‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 85 sur 183 · VE O8G ILE · texte numérisé non relu

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D'autre part, il réussit avec non moins d’adresse à concilier l’Idéal avec le Réel, car, si Paracelse, Aprile, Festus, Michaelle, sont lui-même, ils sont en même temps l’expression de l’homme universel. Paracelse, dans le développement infini de l’esprit humain, dans son acheminement vers la Connaissance, symbolise le moment où cet esprit, sortant des tâtonnements de l’Alchimie, de la Magie et de la Sorcellerie du Moyen Age, arrive à la plus claire vision des capacités qui sont latentes au fond de l’âme humaine, élargit son horizon, rectifie ses conceptions de travail et progresse graduellement à partir de la Renaissance pour aboutir aux méthodes scientifiques de notre siècle. Cette étape dans l’Evolution de l’être se caractérise par un patient labeur inlassablement renouvelé, un sincère dévouement à la cause de l'Humanité, né celui-ci d’une compréhension plus exacte de sa nature, de ses besoins et de son importance véritables. Dans la recherche des causes, dans la poursuite de la Vérité, les génies les plus rares doivent être sollicités par le respect dû à tout ce qui est humain, par une aspiration constante vers le divin permanent dans l’Univers. Ils seront les collaborateurs d’un Dieu de bonté, et de leur tâche privilégiée ils ne devront tirer aucun orgueil, sinon celui de la conscience qu’ils auront de pouvoir contribuer efficacement à la somme totale du bonheur de leurs semblables. Paracelse c’est Browning, maïs c’est en même temps le type de l’homme supérieur, le pionnier qui aux autres hommes ouvre la voie, qui aide à éliminer sans cesse la part de l’erreur qui entache toujours le vrai, celui à qui le sort réserve tout d’abord l’ingratitude des hommes, mais qui en

fin de compte reçoit la récompense qui lui est due pour avoir osé les instruire.

$ 7. — LANGUE ET VERSIFICATION DE « PARACELSE » A) Langue

Browning, lorsqu'il composa « Paracelse » était encore très jeune, il n'avait que vingt-trois ans — à peu près le même âge que Keats, lorsque celui-ci fit paraître son « Endymion ». Mais l’œuvre de Browning — bien qu’elle rappelle à certains égards celle de Keats, — porte les marques d’une maturité plus grande au point de vue langue, car celle-ci possède d’abord toute l’abondance, la fraîcheur de la jeunesse, sans ses extravagances : mais elle a aussi une plus grande gravité, plus de beauté sobre — presque chaste — qui convient mieux au sujet. Par-dessus tout, elle est riche et variée, vigoureuse, ardente et impétueuse, imagée, et — bien plus que dans certaines œuvres de sa maturité — musicale,

AARO): RER

Examinons-la, rapidement, à ses différents points de vue :

a) Elle est riche et variée au point de vue Vocabulaire d’abord, car Browning — en vrai romantique — remontant aux temps passés pour pouvoir évoquer tout ce que comporte cette période — période de transition entre le Moyen Age et la Renaissance — recherche tout d’abord les

termes employés au Moyen Age. Voilà pourquoi l’on rencontre des vocables qui, ailleurs, auraient détonné.

| On retrouve ainsi — tour à tour —- sa Chevalerie (170), sa foi, son

Christianisme (171), sa théologie, son savoir (172), son ignorance (173), ses légendes (174), ses croyances naïves (175), ses superstitions (176), son mystère (177), son alchimie (178). sa nécromancie (179), sa médecine (180) et son astrologie (181).

Parfois aussi du latin : « praeclare : optime. III (867) ; Sic itur ad

astra » IV (2) : Quid multa ? IV (114) « Fiat experientia corpore vili

De même il cite tous les grands noms de savants anciens ou mo-

| dernes dont les œuvres faisaient autorité pendant la Renaissance : Aëtius

(182) (111-946) ; Carolastadius (183) (111-294) ; Averroës (111-947) ; Avi-

cenne (184) (id.) ; Castellanus (185) (111-294) ; Œcolampadius (186) (111-283-952) ; Erasme (187) (111-480; V. 97); Frobenius (188) (111-295-

(170) « Wyvern » (11-453). Signe héraldique ; oiseau fictif, sorte de dragon ; « burgonet >», bourguignote, mot tiré de Shakespeare, « riveled » : battu, ciselé, (1-487). (171) « Labarum » (11-265). Drapeau avec une croix dessus. (172) « Azoth »> (V-555). Nom arabe pour le mercure ; Paracelse désigne ainsi le laudanum.

