DAMES
avec vénération, D’autre part, la Théologie dominait toute science, Les choses, quelles qu’elles fussent, passaient pour ne pouvoir être différentes de Dieu. Aux conditions scientifiques nécessaires devait s'ajouter donc la coopération divine.
Les idées des gens à cette époque étaient du reste surprenantes. On croyait à un grand principe : celui de l'Unité de l’Univers (37), calquée sur l'Unité de Dieu. Les mêmes lois qui régissent le monde et les Sphères supérieures ne sont à leurs yeux que les attributs de Dieu qui, Lui, est Mystère. Les choses mystérieures devaient en conséquence être exprimées de façon mystérieuse. De même, pour toutes les choses importantes, on ne doit, disaient-ils, jamais dire que des noms inconnus. - C’est pourquoi à côté du latin, on se servait d’Hébreu, et même d’Hébreu de fantaisie (38).
Or Paracelse fait sienne cette idée fondamentale et très générale de son époque qui croit à l’unité de l'Univers et de la Matière qui, selon elle, est aussi une avec l’esprit. Il n’existe donc qu’un courant de vie unique et cette vie est universelle. Rien n'étant mort en réalité, tout vit et tout a été créé par Dieu, le Grand Fiat. Pourquoi alors ne pas retrouver, dit Paracelse, le mot de la Création, pour être aussi puissant que Dieu sur la Nature, et en faire profiter l'Humanité ?
Il avait, on l’a vu, choisi de préférence la profession de médecin,
mais à cette époque, toutes les études étaient basées sur les œuvres d’Hippocrate, père de la Médecine, de Galien ou d’Aristote. Leurs œuvres recopiées pendant des siècles étaient remplies d’erreurs, en partie dues aux traductions du Grec en Latin, du Latin en Arabe, de l’Arabe retra- = duit en Latin du Moyen-Age. Toute opinion contraire à la leur était jugée sacrilège malgré les protestations énergiques de Roger Bacon, plus de deux siècles auparavant.
72 De plus, nul ne pouvait être médecin sans connaître l’Occultisme. Ce fut uniquement pour cette raison que Paracelse décida d’aller à . Wartzhourg et de s’enrôler parmi les élèves de Trithème (39), le plus | célèbre professeur de sciences occultes de son époque. Browning nous - fait comprendre que Trithème eut sur Paracelse une influence des plus heureuses, car il lui inculqua — en plus de la vénération des Ecritures - Saintes — la haine de la Nécromancie. Il lui fait dire :
(57) Voir ce qu’en dit Cornélius Agrippa dans ses œuvres.
& (38) Ces mêmes théories se trouvent chez Cornélius Agrippa et chez Paracelse.
| (39) Ainsi nommé d’après son lieu de naissance : Treitenheim, près de Trèves. Son vrai nom était Johannes Heidenberg.
« Il m'est si facile d’adjurer les arts inutiles
« Que ces pédants s'efforcent d'apprendre et d'enseigner...
« Que d’autres louangent la Magie Noire,
« Le Grand Œuvre, l'Occulte — le Sublime, parbleu !
« Un lien trop intime m'attache à mon Dieu.
« Que sont pour moi les Esprits rechignés, prêts à me servir, « Esprits déchus, détestés…
« Comparés à mon Dieu protecteur, un Dieu qui dirige tout « Pour que la terre livre ses secrets ? (39 bis)
A son époque, tout médecin était censé posséder également des notions de Chimie et d’Alchimie.
Or, la Chimie, à ce moment, était censée être l’art qui, par la résolution des mixtes, en sépare ce qui est pur de ce qui est impur. Toutes choses existantes résultent de la combinaison des quatre éléments : le feu, l'air, l’eau et la terre, et des quatre qualités : le chaud et le froid, le sec et l’humide. « Quand il y a équilibre entre leurs natures, les choses deviennent inaltérables : elles subsistent alors en dépit du temps et résistent à l’action de l’eau et du feu. Ainsi fait l’or naturel. » (40) La combinaison de ces principes produit les Minéraux, les Végétaux et les Animaux. Ce sont les proportions des mélanges qui fournissent les semences des êtres, et qui donnent aux corps leurs propriétés. L’élément pur, l’élément prédestiné, s’appellera la « Cinquième Essence ou Quintessence », qui constitue l’âme des corps.
Aux yeux de Paracelse, il n’y a pas une différence de nature mais de degré entre la matière et l'esprit. Quant au domaine de l’âme, il y découvre ce que les occulistes appellent avec lui le corps sidéral ou astral.
On voit donc quelle sera la médecine de Paracelse, puisque on croyait à cette époque que la « quintessence » des choses est semblable à l’esprit de vie, et bien que ces mêmes choses soient mortes, cette
(39 bis) « I can abjure so well the idle arts These pedants strive to learn and teach ; Black Arts, Great Works, the Secret and Sublime, forsooth ! — Let others prize : too intimate a tie Connects me with our God ! À sullen fiend To do my bidding, fallen and hateful sprites To help me — what are these, at best, beside God helping, God directing everywhere, So that the earth shall yield her secrets up. »
(40) Berthelot : « La Chimie Au Moyen Age ». | à Ë PASS
LR
« quintessence » peut être très salutaire dans toutes les maladies, elle aussi étant incorruptible. Comme il croit avec ses contemporains que les minéraux ne meurent pas, sa médecine sera surtout tirée des minéraux. Son grand mérite réside surtout dans le fait qu’il s’est occupé des sels indépendamment du Mercure.
En ce qui concerne l’Alchimie, loin de croire comme ses contemporains qu’elle devait être la recherche de l’Elixir ou de la Pierre Philosophale, c’est-à-dire le moyen de transformer les substances en or, Paraclse estime qu’elle ne doit servir qu’à soulager l'Humanité : « L’Alchimie », dit-il, « ne consiste pas à faire de l’or et de l'argent, son but est de produire des essences souveraines et de les employer pour guérir les maladies. »