Première censure républicaine, pag. 66, noie
4. Le prieuré de Saint Martin de Pas dépendait du prieuré de Sainl-Marlin-
curé le droit de célébrer les offices paroissiaux au maîtreautel de l'église. Le seigneur de Pas, M. de Fourmestraux , mis en cause devant le Conseil d'Artois, s'en rapportait à justice. Robespierre défendit les intérêts du curé et perdit son procès. La Cour « ordonna à la partie de Me Dérobespierre de se retirer en la chapelle collatérale, du côté de l'évangile, pour y célébrer les offices divins et y faire les fonctions curiales ; lui fit défense de célébrer les offices divins et paroissiaux à l'autel du prieuré sans la permission du prieur, et condamna la partie de Derobespierrc aux dépens » (13 juin 178-2).
Un habitant de Pas, Jean-Baptiste de Bcngny, « infecté, à l'Age de soixante-trois ans, du venin de l'hérésie », avait voulu entraîner dans son erreur tous ses neveux et nièces, avec qui il avait vécu dans une parfaite union. Il ne réussit que trop bien à l'égard de la veuve et des enfants de Paul- Francois, son frère; « l'indigne mère qui devait les affermir dans la foi leur donna l'exemple de l'apostasie ». Mais, n'ayant pu séduire les enfants que Rosalie de Beugny, sa sœur, avait eus du sieur Alexandre, il les bannit de sa présence et refusa de les voir pendant sa dernière maladie, u 11 porta plus loin ses excès : il usa de violence pour chasser le curé et le vicaire de la paroisse qui étaient venus le visiter. » Les procès-verbaux tenus par le curé constatent qu'il s'écria : a Notre foi n'est qu'une illusion ; nos prêtres ne sont que des idolâtres ». C'est dans ces sentiments que de Beugny fit, le 8 janvier 1782, un testament par lequel il disposa de ses biens en faveur des enfants de son frère qu'il avait rendus protestants, à l'exclusion de ses autres neveux,
(l.'s-Champs île Paris, qui dépendait lui-m^me de l'abhaye de Cluny. La cure de l'élise do Pas, dénudant dudil prieuré, était desservie par pasteur si'culier. lUeniasuris »ur Artois, t. Vil.)
Jean-Baptiste, Louis et Paul Alexandre, et de sa nièce, Elisabeth Alexandre, épouse de Mc Delacroix, notaire à l'as, qui avaient persévéré dans la religion catholique.
Ce testament devait-il être annulé comme fait en haine de notre religion? Apres une décision affirmative de la Châtellenic de l'as et de la Gouvernance d'Amis, l'affaire fut portée au Conseil d'Artois. Sept avocats consultés par M"' Alexandre : M* de Canchy, Delegorgue l'ainé, Dourlens, Mauduict, Leducq, Desniazières et de Robespierre, furent unanimement d'avis « que la disposition était moins l'effet de l'affection du testateur pour les légataires que de sa haine pour la religion catholique, et que, dès lors, elle était nulle ».
« La sévérité apparente de la religion réformée et la licence réelle qu'elle offre à ses sectateurs, disaient M* de Robespierre et les autres signataires de la consultation, ont de quoi séduire ces caractères sombres, austères, mais ennemis de la contrainte. Elle peut également plaire à ces hommes vains et frondeurs, toujours ennemis des vérités communément reçues, prévenus de l'excellence de leurs lumières naturelles et de l'étendue de leurs connaissances acquises, qui n'ont pu secouer le joug de toute religion, mais dont la raison tière et orgueilleuse refuse de plier sous les dogmes et les pratiques de la religion romaine.