(173)« Ape » (IV-742). Le diable se révélait sous forme de singe ou de chien. Cf. Faust. (174) « Gier eagle » (1-347). Oiseau mystérieux. Peut-être le vautour. (Cf. Lévitique.) (175) « Sudary » (III-430). Voile de la Vierge, censé guérir de la maladie. (XI, 18)) (176) « Rear Mice » (III-391). Chauve-souris. Signe de malheur. ft (77) « Dragon-foe >» (1-476). Monstre imaginaire. | (178) « Shistous ore » (I-812). Terre friable. (179) « Sullen fiend » (1-360) — « Black Arts » (1-357) — <« Cross-grained devil » (I1-447). Allusions à la magie, aux sciences occultes, aux démons. (180) « Cassia » (IV-190) — « Labdanum >» (IV-191) — « Aloe Balls » (IV-192) — « Nard », idem. — « Julep >» (AV-631) — « tetter », « morphew », « furfair » (IV-631). Maladies de la peau ; termes empruntés à Shakespeare. — « Nostrum ; Suffumigation >» (III-431) — « Phares » (IV-387).

(181) « Genethliac » (II-25). Astrologue.

(182) Docteur, fondateur de la doctrine Arienne, mort vers 3617. (183) Professeur de Divinité à Wittemberg, d’abord l’ami, puis l’adversaire de Luther. (184) Savants arabes.

(185) Le savant prélat français, Pierre Duchatel ; Erasme lui avait procuré auprès de Frobenius la place de correcteur d'épreuves. __ (186) Le savant allemand Hausschein, Réformateur, 1482-1531, aida Erasme à faire paraître son édition de la Bible.

(187) Le célèbre savant hollandais, 1407-1536. (188) Imprimeur, 1460-1527. |

481) ; Galen (189) (111-946, V. 182) ; Luther (190) (111-344, 376, 959, 964, 981 - IV 213) ; Munsterws (191) (ou Munzer); Oribasius (11-946) (192) ; Rhazes (111-946) (193) ; Serapion (194) ; Le Stagirite (Aristote), Torinus (195), Trithème (195 bis) (1-105, 241, 503 - III-33, 64) ; Zoroastre (196) (V. 188) ; Zwinglius (197) AIT-955).

Elle est variée de ton encore, par suite de la présence de plusieurs personnages et chacun possède son tempérament particulier. Puisqu'ils se servent du dialogue, il en résulte une diversité plus grande que celui que l’on trouve dans « Pauline ». Chacun d’eux possède tant de vitalité et de personnalité distincte, parce que chacun, à tour de rôle, est Browning lui-même. La richesse prodigieuse de sa propre nature anime successivement chacune de ses créations. Ainsi Paracelse est tantôt chaleureux, exubérant, vif, enjoué, tantôt âpre, mordant et raïlleur, selon qu’il est heureux ou malheureux, Aprile — bien qu’il ne fasse qu’une très courte apparition — s’exprime en termes lyriques abondants et aussi beaux que mélodieux, comme doit le faire le véritable artiste ; et la langue de Festus est bien plus variée qu’on ne pourrait s’attendre à trouver chez un personnage qui, à première vue, semblait être si dépourvu d’imagination. Mais on ne doit pas s’y méprendre. S’il est sentencieux et précis, il est, très souvent aussi, doué de pénétration et a des accents non moins éloquents que Paracelse lui-même, parce qu’il symbolise, lui aussi, par certains côtés, l’intuition imaginative que seul peut donner le cœur.

Voyons d’abord la langue de Paracelse. En lui existe fondamentalement deux natures : celle de l’idéaliste, celle de l’homme ordinaire. Il s’exprime tantôt dans le langage a) du visionnaire, du prophète, tantôt b) comme le commun des mortels (198).

a) Dans le premier cas, sa pensée nous est transmise dans un lyrisme superbe, parfois avec un sens symbolique, comme dans les vers rimés :

(189) Médecin grec, 130-200.

(190) Le grand réformateur allemand, 1483-1546.

(91) Le plus violent des chefs anabaptistes, né en 1490, mort en 1525.

