C'est non loin du cbalel
Oue l'on appelle Avesne, Sur la roule qui mène Au Valrause immortel
[Diplôme dtU.tk Fotsemx),
prosaïquement : roule, de Douai.
L'abbaye d'Avesne, fondée en 1188, avait été transférée, dans le fours du XVII» siècle, au château de Bellemotle, près Arras. c'était une abbaye île Ûïtes nobles de l'Ordre de Saint-Benoit.
< Le Valmuse, jolie maison de campagne que M. Wavrecain avait permit a M. Boman de se bâtir dans sa terre de Brunellemont. près Douai, donna son nom à une société anacréontique que cet aimable poète avait formée. Chacun des Valmusicns et Valmuslennes, qu'on appelait aussi Bocagers et Bocagèm, avait dans te Valmose un arbre qui lui était dédié. La poésie légère et les exercices champêtres étaient leurs principaux amusements ; Ils s'occupaient aaasi de botanique. »
9. Le chanoine Dumarquez, né à Equercbln près Douai, publia en 1790 les Dé ln< tentent i d'un paresseux. Il se retira, pendant la RévoluUoo, au village de Ciommecourt. Oubliant les devoirs de la vie sacerdotale, il s'occupait de culture. Il mourut en 1R0«.
Accourez, Rosati. Déjà d'un jus divin La mousse fuit des bords de ma coupe empourprée ; Sur mon front radieux Flore a mis de sa main Une couronne diaprée.
Aux feux que Phébus va darder Opposons la fraîcheur de sa divine sève.... Buvons amis, buvons ; que sans tarder De nos berceaux un brouillard frais s'élève.
Arme-moi, vieillard Charamonu ; Un puissant ennemi provoque ton courage : Vois-tu ce large et savoureux jambon Qui de ton glaive ose braver la rage?
Frappe, guerrier ; que sous tes coups Son vaste individu dans un moment succombe ; Au bruit confus de cent jolis glougloux, Vous, Rosati, préparez-lui sa tombe.
Toi, Beroaigne, prends tes pinceaux ; Transmets à nos neveux ce combat sanguinaire, Tandis qu'HERBET du malheureux héros Prononcera l'éloge funéraire.
Legay, par de brillants couplets, De ces guerriers fameux éternise la gloire : Fais que leurs noms, enchaînés pour jamais, Volent ensemble au Temple de Mémoire.
Que vois-je ? Contre le vainqueur Le sévère Ruzé lâche un sévère réquisitoire : Mes chers amis, vous frémissez d'horreur î Rassurez-vous, il ne conclut qu'à boire.
Au magistrat qui le punit.
Buvons, amis, à t.'isse pleine :
Complices du même délit.
Nous devons partager la peine.
Mais aux soupirs de nos flucous De sa voix sonore et touchante Le.nglet unit les tendres sons :
llossR, en l'accompagnant, m'enchante.
Silence ! paix ! O mes amis.
Caicniez du jus divin s'arrose ; Sans doute il va, comme jadis.
Chanter les charmes de lu rose.
A ces accents mélodieux.
Philomèle reste muette...
Kh ! qu'importe ? puisque Fossei x Pour applaudir a la main prête.
Ah ! mioublez d'altentiou !
.l'entends la voix do Kobespierri: ; Ce jeune émule d'Ampuiou Attendrira il une panthère.
Dieux ! que fait l'imprudent Carré ?
Quand il chante le Dieu du lierre.
Voit-il que, par ce trou carré.
Le soleil épuise son verre.
Leduco, appris à ses dépens Et craignant un rayon perfide, Nous charme aussi par ses accents ; Mais c'est lorsque sa coupe est vide.
Kl loi, simple et brillant Carnot.
Partage notre heureux délire ; Quand tu fais résonner ta lyre, Le vin en est plus frais et le soleil moins chaud.
Quel est donc ce vieillard charmant.
Dont la muse encore nous étonne?
— ifir> —
Aux fleurs qui couvrent sou automne Qui ne reconnaîtrait l'aimable Vaugrenant?
