poète qu’il décrit devient lui-même. Même procédé dans « Sordello ».

ph #3 éoc-r : à

sés ont-ils trouvé la chose fastidieuse. Ils ne pouvaient guère, forcément, voir la profonde intention humanitaire qui, déjà en germe, ici était la pensée dominante de Browning, car, s’analyser lui-même — et par là arriver à se bien connaître — n'est-ce pas le vrai moyen de parvenir à connaître les autres et de leur être éminemment utile ? Ainsi, cet égoïsme « bien entendu », comme l’aurait certainement dénommé Bentham, était en réalité tout autre chose que cette préoccupation maladive de soi que l’on trouve si fatigante chez un Chateaubriand ou un Byron ! C’est, au contraire et en vérité, chez Browning, le commencement d’un altruisme élevé, prodigieusement élargi au-delà des bornes habituelles. C’est le premier pas dans la direction de la vraie sagesse, celle qui est faite avant tout d’humilité complète (156), car c’est bien | à l'humilité qu’aboutit — en dernière analyse — le poète : à la sincère,

à la vraie subordination de ce « Moi », toujours si volontiers empié- | teur, ce « Moi >» qui — tardivement mais finalement — trouve quelque | chose qui lui est supérieur, l’accepte avec joie, et s’y soumet tout entier. 5 En ce sens Browning n’est pas romantique, car le romantique croyait en lui-même totalement.

Par là se dégage la grande, la première profonde leçon morale contenue dans « Pauline », celle-là même qui se trouvera renouvelée, amplifiée de façon plus géniale, dans « Paracelse » et Sordello », celle que Browning n’a cessé de préconiser, d’inculquer partout et toujours — par sa parole et dans ses œuvres — avec toute la pénétrante conviction de sa puissante et généreuse nature : il faut aimer, c’est la première grande vérité que l’homme — en regardant au fond de luimême — découvre, c’est Dieu, c’est le Christ qui l’ont dit. Aimer, non - pas soi-même, mais le prochain. Aïmer la Vie qui est la Vérité, le De- voir, donc la Beauté, aimer le Bien qui est Dieu, qui est l’Amour. Aimer, vénérer — non seulement le Poète qui est le Prêtre, le Prophète de l'Eternel — mais la Poésie qui est, Elle, l’interprétation des hauts desseins de Dieu.

La valeur intrinsèque, la noblesse, la beauté morale d’une telle doctrine doivent, nous semble-t-il, laisser tout lecteur sous le coup d’une admiration peu commune. Tant d’élévation dans l'esprit, tant de pureté dans l’idéalisme, sont toujours choses rares, et par cela même infiniment précieuses à l’âme humaine, c’est ce qui, sans conteste, donne à cette œuvre — malgré ses quelques défauts — une véritable portée

(56) Cf. : « The soul would never rule. but. rest beneath some better essence than itself, in weakness. » (« Pauline », vers 814-819.)

morale, car la leçon qui s’en dégage, c’est que Browning a une morale à lui, individuelle, basée sur la clairvoyance, l’honnêteté intellectuelle, la loyauté envers soi-même. Il lui suffit de voir clair dans sa propre âme. La moralité est une affaire entre sa propre conscience et Dieu. C’est là une conclusion qui serait périlleuse pour tout autre que Browning, mais lui croit que l’âme a été donnée à l’homme par Dieu c’est le signe de la présence de Dieu dans l'Homme. L’œuvre est donc sa plaidoirie en faveur des droits de l’âme individuelle, une protestation directe et avant terme contre la morale étroite et conventionnelle de l’ère Victorienne.

Mais cette œuvre, en dehors des réelles qualités que nous venons d’énumérer, en possède une hors pair : c’est qu’elle est un tableau fidèle de ce que présente pour chacun de nous le mot magique « Jeunesse ». On reconnaît là les problèmes multiples qui assaillent ou troublent toute nature richement douée, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral et intellectuel : les sollicitations des sens, les ardeurs, les bouillonnements, l’égoïsme, l’orgueil du jeune âge, ses aspirations, ses déceptions, ses ambitions illimitées, tout ce qu’elle renferme de possibilités latentes, d’attraits et de périls. À ce point de vue, elle est à peu près unique, et ne saurait guère être comparée qu’au poème si pénétrant que nous a donné un autre très grand poète, Robert Bridges, dans « The Testament of Love ».

