‹ La Jeunesse de Robert BrowningChapitre 9 sur 183 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans « l'Essai sur Shelley » publié en 1851 (1) Browning a fortement insisté sur la nécessité qui existe pour tout critique d’écrire la biographie de cette classe de poètes que lui-même nomme « subjectifs (2). La compréhension de leurs œuvres n’est possible, affirme-t-il, qu’autant que l’on connaît à fond leur vie. Il est fort regrettable qu’il n'ait jamais songé pour lui-même à cette nécessité primordiale. Par excès de modestie, par pudeur, il a, en maintes occasions, fait disparaître en trop grand nombre des documents se rapportant à son passé (3) et qu’il eût été indispensable pour nous de posséder. Aïnsi, une des parties les plus intéressantes de son existence, à savoir : sa jeunessé — l'époque de sa formation intellectuelle et morale, — renferme de sérieuses lacunes qu'aujourd'hui, il est à peu près impossible de combler. Assurément, dans la masse même de l’œuvre énorme qu’il nous a laissée, on trouve, malgré tout, un dédommagement réel pour une perte aussi sérieuse, car, à n’en pas douter, la critique littéraire la plus solide — surtout lorsqu'il s’agit de ces poètes que Browning lui-même a qualifiés, dans ce même « Essai » de « Subjectifs » (4) — repose, en fait, sur nos intuitions les plus intimes, sur ce qui — instinctivement et pres-

(1) Tout d’abord supprimé par Browning puis réimprimé en 1867.

(2) Voir dans } « Essai », le sens particulier que comporte le nom qu’il donne à cette catégorie.

(3) Malgré sa très grande répugnance à livrer le tréfonds de lui-même, il nous a, en maintes occasions, fourni des renseignements très précis pour l'interprétation de sa personnalité.

Voir notamment : « Sur les Sonnets de Shakespeare » ; « Waring> ; The Guardian Angel ; The House ; May and Death ; One Word More ; Prologues et Epilogues ; « The Ring and the Book » ; Fifine ; Jocoseria ; Wanting is What ? Never the Time and the Place ; Women and Roses ; Pambo ; Pacchiarotto; Christmas Day; Epilogue To Dramatis Personæ ; Sordello, etc. Dans ces allusions personnelles, il règne toujours une délicatesse extrême : elles sont invariablement voilées, ennoblies par un symbolisme élevé — ce qui rend parfois difficile l’interprétation exacte. Somme toute, il ne s’est réellement révélé que lorsqu’il a été forcé de le faire, ou bien dans des moments d’émotion intense. Partout ailleurs, sa réticence est tout à fait caractéristique.

(4) Browning lui-même nous donne à entendre qu’il estime par-dessus tout le poète subjectif : « Le poète subjectif, dit-il, creuse au fond de sa propre âme, elle qui est

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