LIVRE III
Maxiniilicn de Robespierre, presqu à son début, venait de plaider avec succès une affaire intéressante, qui attirait sur lui l'attention du publie. 11 continuait «le rencontrer aide et protection dans les rangs les plus élevés de la société. Le président de Madré, second au Conseil d'Artois, l avait choisi comme secrétaire ; M. Dubois de Fosseux, ancien écuyerdu roi, se disposait à le faire admettre a l'Académie d'Arras ITi novembre \1H'A .
Tour réussir au barreau, il n'avait <|ii'ii attendre et à persévérer. Sans être doué des éminentes qualités qui constituent l'orateur, san< posséder la solidité de principes, la justesse d'esprit, la sûreté de coup d'uni et le savoir étendu nécessaires au jurisconsulte, il réunissait à une grande facilité d'élocution l'amour du travail et le désintéressement. Malheureusement, il compromettait ces avantages en laissant un libre cours à des vices de caractère qui se développaient de jour en jour davantage : l'orgueil et l'envie, lu-
fatué de ses succès de collège impatient de briller en première ligne, il était disposé à saisir, sans discernement, toute occasion de se mettre en évidence, à se livrer contre ses adversaires à des attaques les plus violentes, et, après avoir changé en animadversion la sympathie de ses confrères et la bienveillance des juges, à ne plus voir dans la société qui l'avait comblé de bienfaits que de prétendus opprimés à défendre et des persécuteurs à combattre. Sous l'empire de tels sentiments, il exposait ainsi à sa sœur Charlotte comment il comprenait l'exercice de sa profession d'avocat : « Plaider la cause du faible contre le fort qui l'exploite, c'est le devoir de tout cœur que 1 egoïsme et la corruption n'ont pas gangrené. La tâche de ma vie sera de secourir ceux qui souffrent et de poursuivre de ma parole vengeresse ceux qui, sans pitié pour l'humanité, se font un plaisir et une joie des souffrances d'autrui 2. »
Le procès de François Detcuf contre l'Abbaye de Suint- Sauveur d'Anchin, fournit li Robespierre l'occasion de manifester pour la première fois ses tendances naturelles, et d'abandonner la voie dans laquelle les circonstances l'avaient engagé s.
François-Joseph Dcteuf, maître eordier à Marchienncs, était soupçonné d'avoir soustrait deux cent soixante-deux
1. « Robespierre, dit l'abbé Proyart, chantait sur tous les tons ses succès scolactiques, et nul, après l'avoir vu deux fois, n'ignorait combien il avait eu de prix a l'Université. On eût dit que. par cela seul, il se croyait un grand homme. Il ne pardonna jamais à un de ses jeunes confrères d'avoir un jour réprimé sa puérile jactance à ce sujet par ce petit jeu de mois qui fut répété :
L'on peut avoir des prix dans l'Université, Sans être, pour cela, dans l'univers cité. »