‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 106 sur 111 · LETTRES DE MAX IMI LIEN DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

LETTRES DE MAX IMI LIEN DE ROBESPIERRE

Il est tems, mon cher ami, que je rompe le silence auquel les circonstances m'ont forcé jusques ici, pour satisfaire votre curiosité, ou plutôt votre patriotisme, en vous apprenant les événemens qui se sont passés jusques aujourd'hui dans l'Assemblée nationale. Vous sçavez sans doute qu'elle est restée jusques ici dans une espèce d'inaction et que la scission du Clergé et de la Noblesse en est la cause. Ces deux corps, le lendemain de l'ouverture des États généraux, se sont retirés dans des appartemens séparés, pour vérifier leurs pouvoirs et délibérer séparément. Les députés des Communes, car le mot de Tiers-État est ici proscrit, comme un monument de l'ancienne servitude, avoient d'autres principes; persuadés que l'Assemblée nationale doit être une et que tous les députés de la Nation, de quelqu ordre qu'ils soient, doivent avoir une égale influence dans les délibérations qui intéressent sa destinée, ils ne voulurent point vérifier leurs pouvoirs séparément et se constituer en chambre du Tiers-État, mais ils résolurent que tous les pouvoirs des députés de toutes les classes dévoient être vérifiés en commun par toute l'Assemblée nationale ; et que, dans le cas d'un refus obstiné de la part du Clergé et de la Noblesse de se réunir au corps de la Nation qui résidoit dans les Communes, elles dévoient se déclarer l'Assemblée nationale et agir en cette qualité ; mais avant de prendre ce parti, ils crurent qu'il falloit faire quelques démarches pour ra-

1. Les lettres de Robespierre, qui terminent cet Appendice, appartiennent à une époque postérieure a notre récit ; mais elles nous paraissent offrir assez d'intérêt pour que nous profllions de l'autorisation de les publier. Nous conservons l ortbograpbe et la ponctuation des originaux que nous avons sous les yeux.

mener, s'il étoit possible, les deux classes privilégiées à l'union et à l'unité désirée. De là la patience avec laquelle on les attendit, durant quelques jours, dans la salle destinée aux États généraux ; de là l'invitation qu'on leur fit ensuite de se réunir au corps national, pour procéder à la vérification des pouvoirs.

La Noblesse ne se mit pas moins en devoir de vérifier les siens séparément : elle envoia ensuite une députationaux Communes pour leur faire part de trois arrêtés consécutifs qu'elle avoit pris et <jui tendoient tous à la déclarer chambre constituée séparément et contre la prétention des Communes ; et qui annoncèrent en même tems que la Chambre nommeroit des commissaires sur l'invitation du Clergé, pour conférer avec ceux de cet ordre et ceux qui seroient nommés par le Tiers-État.

En effet le Clergé, plus cauteleux que la Noblesse, avoit répondu à l'invitation des Communes par une députation qui leur avoit apporté des protestations vagues de zèle et d'attachement, et leur avoit déclaré en même tems qu'il nommeroit des commissaires, pour travailler à la conciliation des trois ordres, a*ec ceux de la Noblesse et des Communes ; ils avoient en conséquence envoié une autre ambassade à la Noblesse, en conséquence de cette ouverture prétendue amiable et concertée entre les aristocrates de ce corps et le haut Clergé.

Dans ces circonstances il fut question de délibérer dans l'Assemblée des Communes sur le parti qu'elles dévoient prendre envers les deux classes privilégiées.

M. Rabbau de Saint-Etienne, ministre protestant à Nismes fit la motion de nommer des commissaires, pour conférer avec ceux de la Noblesse et du Clergé.

M. Chapellier, député de Rennes s'opposa à cette motion et prétendit qu'elle étoit à la fois inutile et dangereuse ; il proposa d'adresser aux deux classes privilégiées une déclaration contenant les principes des Communes où l'on rappelleroit la conduite respective des trois Ordres jusqu'au moment actuel, avec une interpellation solemnelle aux membres de la Noblesse et du Clergé de se réunir au corps de la Nation, dont ils n'avoieut point dû se séparer ; sur leur refus on auroit procédé à la vérification des pouvoirs, et les Communes se seroient constituées l'Assemblée nationale.

La première motion fut adoptée à une grande pluralité de voix : mais la plupart de ceux qui opinèrent déclarèrent qu'ils ne rejettoient pas la seconde et qu'ils y reviendraient, si les conférences proposées ne produisoient aucun effet. Je souhaite que lorsqu'elles . seront finies, il reste encore aux Communes assez de fermeté et de

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