LIVRE I
S'il faut en croire une tradition que la plupart des historiens ont accréditée, les Robespierre seraient d'origine étrangère. Anglais suivant les uns, Irlandais suivant les autres, ils auraient quitté leur patrie lors des persécutions que Henri VIII et Édouard VI firent subir aux catholiques (1534-1547), ou bien ils auraient cherché un refuge en France pour se soustraire aux fureurs des guerres civiles et religieuses qui, sous Charles I", désolèrent l'Angleterre et l'Irlande (1642), ou enfin ils auraient accompagné les Stuart sur le continent (1690). Ces versions contradictoires ne reposent sur aucun fondement.
Des documents irrécusables montrent que les Robespierre étaient établis en Artois à une époque [dus reculée •. Ainsi,
1. La parenté des Robespierre avec Damiens est un fail controuvé. On sait que bamieiis (Hubert-François), né à la Tbiculoye, bameau de ia sénéchaussée de Sainl-Pol, blessa Louis XV d'un coup de couteau, et fut écartelé (2tf mars 1757). Son père, portier de la prévôté d'Arqués, sa femme, Elisabeth Molerienne. et sa fille furent bannis du royaume, ses deux frères, l'un domestique à Paris, marié à Elisabeth Schwartx, l'autre peigueur de laine a Saint-0:»er, et sa sœur, veuve d'un maître charpentier de Saiut-Omer, furent obligés par le même arrêt à quitter un nom exécrable. 11 résulte des recherches auxquelles
dans les comptes de la ville de Béthune relatifs aux années 1401 à 1511,on voit « Pierre de Robespierre, labourier, demeurant à Ruitz », emprunter de l'argent à la ville et lui vendre « des grés et moellons »; en 1510, Jehan de Robespierre signe des quittances en qualité d'« auditeur du roi »; en 1519, il est fait mention « deJehanne de Robespierre, sœur grise ».
Vers le milieu du XVIe siècle, les Robespierre habitaient Lens. D'après les comptes de la Maladrerie de cette ville, Robert de Robespierre vendait « chires et torses, pain et vin u dire messes 1 ». Le 8 août 1000, en présence du lieutenant de la terre et seigneurie de Rouvroy, Pierre de Robespierre, tils de Robert, aliéna un immeuble provenant de Catherine Cardevacq, sa mère ; il se qualifia, dans ce contrat,
nous nous sommes livré qu'aucun lien de parenté ni d'alliance n'existe entre ces divers membres de la famille Damiens et les Robespierre.
Quelle est donc l'origine d'uni? fable qui, pendant la Révolution, lit le tour de l'Europe? On doit en attribuer linvenlion aux Actes des Apôtres. Le désir de faire un bon mol inspirai l'un des rédacteurs de ce journal, habitué à décocher contre Robespierre les épigrammes les plus acérées, le mensougeet les vers suivants :
Réponse de il. Chérubin à une question généalogique relative à il. Robert-Pierre.
Ne crovoz pas que Robert-Pierre.
Loinmo ou le dit, soit n£ de rien.
Car il appartient par *a mère
A fou Hobert-Franrois Damien,
Qui pour son roi Tut aussi très-sévère. Au mépris du décret qui lui ravit ses droit*. Robert-Pierre, orgueilleux d'une source aussi belle,
Dans »'>n écusson écartelle
Un ^rauJ-oncle Ituberl-Franroi*.
{Us Actes des Apôtres, t. XI, ch. I6ô.)
1. De la Fons-Mélicocq, Archives du Sord de lu France, t. xvm, 1858 — Demarquette. Histoire générale du comité de Humes, I8G7. — NOUS passons SOUS silence Bauduin de Rouvespierre, chapelain de l'église de Cambrai et écolàtre de Saint-Martin d'Hesdin, a qui le pape Eugène IV adressa, dans la seconde octave de mai 1451, des lettres portant collation de bénéfices. Peut être ce Rouvespierre appartenait-il a la famille de Robespierre ; mais nous ne voulous heu affirmer sans preuve.
de a bourgeois et hostelain, demeurant à Lens, en l'hostelrye de Bruges * ».
Pierre de Robespierre eut de Jacqueline Clicquet, sa première femme :
« Katherine de Roberpiere (28 juin 1588) ;
« Robert de Roberspier ( 1 1 février 1 590) ;
« Robert de Roberspierre (21 mars 1591) 2 ;
« Jehan de Roberspierre (11 novembre 1594). »
Il épousa en secondes noces Catherine Fournel, qui lui donna trois filles :
« Catherinne Robespier (7 novembre 1606) ;
« Anne Robertspier (29 février 1610) ;
« Jenne de Robespierre (21 mars 1612) 5. »
Les divers actes de naissance que nous citons textuelle ment ne permettent pas de savoir comment s'écrivait un nom qui n'était pas encore condamné à la célébrité; mais des titres authentiques fort nombreux justifient l'orthographe adoptée par l'histoire. C'est ainsi que les membres de la famille ont constamment signé, sauf la particule, séparée parfois du nom patronymique, d'autres fois réunie à ce nom, d'autres fois supprimée : de Robespierre, Derobespierre, Robespierre. Quant à l'étymologie, elle nous parait provenir . de la réunion des noms de baptôme Robert-Pierre, au temps où les noms devinrent héréditaires. Il est du reste à remarquer que, par une sorte de badmage,les Robespierre reçurent très-fréquemment les prénoms de Pierre et de Robert.
A partir de 1612, on chercherait en vain la trace des Robespierre dans les archives de Lens. Les deux aînés des