(192) Médecin grec du quatrième siècle, ami et docteur de Julien l’Apostat.

(193) Médecin Arabe, né en 855, mort en 922.

(194) Médecin de l'Ecole d'Alexandrie, Professeur de Médecine à Bâle, né en 1489, mort en 1550. (III-II1-947.)

(95) Thorer (1489-1550), Philosophe et Grammarien d’abord, ensuite Médecin à Bâle.

(195 bis) Evêque de Spanheim.

(196) Zarathoustra.

(197) Grand réformateur suisse (1484-1531), astrologue et alchimiste.

(198) Festus reconnaît son talent à s’exprimer sur toutes choses : « You were apt to clothe the airiest thoughts in specious breath. » ({II-496.)

« Entassez les aromates, que ce soit de la casse ou des bourgeons de santal, etc. >» (Scène IV, vers 190).

« Sur l'Océan couraient nos galères en bel ordre. » (Scène IV, vers 450.) (200)

Lyrisme qui rappelle celui d’Aprile :

« J'entends une voix que j'ai entendue, peut-être, il y a déjà bien longtemps. » (Scène IL.)

Parfois aussi, sous forme d’images poétiques en quelques vers de toute beauté :

« Devrais-je rester assis à côté des sources taries, la lèvre blan- | « che et l'œil éteint, lorsque dans le lointain le ciel rayonne au- « dessus des montagnes où dorment les lacs que n’a point vus le | « soleil ? » (202).

| « Nous nous réveillons enfin, de nos rêves fatigants, mais tous | « les deux nous avons dormi dans de féeriques pays et bien que le | « monde nous apparaisse sombre et funèbre, nous nous réveillons « néanmoins, les poignets et les chevilles encore chargés de « joyaux. (202 bts). à « Le gouffre ondule comme la houle d’une prairie, tout jonché < de ramures brisées et de fragments du rivage, etc. » (203).

À d’autres moments, les tableaux qu’il décrit prennent une ampleur | magnifique, se suivent en séries et se lient entr’eux (204). Ë Ses accents ont un caractère biblique lorsqu'il s’adresse à son Créateur (205). Dans son délire et son extase de la dernière scène, Browning donne à son personnage une langue prophétique digne de __ tout éloge (206).

(199) « Heap cassia…., etc. » (« Paracelse », IV-190.) (200) « Over the Seas our galleys went. » (XI-IV-450.) < (201) « I hear a voice, perchance I heard long ago, etc. » (II-281.) (202) Ib., I-580 : « Shall I sit beside their dry wells with a white lip and filmed eye, while in the distance heaven is blue above Mountains where sleep the unsunned tarns ! » (202 bis) We wake at length from weary dreams : but both Have slept in fairy land ; though dark and drear Appears the world before us, etc. (I1-623.) (203) Id., V-578 seq. : « The gulf rolls like a meadow-swell, etc. » (204) Notamment dans la scène V. Les Tableaux de l’Evolution universelle : Le Chaos primitif, la vie minérale, végétale, animale, humaine. (205) Toute la tirade, par exemple, de la Scène I-328-380. Festus a bien raison de les qualifier de « glowing periods » (1-382). | (206) Où tous les tons, caractéristiques de la nature de Paracelse, et employés dans les! scènes précédentes, sont ressuscités: amère raillerie, sarcasme, inspiration, évocation, etc...

b) D'autre part, Paracelse s’exprime dans un langage ordinaire, mais toujours avec l’intensité et la vigueur qui le caractérisent essentiellement. I1 montre de la vivacité : « stop, o’ God’s name ! » III-163 ! « And this for ever ! » III-199, de l’impatience : « Why this will never do ! » III-304 ; « This worthy Festus ! » III-335. Cf. Phrases tronquées, p. II. 363-369. Is that plain ? ITI-508. Il a l'interruption qui coupe sèchement : 11-510. « Now, ’tis this 1 most admire ! la phrase brisée : « My case ! » III-522 À task, a task ! II-662 ; « Have you learnt nothing from this day's discourse ? » 111-725. « Must I lay bare my heart, hideous and beating ? » III-732. « No, no ! No, No ! » III-792-794, etc. et 1.026. Il sait, en l’occasion, se servir des expressions les plus courantes, parfois même les plus triviales pour nous rendre sa pensée. C’est ainsi que l’on rencontre des mots tels que : Bedfoot (207), Blinkers (208), Blocks (209), Carcass (210), Case (211), Colic (212) Devil (213), Dotard (214), Fine (215), Go-cart (216), Glut (217), Gull (218), Laughing-stock (219), Mushroom (220), Sandblind (221), Stench (222), Stunk (223), Tickle (224), Vermin (225), Welladay (226), Worm out (227), Zany (228), employés dans leur sens le plus vulgaire et qui frappent par-là d’autant plus qu’ils figurent dans un poème d’allure philosophique et idéaliste !