« Bientôt les progrès de la religion réformée, qui ne sont déjà que trop sensibles, auraient droit d'alarmer l'Etat, si on laissait joindre à l'attrait qu'elle a par elle-même j»our un grand nombre de personnes le ressort puissant de l'intérêt '. o
Robespierre avait été chargé de défendre à l'audience la
1. Mémoirt à eonnlter et contuliatiomi. in-4* de 10 pages, do l'imprin^rie dtf Michel Nicu|a*,m<2 SamUGery, iColl<ttioii d«» M. Lamrho.)
cause de l'orthodoxie ; mais ses adversaires mirent bas les armes, et le Conseil d'Artois rendit, par défaut, un arrêt qui déclara nul le testament de J.-B. de Beugny, comme fait en haine de la religion romaine ( 18 janvier 1783}.
Les marguilliers de la paroisse de Servins, qui relevait de Saint-Vaast, chargèrent M* de Robespierre de revendiquer les titres de la fabrique et les clefs du coffre. Sur l'offre faite par le cardinal de Rohan, abbé de Saint-Vaast (avocat M* Dauchez), de remettre à qui de droit la clef réclamée, et par un sieur Delevacque, de déposer dans ce coffre les titres et papiers de la fabrique, la Cour ordonna que trois clefs seraient faites, une pour le curé, une pour le marguillier de service, la troisième pour un homme de fief de Servins, et condamna la partie de M' de Robespierre aux dépens (7 mai 178V.
Deux années s'étaient écoulées; Robespierre avait été chargé de prendre la parole, ou du moins avait figuré en nom, dans vingt-six instances jugées au Conseil d'Artois contradictoircment ou par défaut. Les procès confiés à ses soins n'avaient sans doute pas d'importance, et un grand intervalle le séparait assurément des membres du barreau qui occupaient le premier rang \ Néanmoins, il devait s'estimer plus favorisé de la fortune que la plupart des avocats de son âge, lorsque l'occasion lui fut donnée de prendre l'essor et de déployer, dans une plaidoirie d'apparat, les pompes oratoires dont ses succès de rhétorique lui avaient inspiré le goût et qui convenaient au défenseur du paratonnerre.
1. Ainsi dans la seule année 178?, M« Dauchez avait plaidé 65 affaires; W«Ulx>rel, 57 ; M« Dewez. 30 ; M« Blanquart, 33 ; M« Brassa rt. 23 ; M» GutTroy, 17 ; M" de «obespierre, 17.
En 1780, M. de Vissery de Boisvallé, avocat à Saint- Omer, avait placé un conducteur électrique sur la cheminée de sa maison. Depuis plus d'un mois, cette invention, nouvelle encore, excitait la curiosité publique, lorsque M. de Vissery fut informé par le petit bailli, chargé de la police municipale, que son paratonnerre effrayait le voisinage et que la suppression en était demandée. Presque aussitôt, et •pendant qu'il recherchait les noms des alarmistes, il apprit que PÉchevinage venait de rendre un jugement qui lui ordonnait de supprimer « sa machine dans les vingt-quatre heures pour tout délai, sinon autorisait le petit bailli à la faire enlever ». M. de Vissery forma opposition au jugement ; mais les échevins maintinrent leur décision, et « attendu qu'il s'agissait de police, sûreté et tranquillité publique », ordonnèrent l'exécution immédiate, nonobstant appel.
Ce procès avait causé dans la ville un grand émoi. Le peuple s'attroupa. On ne parlait rien moins que « d'arquebuser le paratonnerre suspect et de mettre le feu à la maison ». Afin de donner satisfaction à TÉchevinage et de calmer l'agitation populaire, M. de Vissery s'empressa de faire disparaître l'instrument réputé dangereux ; puis il interjeta appel au Conseil d'Artois.
