Almanach tfArloitde
9 c Je soussigné reconnais avoir reçu de M. Augustin Caraut, négociant à Arras. la somme de soixante-seize livres douze sols pour payement de ce qui me revient en qualité 'd'héritier de feue M"* Henriette de Robespierre ma sœur, dans ce qui reste entre les mains du dit sieur Augustin Caraut de la pari que ma susdite sœur avait à réclamer dans le prix de la maison à usage de brasserie appartenante à la succession de feu M. Jacques Carraut mon aïeul maternel, adjugée audit sifur Augustin Caraut le 4 avril 1778, déclarant que J'approuve, en ce qui me concerne et pour ma pari, le paiement fait par ledit sieur Augustin Carraut à M. et M-« Du Rul, le 22 juin 1780, en vertu de la saisie-arrêt faite entre ses mains à leur mjucte sur M» Barthélémy de Robespierre, mon père, de la somme de huit cent quatre-vingt-cinq livres neuf sols, au moyen de quoi je tiens le dit sieur Augustin Carraut pleinement quitte envers moi de la part que j'avais à prétendre dans la portion totale qui appartenait à ma dite sœur Henriette dans le prix de la susdite maison, tant pour le principal que pour les intérêts légaux. — A Arras, le 9 octobre 1782. — Maxiraillen de Robespierre. »
On lit au pied de cette quittance :
« Je reconnais avoir reçu du siecr Caraut, gros brasseur à Arras, la somme de soixante-seize livres douze sols revenante à Bon-Joseph Derobespierre pour les causes énoncées en la quittance ci-dessus, de laquelle somme je m'engage. de faire raison audit Bon-Joseph Derobespierre, à,l'acqult et décharge dudit sieur Carraut. — Fait à Arras, le 9 octobre 1782. — Deshorties »
Suit une troisième quittance de Charlotte de Robespierre, rédigée dans les mômes termes que celle de Maximilien. (Pièces communiquées par M. Laroche.)
Nous avons découvert dans les registres d'audience de PÉchevinage trois jugements relatifs à la succession de Jacques Carraut : l'un, par lequel c Messieurs ordonnent la levée des scellés et l'inventaire du mobilier »(î0 mars 1778) ; l'autre par lequel « Messieurs donnent défaut de comparoir contre M" Barthélémy- François de Robespierre, avocat »(2 mai 1780); le troisième, par lequel « Messieurs donnent acte du compte offert par Deshorties pour l'exécution testamentaire, à la charge par lui de l'affirmer sincère et véritable » (Itt juin 1780).
On nous a communiqué une des quittances remises à Deshorties comme exécuteur testamentaire :
€ Le soussigné reconnaît avoir reçu de M. Deshorties, exécuteur testamentaire du sieur Carraut, maître brasseur, trois livres pour un mois de répétition faite à son petit-fils de Robespierre.— Fait à Arras, le 13 mai 1778. » — Brisard. iCollect. de M. Laroche.)
Les débuts de Robespierre au barreau furent des plus modestes. Admis au serment le 8 novembre 1781, il plaida sa première cause devant le Conseil d'Artois le 27 février 178*2, et perdit son procès. Il s'agissait de la validité d'un contrat de mariage t Marie- Anne de Bardoult contre Marie- Anne Thelliez et consorts »). Le 28 février, il prit un jugement de défaut; le 6 mars, il fit ordonner une expertise.... Telles étaient les seules affaires dont il avait été chargé, lorsque, par une faveur inespérée, il se vit placé, comme avocat, sous le patronage de l'Église, et investi de fonctions (pli devaient lui apporter honneur et profit.