On peut ajouter : « chuckling » (V. 134) ; 1 cannot Keep on the stretch IT 58; « Hold on for your life » (V. 232). A noter qu’il lui arrive de plaisanter, même sur son lit de mort (V. 456) : « The bats kept out, the rats kept in »… Il raille Festus : « Think of a priest instructing Paracelse ! » (III. 868), il est même brutal avec lui : « Will you guess nothing, will you spare me nothing ? > « Aye or no ? » (III. 757).

(207) « À sick wretch describes the ape that mocks him from the bedfoot. » (IV-742.) (208) « Persne their task as earnest blinkers, » (1-519.)

(209) « I let them know... (they) mere blocks ! > (III-947).

(210) « Set so true a value on his sorry carcass. » (IV-6).

(211) « Here is a case now ! » (III-969).

(212) « Cured the gout, the stone, the colic. > (IV-115).

(213) « When and where the devil, did you get this notable news ? » (111-345). (214) « Beardless boy and beardless dotards. > (III-415).

(215) « Ah, very fine ! > (III-558). \

(216) « Warped even from his go-cart to one end. » (III-113).

(217) « À glut of friends. >» (III-27).

(218) « Gull who may, they will be gulled ! » (III-200 ; cf. IV-450). (219) « They made me a laughing-stock. > (IV-184).

(220) « Chill mushrooms like a corpse’s cheek. » (III-542).

(221) « Though all were sand-blind. » (III-304).

(222) « Vowed the stench. s (III-446).

(223) « Had stunk the patent dead ! > (III-442).

(224) « The droll despair tickled me. >» (III-430).

(225) « The vermin of his household. > (III-431).

(226) « Welladay ’tis true. >» (IV-54).

(227) « Ye well-nigh wormed all traces out. » (III+16).

(228) « The zany of the show. » (III-294).

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Le langage de Festus n’est pas moins varié que celui de Paracelse. Le personnage, par certains côtés, montre de la lenteur :

< I had gathered from slow thought... » (229)

de la prudence :

< 1 dare not judge you » (230)

lenteur et prudence qui ailleurs se retrouvent dans son langage. Il est sententieux, et, comme dirait Shakespeare : « Full of wise saws and modern instances » ; il abonde en proverbes rebattus :

« To be mortal, is to be plied with trials manifold » (231). « ‘Tis fruitless for Mankind to fret themselves with what con- « cerns them not » (232).

Son astuce perce par moments, lorsque, par exemple, il dit à Paracelse qui s’avoue inapte à enseigner, qu’il n’a qu’à changer de métier:

« There needs no waiting fuller dispensation « To leave a labour of so little use. » (233)

Son langage révèle bien sa raillerie lorsqu’il fait voir Paracelse sous son vrai jour :

« He who sneers thus is a God ! >» (234) S Et le vers monosyllabique rend non moins bien sa propre faiblesse : pour convaincre lorsqu'il avoue que :

e My words have their old fate and make faint stand. > (235)

De même qu'ici la fermeté du rythme final traduit sa logique irré- futable, quoique compassée :

(229) « Paracelse », 1-219.

(230) Id., 1-695.

(231) Zd., III-807.

(232) Id., V.-578.

(233) Id., 111-658 ; cf. V-578.

(234) Id., IV-312.

(235) Id., 1-381.

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« You may have purer views than theirs, perhaps, « But they were famous in their day, the proofs « Remain... » (236).

Mais c’est dans la quatrième et cinquième scènes qu’apparaît sa facilité pour ramasser en quelques mots toute sa pénétration psychologique : en ami dévoué, humain, il sonde l’âme de Paracelse :

« These low thoughts are no inmate of your mind » (237)

la pensée de celui qu’il chérit lui devient claire :

« Even I can see you own some higher laws than ours » (238).