Devaut cette juridiction supérieure, l'appelant confia la défense du paratonnerre à M° Buissart jeune 1 , avocat renommé par ses connaissances eu matière scientifique, membre des Académies d'Arras et de Dijon, de la Société de médecine et du Musée de Paris. Dans un mémoire fort étendu
1. Buissart jeune (Antoine- Joseph), avoc.il au Conseil provincial d'Artois (V7CI), juge à lEIection provinciale (1781), conseiller afsessuir au siège delà Maréchaussée (1782), fui nommé de 1791 à 17u3 juge do paix d'Arras, président du tribunal criminel du Pas-de-Calais el président du tribunal du district d'Arras. En pleine terreur, M. Bnlssart n'hésita pas à demander a Robespierre, dans les termes les plus courageux, le rappel de Joseph Le lion, qui inondait de sang
qui formait un traité complet sur l'électricité, Me Buissart envisagea le paratonnerre au double point de vue de la théorie et de l'expérience. Il formula ainsi ses conclusions :« Le conducteur électrique, loin d'attirer le tonnerre, est au contraire un préservatif, non-seulement pour la maison sur laquelle il est établi, mais encore pour celles qui sont dans le voisinage. Conséquemment, le jugement du Magistrat de Saint-Omer est irrégulicr au fond. » En la forme, M" Buis- * sart estimait (pie les écbevins de Saint-Omer, au lieu de statuer sur les seules allégations de Tune des parties, auraient dû, au préalable, recourir aux lumières de la science. Le petit bailli, auteur des poursuites injustes, était, selon lui, passible des dépens à titre de dommages-intérêts.
Le mémoire de Me Buissart 1 fut renforcé d une consultation délibérée à Paris, le 3 mai 1782, par Mrs Target, Henry, Polverel et Lacretclle. Ces éminents jurisconsultes émirent l'avis que la machine fût soumise à l'examen de l'Académie des Sciences, qui déciderait si elle était construite dans les règles adoptées par les savants et de manière à ne présenter aucun danger. M" Brunei, Le Cointe, Leducq et Desmazières, du barreau d'Arras, adhérèrent à cette opinion.
Grâce au patronage de Me Buissart, Robespierre fut chargé de. soutenir à l' audience la cause du paratonnerre. M. de Vissery s étant désisté des demandes formées contre la veuve du petit bailli, qui faisait défaut, et contre les époux Regnard- Debussy, signataires de la requête adressée au Ma-
U ville d'Arras Robespierre fut sourd à l'appel de s«n ancien confrère et laissa f.ùro son digne lieutenant. — Nous avons eu sous les yeux les lettres de M. Buissart, fort honorables pour sa mémoire. Elles se trouvent parmi les pièces saisies c!i-z Robespierre, après le 9 thermidor, et que le conventionnel Courtois ne jugea pas à propos d'insérer dans son rapport. Elles font partie d-' U riche collection (pie postale M. le baron Dard. 1. De l'imprimerie de Michel Nicolas, rue Saint-Uéry, 1781, 96 pages, in-8».
gistrat de Saint-Omer, il n'avait pour adversaire que la partie publique, représentée par M. Foacier de Ruzé, avocat général du Roi.
Devant des juges éclairés, soustraits à l'influence que l'agitation populaire avait pu exercer sur les éehevins de Saint- Omer, Robespierre n'avait pas à craindre la confirmation pure et simple de la sentence frappée d'appel. La Cour devait-elle, suffisamment instruite par le mémoire de M* Buissart, permettre à l'appelant de rétablir immédiatement son paratonnerre? Convenait-il de recourir auparavant à une expertise ? La question en litige se réduisait à ces termes fort simples. Dès lors il était naturel que la discussion se renfermât en d'étroites limites et que l'avocat de l'appelant se contentât de résumer les moyens présentés, au nom de la science et du droit, dans les consultations remises à la Cour.
Mais au XVrIIIc siècle, l'éloquence du barreau aimait à déployer ses ailes et à planer dans l'espace, au lieu de voler droit au but. Les découvertes de la science intéressaient vivement les esprits, étrangers à d'autres préoccupations. Aussi le paratonnerre de M. de Vissery fut-il l'objet d'un débat solennel qui se prolongea pendant trois audiences.
