‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 61 sur 183 · TA RE · texte numérisé non relu

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prendre, n'étaient que des monologues, car dans un ouvrage de plus de trois mille vers, la parole était presque entièrement accaparée par le héros du poème (6). Comme action, il y en avait fort peu, mais un peu tout de même, — et en dépit de l’assertion de l’auteur (7). Mais les cinq actes, eux aussi, à cause de la répétition si bizarre du nom du personnage, « Paracelse >» —— pouvaient être réduits à trois ou même à deux, à savoir : « Paracelse aspire, Paracelse atteint. »

C'était, certes, dans l’ensemble, vraiment un « poème » bien plus qu'un drame, ainsi qu’il l’affirmait, mais un poème de caractère hétérogène, à la fois lyrique, dramatique et philosophique. C’est à ce dernier point de vue que le lecteur anglais, peu habitué à des procédés d'analyse psychologique dans un poème, quel qu’il fût, devait se trouver dérouté. Pouvait-on espérer que celui qui malgré tout se trouvait en présence d’une œuvre ayant la structure apparente d’un drame serait à même de suivre de plano les subtiles gradations de pensée où le conduisait Browning, par lesquelles il marquaït les étapes successives par où passait son héros et soulignait toutes les modifications que subissait lJ’âme de celui-ci à mesure que s’accomplissait son évolution intime ?

Mais ce n’était pas encore tout : le poète, préoccupé seulement des objections que, croyait-il, ne manqueraiïent pas de faire les critiques à la forme nouvelle qu’il avait la hardiesse de leur offrir, omettait, entre temps, de prévenir ses lecteurs éventuels du but qu’il se proposait dans une pareille œuvre ; il oubliait non moins de fournir les raisons pour lesquelles il avait cru pouvoir s’écarter de la voie jusqu’alors adoptée par ses prédécesseurs. Sans doute comptait-il sur leur intuition sympathique, mais. c'était là le fonds qui devait manquer le plus...

Ceftes, Browning sentait la nécessité qu’il y avait de faire une œuvre moins confuse, moins fragmentaire que « Pauline », quelque chose qui exprimerait mieux tout ce qu’il avait ressenti ou compris depuis l’éclosion première de son génie. En écrivant « Paracelse », il cherchait manifestement d’abord à remanier sa toute première œuvre.

- Toutefois il oubliait que le lecteur, même intelligent, de 1835, mais

qui ignorait l’existence de « Pauline », ne pouvait pas deviner que

(6) On trouve déjà en germe ici la forme du « monologue », le cadre particulier

qu’il adopte pour y renfermer ce qui, à ses yeux, seul importe : le drame intime et ne

visant qu’un seul personnage.

(7) On ne peut admettre, en effet, que des personnages évoluent dans le vide. Autour de Paracelse, à l’arrière plan historique, se meuvent d’autres personnages qui influent sur lui : Erasme, Œcolampadius, Frobenius, Luther, Oporinus, Trithème, etc.

De

« Paracelse » était un recommencement, une amplification de l’œuvre de sa jeunesse. Il lui eut fallu pour cela ou bien lavoir connue — ce qui était impossible — ou être prévenu, au moins en partie, des intentions exactes de l’auteur. Bref, il manquait au lecteur les indications précises, indispensables tout au moins sur le fond du sujet.

Et finalement, de toute façon, le public d’alors ne pouvait deviner les mobiles secrets qui poussaient Browning à remonter jusqu’à la Renaissance pour choisir le héros de son poème, et pourquoi son choix s’arrêtait, de préférence, sur un personnage qui, entre tous, était si mal famé, aussi peu connu, aussi singulier que l’était Paracelse il y a cent ans !

Existe-il beaucoup de lecteurs qui, aujourd’hui, le connaissent ou qui s'inquiètent même de le connaître ? A l’heure actuelle, est-ce une chose si aisée de démêler les raisons profondes qui ont déterminé le choix du poète. Sait-on enfin, en général, que dans cette œuvre géniale il a voulu étudier à la fois son âme à lui — celle de l’homme universel — et celle d’un personnage qui passait tantôt pour un simple charlatan, et tantôt pour l’esprit le plus averti et le plus ouvert de son siècle?

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