En résumé, nous pouvons dire que cette œuvre demeure — pour de multiples raisons et malgré les dénigrements dont elle a été l’objet — fort intéressante. D’abord, à cause même des qualités et des défauts qu’elle renferme, vu que les unes et les autres sont essentiellement ceux d’un être jeune, par-dessus tout impétueux, mais aimant et plein de franchise, qui, par moments, s’exprime à vrai dire avec quelque gaucherie, mais plus souvent avec un réel bonheur, et dont les rares maladresses sont rachetées par les grâces d’un style musical où abondent les images naturelles et fraîches, par l'expression d’une foi et d’une passion très pures, par des élans éperdus vers Dieu, la Beauté, la Vérité, élans sincères comme les préoccupations qui le tourmentent au sujet de sa déchéance morale — il le reconnaît lui-même — exagérée à dessein. Ensuite, parce qu’elle nous présente le premier essor d’une imagination superbe existant à côté de ses émotions intenses qu’il sut maintenir séparées de sa rare faculté d’analyse. Elle nous intéresse enfin, parce que nous y découvrons les traces d’une foi déjà inébranlable, et qui ne l’abandonre jamais, dans la mission du Poète. Pareil ensem-

ble ne peut que nous retenir, car il révèle d’avance — tel un horoscope exact — une personnalité unique, en même temps que tout l’avenir d’un grand et vigoureux génie.

CONCLUSION

Ainsi « Pauline » c’est l’histoire du développement d’une âme et de sa conquête du « Soi », histoire partielle seulement, fragmentaire, et qui, pour cette raison ne doit pas être jugée comme le serait une œuvre complète. L'âme, chez l’homme, aux yeux de Browning, compte plus que tout autre chose, et c’est parce que telle était sa conviction intime qu’il s’est efforcé d’en approfondir mieux encore l’étude dans « Paracelse » et « Sordello ».

« Pauline >» première étape de l’enquête profonde inlassablement menée par le grand poète à travers toute sa vie sur l’homme, est, tout comme l’œuvre qui raconte la jeunesse de Wordsworth, le digne « Prélude >» des magnifiques éclosions fournies plus tard par son génie. Récit émouvant d’une âme belle, sensuelle et idéale à la fois, sur le point de sombrer et que l’apparition de la Beauté sauve au moment où elle allait s’enliser ; c’est incontestablement une œuvre de jeunesse, avec l'attrait qui se dégage de tout ce qui est jeune, avec, peut-être, aussi, les défauts inséparables de cet âge, mais qui, à la vérité, sont négligeables si l’on considère les très grandes qualités que, par ailleurs, elle renferme.

La Postérité ne peut manquer d'estimer qu’elle présente, pour cha-

cun de nous, un intérêt hors pair : elle la louera pour tout ce qu’elle-

même incite à louer : le Bien, la Vérité, la foi ; elle l’aimera pour tout

ce qu’elle engage à aimer : l’énergie, la conviction, le courage en face

de la vie. | Qu'elle ait été — malgré ses dénégations — aimée par l’auteur lui-

même, aucun doute possible. S'il ne se fût pas trouvé, par la faute insigne d’une critique inintelligente, hostile ou malhabile (157), blessé

(157) Que l’on se rappelle le mot de A. Birrell : « If would be difficul{ and unprofitable to attempt to analyze. >» « Pauline > Pogrica Works of R. Browning, 2 vol., London, 1899, Préface, note à « Pauline ». Voir Appendice IV,

re

dans ses convictions les plus sincères, les plus intimes, il est certain qu’il n’eut jamais cherché à supprimer définitivement cette œuvre de sa jeunesse.

On peut, à la rigueur, concevoir qu’il ait voulu, après tout, ne la garder que pour lui-même, au fond de son cœur, comme cet autre grand poète qui, dans la tombe de celle qui lui fut chère, ensevelit toute son œuvre (158) ; on ne peut, en aucune façon, s’imaginer que des lecteurs et des critiques aient pu, pendant si longtemps en méconnaître la valeur, ni que l’avenir consente à condamner une production aussi géniale à un oubli qu’elle ne saurait mériter à aucun point de vue.

(158) Rossetti.

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