Robespierre consacra son exorde à rappeler les persécutions subies par les savants de toits les âges :
a Les arts et les sciences, dit-il, sont le plus riche présent que le ciel ait fait aux hommes. Par quelle fatalité ont-ils trouvé tant d'obstacles pour s'établir sur la terre? Pourquoi faut-il que nous ne puissions payer aux grands hommes qui les ont inventés ou conduits vers la perfection le juste tribut de reconnaissance et d'admiration que leur doit l'humanité entière, sans être forcés de gémir en même temps sur les honteuses persécutions qui ont rendu leurs sublimes dé-
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couvertes aussi fatales à leur repos fu'elles étaient utiles au bonheur de la société ? Malheur à quiconque ose éclairer ses concitoyens ! L'ignorance, les préjugés et les passions ont formé une ligue redoutable contre les hommes de génie pour punir les services qu'ils rendront à l'humanité. »
L'orateur citait comme exemples l'inévitable Galilée Descartes, Harvcy, etc. Il montrait comment le progrès des lumières avait mis fin à ces ridicules excès, et permis à Franklin de naître :
« Un homme a paru de nos jours qui a osé former le projet «/'armer les hommes contre le feu du ciel ; il a dit à la foudre : Vous irez jusque-là, et alors, vous éloignant de ces demeures paisibles des citoyens et de ces superbes édifices qui semblent être l'objet de votre courroux, vous suivrez celle route, et, dans ce souterrain, creusé pour vous recevoir, vous irez, sans dommage et sans bruit, épuiser votre funeste activité. La foudre obéissante a reconnu ses lois ; perdant aussitôt cette aveugle et irrésistible impétuosité qui frappe, brise, renverse, écrase tout ce qui s'offre à son passage, elle a appris ù discerner les objets qu'elle devait épargner, et s* écartant à leur aspect, elle a craint d'attenter à nos vies et de toucher à nos asiles. Quel beau prétexte de crier au sortilège, si cette découverte eût été faite un siècle auparavant? Quels ressorts l'envie, secondée par les préjugés, n'eût-cllc pas fait mouvoir pour l'anéantir et pour le ravir au genre humain? Dans notre siècle, elle n'a pas même osé élever la voix contre l'expérience et la théorie qui en attestaient la certitude....
a Je me trompe, Messieurs, il y a eu une réclamation. Dans ce siècle, au milieu des lumières qui nous environnent, au
1. il. Buissart avait pris soin de signaler à la Cour que la sentence de itchevlnagc de Saint-Omer poriait la date du 21 juin, et que c'était également le 21 juin que l'Inquisition avait condamné les doctrines de Galilée.
milieu des hommages que la reconnaissance de la société prodiguait au philosophe à qui elle doit cette sublime invention, on a décidé qu'elle était pernicieuse au genre humain. Il est une ville dans le monde où des citoyens ont dénoncé à leurs magistrats les paratonnerres...., et les magistrats effrayés se sont hâtés de les proscrire. . . . Vous vous demandez à vous-mêmes, Messieurs, quel pays a pu être le théâtre de cette scène incroyable ; vous le placez dans quelqu'une de ces contrées lointaines où le flambeau des arts n'a jamais lui, où le nom des sciences n'est pas même connu? Non, Messieurs, c'est au centre de l'Europe que sont arrivés les faits qui vous étonnent ; c'est au milieu de la nation la plus éclairée de cette partie du monde ; c'est dans une province très-voisine de la capitale de cette nation ; c'est (car il faut faire enfin ce pénible aveu), c'est.... dans la province même que nous habitons. Il est temps de vous faire connaître les particularités de ce bizarre événement »
Les faits clairement exposés, Robespierre, avant d'arriver aux « moyens », se laissa entraîner à de nouvelles tirades de rhétorique en faveur des sciences, considérées comme « source du bonheur de l'humanité et de la grandeur des empires » . La conquête de Y Amérique lui servit de transition à l'apologie du paratonnerre. Arrivant enfin à la question, il opposa à la décision des premiers juges les principes de la physique, les données de l'expérience, le suffrage des savants et l'autorité des nations.