Par l’amour qu’il porte à celui-ci, il acquiert l’intuition sympathique :

« I comprehend thee > (239).

Le langage d’Aprile — c’est-à-dire celui qui traduit le côté artistique de Browning lui-même, comporte toutes les ressources que l’art et le génie à la fois peuvent fournir. Il ne saurait être mieux qualifié, semblet-il que par les paroles qu’exprime lui-même « the other half of Paracelsus » :

« Tout cela aurait été, selon les nécessités des cas, exprimé en « une langue qui, tantôt, se serait répandue comme une coulée « brûlante, tantôt se serait amoncelée en magnifiques étalages de « mots, tandis que tous les intervalles auraient été comblés d’har- « monie. »

En effet, toutes les tirades où il expose ses projets merveilleux sont caractérisées par quelque chose de rapide, d’enflammé, d’impétueux, d’ailé, comme celles de Shelley, et les images qu’elles renferment sont gracieuses autant que belles, et nous présentent, avec la richesse somptueuse d’un Keats, tantôt des effets de lumière saisissants :

« Dans mon palais. les étais seraient des palmiers à branches « multiples avec des fruits étincelants au miliew ; mes ornements

(236) « Paracelse », 1-571-3. ; il (237) Id., IV-331. :

(238) Id., IV-648.

(239) Id., V-401.

consisteraient en écailles de serpents, en duvets d'oiseaux peints, « en peaux de poissons, des torches remplaceraient l'éclat des coquillages; je disposerais mes jarres de malachite, mes tapis « de pourpre, etc. » (239 bis).

Tantôt de couleurs vives, rares ou étranges :

« dunes de terres rouges, étendues de sables menus, blancs « comme la neige. »

Tantôt jaillissent des comparaisons d’une délicatesse et d’une justesse imprévues :

« Un seul vent de printemps suffit pour à la fois dégeler les « neiges et réconforter les violettes dans leur hermitage.

« Comme des tourbillons de neige aveuglent un homme qui « foule une crête de montagne, en se guidant à travers la tempête « au moyen de son pic. »

Michaelle apparaît trop peu souvent pour laisser une impression autre que celle d’une créature sensée, douée d’une voix mélodieuse et - douce, qualité, nous le savons, que Shakespeare prisait éminem- = ment (240), et sa langue rappelle à tout propos son caractère. < D’après ce qui précède, on peut se rendre compte que chaque personnage est vraiment différencié de son voisin, et qu’il a également bien des façons de s’exprimer. Browning se sert de chacun d’eux pour faire briller les multiples facettes de son esprit, pour rendre la riche variété de sa langue et les différents aspects que prend sa pensée.

On sait que dans la conversation d’un Johnson ou d’un Coleridge

(239 bis) « Branching palms.….

« Fruit glossy mingling >» (II. Vers 513.

Green Jars of malachite.

Where seashells glisten above, cressets should hang » (520). Mats… woven of fern, and rush and blossoming flag (523). Mounds of red earth, from whose side strange trees grow out, Past tracks of milk-white minute blinding sand (544). As one spring wind unbinds the mountain snow And comforts violets in their hermitage (570). As whirling snow-drifts blind a man who treads A mountain ridge, with guiding spear, through storm » (605). « As in the angry and tumultuous west « À soft star trembles through the drifting cloud. » (V-208.) (240) « An excellent thing in woman. » (Browning se souvient du poète.) (Voir III-

RARRARAR A À À

avec leurs interlocuteurs, tout se passait presque en monologue : ceuxci ne pouvaient que très rarement intervenir dans le débat, leurs répliques ne servant qu’à souligner la pensée du Dictateur ou du Poète. Ici, il en est à peu près de même : Paracelse, Aprile, Festus ou Michaelle ne sont — à tour de rôle — que les porte-parole des idées de Browning.

B) Au point de vue images pittoresques, on est tout de suite frappé par le nombre très considérable des figures poétiques qui abondent dans le poème. Il y en a plus de cent cinquante en tout, sans compter les deux passages symboliques qui sont d’une beauté si exceptionnelle, (II- 280-339) (IV. 450-522).

