LE « PARACELSE >» DE BROWNING
Pour quiconque veut apprécier à sa juste valeur le « Paracelse » de Browning, il y a, avant même d’en commencer l’étude, certaines constatations indispensables à faire.
C’est d’abord — on l’a vu précédemment — que « Pauline » avait paru sous un anonymat impénétrable (1). De ce fait, le public ne pou-
vait pas se douter que les deux ouvrages fussent du même auteur. Il
se trouvait par là dans l'impossibilité matérielle de voir certaines ressemblances tout à fait frappantes qui existaient entre eux. Ensuite, « Paracelse » loin d’être enveloppé de mystère ou affublé
d’érudition comme l'avait été « Pauline », était simplement précédé
d’une préface (2), — véritable profession de foi de l’auteur — par
(1) Browning en constatant l’accueil si peu encourageant accordé à son premier
‘ouvrage, « Pauline », s’était empressé de faire porter chez lui, par ses éditeurs, tous
les exemplaires du poème malchanceux, qui furent définitivement relégués au fond du grenier de sa maison.
(2) Browning eut le tort grave de la supprimer dans les éditions postérieures,
re
laquelle il signifiait nettement au public quelles étaient à son sujet ses intentions et ses désirs.
Voici », disait-il, « une tentative probablement plus nouvelle qu’heureuse, de prendre la contre-partie de la méthode généralement adopté par les écrivains pour exposer les pensées ou les passions au moyen de l’action des personnages et des événements. Au lieu d’avoir recours à un mécanisme d'incidents extérieurs pour créer et faire évoluer la crise que je désire produire, j'ai tenté (3) de manifester avec quelques détails — l’état d'âme lui-même en sa naissance et ses progrès, et j'ai entendu que l’action extérieure par laquelle il est influencé et déterminé, fût généralement discernable par ses seuls effets et entièrement subordonnée, sinon complètement exclue. Je me suis efforcé d'écrire un poème et non un drame. »
II ajoutait qu’il comptait sur l'intelligence et la sympathie de son lecteur : « Si mes scènes étaient des étoiles, son imagination comblant, par sa collaboration toutes les lacunes, rassemblerait toutes les lueurs éparses en une seule constellation, soit celle de la Lyre, soit celle de la Couronne. » (4) Il terminait en souhaitant qu’au cas où cette œuvre manquerait de plaire, elle ne détournât pas néanmoins ses lecteurs de « ses productions éventuelles ».
La simplicité, la franchise, la clarté (5) déjà plus grandes de cet exposé, étaient un progrès très réel, comparées aux procédés dont il avait jadis fait usage, lors de lPapparition de « Pauline ». Mais le lecteur de 1835 n'ayant jamais vu cette œuvre, ne pouvait pas se rendre compte de ce progrès, il devait, par contre, être assez déconcerté par ce qu’il y avait d’imprévu dans la tentative si particulière faite par l’auteur qui lui présentait ce qui était, en apparence un drame d’un genre à tous les points de vue nouveau. :
En effet, si la pièce, en apparence, renfermait des éléments qui d'ordinaire constituent une œuvre dramatique, à savoir : cinq actes, des personnages, une crise en voie d'évolution, des tirades en vers blancs, ainsi que des effusions lyriques, tout comme dans les drames de Shakespeare, —.il y avait non moins certaines anomalies qui frappaient de prime abord : Les personnages, à regarder de près, se ramenaient à un seul : à savoir, Paracelse lui-même ; ses discours à tout
(3) « 1 have ventured to display somewhat minutely the mind itself in its rise and progress, and have suffered the agency by which it is influenced and determined to be generally discernible in its effects alone, and subordinated throughout, if not altogether excluded, etc. » \
(4) Syxmoxs : An Introduction to Browning, 1886.
(6) Bien que le « involved » style soit encore employé.
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