Nous avons dit qu'à la Prévôté de rÉvêché, ou Salle épiscopale, la justice était rendue, au nom de l'évêquc, par trois hommes de fief choisis dans le barreau. Un des sièges était vacant : l'ancien boursier de Saint-Vaast se fit recommander par quelques chanoines auprès de M. de Conzié, évêque d'Arras. Grâce à leur appui, il reçut, le D mars 1782, la commission de juge au tribunal de rÉvêché :
« Louis-François-Marc-Hilaire de Conzié, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apostolique, évêque d'Arras, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
o Scavoir faisons que, sur le bon rapport qui nous a été fait de la personne de maître Maximilien-Marie-Isidore Dcrobespicrre, avocat au Conseil d'Artois, de ses sens, prudhomie, capacité et expérience, pour ces causes, nous l'avons commis et établi, au lieu et place de M* Dclarsé, commettons et établissons homme de fief gradué du siège de notre Salle épiscopale d'Arras, pour y juger de tous les procès, causes et instances tant civils que criminels, appen-
1. Nous donnerons dans l'appendice la nomenclature de toutes les affaires doul Robespierre fut chargé devant le Conseil d'Artois et lÉclievinage. Ce sera lo moyen du montrer quelle position il occupa au barreau d'Arras du 1761 à 17W.
(lances et dépendances, en prêtant par lui le serment en tel cas requis es mains de notre prévôt au dit siège, et ce aux honneurs, fruits, profits et émoluments ordinaires, sans toutefois en pouvoir prétendre aucuns à notre charge; et durera la présente commission jusqu'à révocation que nous pourrons faire quand il nous plaira.
« Donné sous notre seing, notre scel ordinaire et le . contre-seing du secrétaire général de notre Évêché, a Paris, le neuf du mois de mars mil sept cent quatre-vingt-deux. — LOUIS, évcque d'Arras. — Par Monseigneur : Delys, sec. géu. — Enregistré au greffe de la Salle épiscopale, le 5 juillet 1783, Siron \ »
Robespierre avait pour collègues à la Prévôté de rÉvcché les hommes les plus honorables. Me Mauduict de Martin, avocat au Gouseil d'Artois (1757) en était le prévôt ; M" Desmazières, avocat (1757), juge au siège abbatial de Saint- Vaast, Lefebvrc du Prey, avocat (1771), Fossiez, avocat (1772), et Fromeintin, avocat (177G), siégeaient à ce tribunal comme hommes de fief a.
1. E. Hamel, t. i,p.36.— L'original de cet acte a clé communiqué à M. Hamel par M. France, libraire.
H. de Conzié fut bien récompensé. Le J3 novembre 1793. un arrêté du Département ordonna de faire vendre, dans le plus bref délai, tous les biens des émigrés « eu commençant par Conzié ».
a. Desmaziéres, député ordinaire des Ëlats d'Artois de 11»! à 1789, eut le bonheur de mourir avant la Terreur. Pélagie Liger, sa veuve, emprisonnée avec cinq enfants, périt sur l'écbafaud le 14 avril 1194. — 11. Lcfebvre du Prey succéda à M. Mauduict comme bailli, en 1787; membre de l'Èchevinage de 1787 a 1790, député des Etats a la Cour en 178«, il fut noniui^ en 1791, procureur général syndic du Département ; il n'échappa aux. fureurs de Le Bon que grâce a la protection du conventionnel Duquesnoy. Secrétaire général du Département, président du même corps, il siégea successivement au Conseil des Anciens (an VI) et au Corps législatif (an VIII et an XI) ; le 18 ventôse au IX, celle assemblée l'élut pour président. Il fit partie du Conseil général du Pas-de-Calais do 1804 a 1818. Officier de la Légion d'bonueur à la création de l'ordre, il exerça les fonctions de chancelier de la deuxième cohorte jusqu'à sa mort. — Fossiez, mourut en 1783, et fut remplacé par GuflVoy (Benoit-Joseph), avocat (1770 , dé-
Les juges de la Salle épiscopale n'étaient pas seulement charges de statuer au civil et au criminel ; deux d'entre eux, désignes à tour de rôle, dressaient les actes de dessaisine et de saisine nécessaires à la transmission de propriété en matière d'immeubles. Le registre aux saisines et rappnrts d'héritages constate (pie, du 21 novembre 1786 au . '2(i août 1788, M* de Robespierre et Fromeintin reçurent à cet effet les déclarations des vendeurs et des acheteurs.