Pour varier ses images, Browning tire ses exemples de sources multiples : soit de l'Histoire Naturelle (241), soit de caractéristiques humaines (242), soit de l'Histoire (243), de la Légende (244), de la Science (245), de la Médecine (246), de la Guerre (247), des voyages (248) ou encore des BeauxArts (249). Mais comme pour Dante, c’est la Lumière, ensuite la Nature et l'Homme, qui lui fournissent le plus grand nombre de ses métaphores : « Even as a luminous Star links star to star. » (111-1002) 1-347 « Ask the geier-eagle » (1-475) « The night late strewn, etc. > (II1-999) « Like an asp, the wind slips whispering. »

« Each family of the silver-threaded moss » (I. 40) : « Dazzling dust. just so, etc. >» (I. 128). « One about to spring upon his foe’s throat » (I. 266) ; cf. III. 710.

Quelquefois la métaphore est très étendue (Scène I1-491-609; Scène

(241) Très nombreuses :

« The boughs are swoln with blooms like chrysalids impatient for the air. > (V-672)) « That dogs my heel — As a gaunt crow a gasping sheep. > (IV-37) et III-128. « À solitary briar — To save our swan’s nest floating out to sea. > (1-138 ; cf. vers 30-46 (242) « The news of friends « Whose memories were a solace to me oft « As mountain-baths to wild fowls. » (III-138)) « Gone from me for ever like a dead friend, safe from unkindness more. » (III- 1030.) (243) « A story tells, etc. » (1-128.) 1 (244) 1-476 ; cf. ITI-221, 111-492-495 et IV-589-596. (245) « Some slight film, etc. » (1-754.) (246) « We gather kerbs and roots to stanch our wounds. >» (III-770.) (247) « There is not one sharp volley shot at us. » (III-764.) (248) « I see my way as birds their trackless way. » (551-557.) (249) Très rares 11-574, V-297 : « As some wide hall, etc. » « The crumbling columns grand against the moon. »

(250) Celles de couleur suggèrent plutôt l’esprit scientifique que l'esprit artistique, elles sont rares également. Cf. III-841. Celle-ci est particulièrement belle : « Rapt along, as in à flying sphere of turbulent light » ; cf. « Sordello > VI-425.

V-130-189). Dans ce dernier cas, l’exagération sert à rendre la confusion et le délire de l'esprit de celui qui parle.

Si parfois — quoique rarement — elles offrent un peu d’obscurité, elles sont — pour la majeure partie — très heureuses et très à-pro-

pos, formant au milieu du style philosophique du poème une détente agréable.

Construction : À ce point de vue Browning laisse apparaître dans « Paracelse » une façon tout à fait personnelle d’arranger ses phrases. Cela consiste surtout en répétitions. Cette particularité existait déjà dans « Pauline » ; là, elle est moins fréquente, tandis que dans « Paracelse » Browning multiplie les répétitions à foison.

I] tire parti de cette forme, parfois pour exprimer seulement le per-

‘siflage ou la raillerie légère, véritables « coups de patte » renouvelés ;

ou encore pour marquer son dédain vis-à-vis de ceux dont l'intelligence est inférieure à la sienne. Ainsi, le mot « Prophète » se trouve répété non moins de six fois dans le passage où Paracelse se moque ouvertement du « pauvre Festus » : « He prophesied » 111-253 ; id. : « His prophet's title » 254; « Your prophecy » 354; « As Propheysyings go » 355; « The prophet » 358 ; « Prophet’s fame » 364.

A d’autres moments, il construit ses phrases de façon telle que ces mots ou ces membres de phrase marquant le point de départ et celui de l’arrivée, servent à englober un paragraphe, et mettent ainsi en évidence l’idée maîtresse qui y est contenue, tout comme ce que nous avons vu dans « Pauline ». A titre d'exemple, citons le passage :

« An end, a rest II-66.

« Rest ! I-67.

« But rest in truth. 1-78.

où le lecteur est ainsi amené par l’idée du repos obtenu par l’arrêt de tout effort, à celle du repos obtenu grâce à l’achèvement final de l’entreprise. :

Browning peut encore — par un habile emploi de l’antithèse — montrer la vivacité de la réplique où la balle est reprise de volée et renvoyée à l’adversaire : ex. :

Paracelse : « Al which... are not more CLEAR to me than my BELIEF

Festus : « And who am I to challenge and dispute « That CLEAR BELIEF. (Id. 607).

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