Ce n'était pas assez pour Robespierre d'acquérir, dans ce procès destiné au retentissement, la réputation d'un savant et d'un orateur; l'ancien élève de Louis- le -Grand n'avait pas oublié qu'il avait eu l'honneur de complimenter Louis XVI ; à propos de paratonnerre, il trouva moyen de manifester une seconde fois au jeune Roi ses sentiments d'amour!
« On sait, dit-il, qu'une barre électrique est placée sur le cabinet de physique du château de la Miictle, maison royale que le monarque qui nous gouverne honore assez souvent de sa présence auguste ; s'il restait encore quelques doutes sur l'es effets de ces machines, on n'en aurait point fait l'essai sur une tête si chère et si sacrée : cette preuve est sans réplique; j'en atteste les sentiments de toute la France pour un prince qui fait ses délices et sa gloire. » — Yn courtisan consommé n'aurait pas mieux dit '.
L'avocat général, répondant à ce discours, se contenta d'émettre des doutes sur l'efficacité du paratonnerre, et conclut à ce que des experts examinassent si la machine électrique de M. de Vissery était construite selon les règles de l'art.
« Quels experts choisirons-nous pour juger de l'utilité du paratonnerre, lui demanda Robespierre dans sa réplique, les savants, les nations, les souverains se sont prononcés. 0 vous, s'éeria-t-il, 6 vous la Séiniramis du Nord, immortelle Catherine, cet esprit de prudence qui préside à vos
1. Une récenle publication montre que le royalisme do Collot-d'llerbois ne le codait en rien à celui du jrmie Robespierre, son futur collègue au Comité, du salut public. I* -20 septembre H79, ce. comédien ambulant, prolégé du maréchal de Hiclalku, fit représenter .i Douai une pièce decirni.slaïue. U* çaii m la (Irennde ot l'Impromptu du la y «<?#•»•<? tt il-, l'amour, datis I»1 prologue de laquelle il disait :« Quel Français hien né, vivant sous l.mns XVI, nt'sesrnt disposé à faire pour le service de son Hoi quelque chose de mieux que des pie«r* de théâtre? » — En attendant ce « quelque chose de mieux », Collot d HerboU chantait :
Tout Français au nom d« Louis Devient terrible aux ennemis; Mais pour le coup c'est une fé!c D'enteiulrc celui «i'Anlointlle !
oue la Parque au ?ré de nos vœux Ne cesse de filer pour eus !
(Quclnua Irtl'es inédites de Co/ljt-d'llerboit, par M. Preux, avocat général à la Cour de Douai, 1809.)
conseils vous a donc abandonnée quand vous avez fait placer des paratonnerres sur les édifices publics de vos États? Vous avez fait cette démarche importante sans réflexion et sans examen.... Auguste TirôitÈsE, honneur du trône et de votre sexe, objet des regrets de l'univers, vous n'êtes pas exempte de la même faute. Avant de consacrer cette innovation par votre autorité, vous n'avez pas pris les précautions qui n'échappent pas aux esprits les plus bornés, vous n'avez pas employé les moyens nécessaires pour vous assurer que vous n'exposiez pas vos sujets aux plus terribles désastres?.... Et vous, digne héritier de son trône et de son génie, qu'est devenue cette sagesse profonde que l'univers admirait en vous ? Qu'avez-vous fait en favorisant les progrès des paratonnerres ? Vous avez sacrifié la sûreté de vos Ktats à un amour indiscret pour la nouveauté.... Vous tous enfin, souverains de toutes les nations, monarques, qui d'ailleurs régnez avec gloire en Suède, en Surdaigne, en Toscane, en Bavière, dans la Saxe, dans le ratatinât..., vous êtes coupables d'imprudence et de témérité. Et nous, Français, c'était bien la peine de résister d'abord au torrent pour nous laisser entraîner aussi dans cette erreur générale! Kassurons-nous cependant, notre conduite peut trouver quelque excuse ; on nous pardonnera de nous être laissés séduire par l'exemple de l'Europe et de l'Amérique. Nous avons pu croire, avec quelque apparence de raison, que tant de peuples ne s'étaient pas trompés, surtout quand nous avons vu l'auguste monarque qui nous vroiiverne imiter les autres souverains en faisant ériirerdes conducteurs électriques sur ses magasins à poudre; il nous était permis de penser qu'une confiance si décidée pour ce préservatif avait de justes motifs, et qu'il ne nous eut point invites par des exemples si frappants à l'accueillir, s'il n'avait eu les gages lc> plus certains de >.n utilité. »
Après cet api>el enthousiaste à l'autorité du suffrage des rois en matière d électricité, Robespierre représenta que la construction d'un paratonnerre était le plus simple de tous les ouvrages ; qu'on n'avait aucune raison de soupçonner que le paratonnerre de M. de Vissery fût mal construit ; que l'académie de Dijon , consultée à ce sujet, avait déclaré, dans une délibération produite à la Cour, qu'il était au contraire établi d'après les meilleurs principes.