Deux incidents signalèrent la présence de Robespierre à la Salle épiscopale. En 1788, nous le verrons s'associer, au moyen du refus d'enregistrement, à la résistance que plusieurs Cours souveraines opposèrent aux édits de Lamoignon et de Loménie de Brienne.
Par un jugement dont nous ne pouvons préciser la date, il condamna à mort un assassin. On a prétendu qu'à la suite de cotte décision, l'horreur que lui inspirait la peine capitule lui fit abandonner ses fonctions de juge. « Mon frère, dit Charlotte de Robespierre, rentra à la maison le désespoir dans le cœur et ne prit aucune nourriture pendant deux jours. Je sais bien qu'il est coupable, répétait-il toujours; que c'est un scélérat; mais faire mourir un homme! Cette pensée lui était insupportable. Xe voulant plus avoir à combattre entre la voix de sa conscience et le
puté des Etats à la Cour en 1789, juge de paix en 1791, procureur syndic du district de 179.', député à la Convention, dantoniste et thermidorien, autour de rinfaute journal le Rougiff.— Fromeintin fut le parrain de JoscpULe
Bon.
1. Voici la formule employée dans le Registre aux Saignes : c Le vendeur se dessaisit, dévestit et déshérite de la propriété ès-matns des hommes de fief comme en celles de justice, et consent que la saisine réelle, foncière et propriétaire en soit donnée aux acquéreurs . lesquels hommes de fief en ont, par urne et balon, à l'instant adhérité les acquéreurs », — Archives départem.
t. « Membre d'un très petit tribunal, je repoussai par les principes de la souveraineté du peuple les édits de Lamoignon auiquels les tribunaux supérieurs n opposaient que des formes. «(Discours prononcé aux Jacobins le 28 avril 1792. Histoire parlementaire 'le ta Révolution française, t. XIV. p. 141.)
cri de son cœur, il se démit de ses fonctions déjuge ' ». L'explosion de sensibilité dont Charlotte fut témoin rentre parfaitement dans le rôle que nous verrons jouer à Robespierre comme criminaliste. Qui d'ailleurs n'était alors « sensible et vertueux » ? Mais les conséquences qu'elle attribue au désespoir de son frère nous paraissent imaginaires. Le registre aux saisines ne porte aucune trace de démission. Si Robespierre cesse d'y apposer sa signature à partir du 26 août 1788, c'est qu'à cette époque il est relevé de ces fonctions spéciales par M" Desmazières, comme il avait pris lui-même, le 21 novembre 1786, le poste d'un autre collègue. Au moment où l'ancienne organisation judiciaire fut supprimée (1790), son nom figurait encore sur la liste des hommes de fief gradués de la Salle épiscopale \ Le témoignage de Guffroy démontre enfin que la manifestation attribuée à Robespierre, prononçant à regret, contre un coupable, sa première condamnation à mort, se réduisit à une dissertation philanthropique en chambre du Conseil. « Robespierre ainé, dit-il doit se souvenir de ma fermeté, lorsque, juges tous deux à la Salle épiscopale d'Arras, nous condamnâmes à mort un assassin. Il doit se souvenir, ce me semble, de nos débats philosophiques et philanthropiques, et même qu'il lui en coûta bien plus qu'à moi pour se résoudre à signer la sentence. »
Juge à la Salle épiscopale, Robespierre fut redevable de ses premières causes à la considération (pie ces fonctions lui attirèrent.
Le curé de Pas-en- Artois était en lutte avec le prieur du même lieu * . Simple clerc tonsuré, le prieur contestait au