Le Conseil d'Artois donna gain de cause à Me de Robespierre :
« La Cour, ouï pendant trois audiences, met l'appellation et ce au néant ; émendant, permet à la partie de de Robespierre de rétablir le paratonnerre dont s'agit, donne acte aux parties de IHanquart de ce que de Robespierre se désiste des demandes formées tant à leur égard que de celle défaillante; en conséquence, les renvoie de l'assignation, condamne ladite partie de de Robespierre aux dépens par elle exposés, etc. » ', Arrêt du \\\ mai 17830
Cet arrêt aurait du mettre fin à toute contestation ; niais au moment où M. de Vissery rétablissait triomphalement son paratonnerre, deux voisins qui n'avaient pas figuré dans l'instance formèrent tierce opposition à la décision du Conseil d'Artois. Robespierre manifesta à ces nouveaux adversaires un dédain fort aristocratique :
« Dans un antre souterrain (ces espèces d'antres se nomment vulgairement caves) habite un homme très-connu dans la ville de Saint-Omer sous le sobriquet de Bobo, faisant depuis longtemps avec honneur un commerce de salades qui ne l'a point enrichi. Le paratonnerre de M. de Vissery a troublé le repos de cet honnête citoyen ; il craint que la foudre ne vienne écraser ses humbles pénates au fond de leur asile. Pour prévenir ce malheur, il demande que le
Conseil d'Artois réforme lui-même la décision solennelle qu'il a portée dans cette affaire célèbre. Bobo serait-il appelé à bannir de notre province une des plus belles découvertes de ce siècle, dans le moment où nos premiers magistrats viennent de la prendre sous leur sauvegarde ? Cela n'est guère vraisemblable. Ceux qui s'intéressent au bien public, au progrès des sciences, à l'honneur de la patrie peuvent se rassurer. »
Après trois audiences de plaidoirie (certes, nos anciens magistrats étaient patients!), le Conseil d'Artois déclara Je«i-Baptiste Goùry et Pierre Nédonchel non recevables en leur opposition. (21 avril 1781.)
Le procès de M. de Vissery eut un grand retentissement : le Mercure de France en rendit compte et célébra « les talents des défenseurs qui avaient fait triompher la cause du paratonnerre. Me de Robespierre, jeune avocat d'un mérite rare, a déployé dans cette affaire, qui était la cause des sciences et des arts, une éloquence et une sagacité qui donnent la plus haute idée de ses connaissances. Me Buissart, avocat au Conseil, a fait, dans cette affaire, un mémoire très-estimé qui peut être regardé comme un traité de physique intéressant sur cette matière1 ».M"de Robespierre n'était pas homme à négliger le soin de sa renommée ; il s'empressa de faire imprimer ses plaidoyers 3, sans même faire mention du collaborateur à qui il était redevable de son érudition.