Je te salue, ô Champmorin !
Honneur à ta muse riante !
Puissicz-vous, en dix-huit cent trente.
Elle, chanter encore, et toi. sabler le vin!
Mats Phébus, du plus haut des cieux.
De ses traits brûlants nous accable ?
Amis ; gagnons une autre table Et quittons pour un an ces agréables lieux !
Déjeûner et chanter, une fois l'an, sous de frais ombrages, telle était Tunique obligation imposée aux Rosati. En dehors de cette réunion habituelle, fixée au 21 juin, la réception de nouveaux confrères servait d'occasion à d'autres réjouissances. Le cérémonial de l'installation revêtait une forme toute symbolique, a Elle se faisait en présentant au récipiendaire une rose que l'on attachait à sa boutonnière ; puis, on versait deux rasades de vin rosat, Tune pour l'installant et l'autre pour l'installé. La coupe vidée, le récipiendaire était embrassé par celui qui le recevait, et c'est ainsi qu'on se trouvait Rosati. Le discours et le diplôme étaient écrits en couleur de rose, entourés d'un encadrement doré, entrelacé de guirlandes de roses. En tête du diplôme était le chiffre du récipiendaire que surmontait une couronne de roses ; le sceau était une rose ; enfin le tout était parfumé d'essence de roses. »
Carnot fut admis, avant Robespierre, parmi les Trouvères artésiens ' Ne séparons pas ici deux hommes qui doi-
1. De Caruot (Lazare-Ntcolas-llarguerile), né à Nolay le 15 mars 1753, était sorti, en 1773. de l'Ecole des ingénieurs de Méiières, et avait été nommé lieutenant du génie en second à Calais. De celte ville, on l'envoya au Havre et à Béttmne. Appelé à Arras en 1783, il y composa son Elogt de Vaubn
vent se rencontrer un jour dans un autre comité : parler de leurs œuvres poétiques, c'est le meilleur moyen de faire connaître les Rosati sans sortir de notre sujet.
Lorsque Carnot vint s'asseoir pour la première fois sous le berceau tapissé de roses, Charamond lui adressa ce compliment :
a Un digne rival de Bernouilly, qui vient avec nous tresser la rose autour d'un cercle irrégulier, qui applaudit même au désordre de nos guirlandes, emblème, hélas ! de
qui remporta, en 1784, le premier prix a l'Académie de Dijon, an Traité sur les machines et on Mémoire sur les places fortes qu'il convenait de démolir ou d'abandonner. En 1787, il obtint le grade de capitaine à l'ancienneté ; son séjour à Arras se prolongea jusqu'en 1789. Il retourna alors à Béitiune avec le même grade . Le 2 septembre 1792, le corps électoral réuni à Calais le nomma députe à la Convention nationale ; il obtint 413 suffrages sur 721 volants.
M. Hippolyte Carnot, dans les Mémoires qu'il a publiés sur son fère (1861), assuré que Robespierre et Carnot se connaissaient a peine lorsqu'ils se rencontrèrent a la Convention : « Mon père, dit-il, m'a raconté a quelle occasion il avait vu Robespierre pour la première fols : les deux frères Carnot habitaient ensemble Calais: une vieille servante faisait leur ménage. Carnot-Feulins, ayant lu dans une feuille publique qu'une dame Duhamel venait de mourir en Artois sans béribéri directs, demanda à celte servante, qui s'appelait aussi Duhamel, si elle ne serait pas de la même famille et si elle n'aurait pas droit à une portion de Héritage, c Je n'en sais rien, répondit celle-ci, voila tous mes papiers. » Carnot - Peulins, après les avoir examinés, jugea que la parenté pouvait être établie, et il encouragea la pauvre femme à faire valoir ses titres devant tes tribunaux, quoique les adversaires qu'elle allait y rencontrer appartinssent a ont maison influente dans le pays.
< M. de Robespierre, avocat a Arras, fut chargé de l'affaire. Comme il plaidait, Carnot-Feulins, qui assistait a l'audience, trouvant que l'orateur s'exprimait fort mal et compromettait sa cause, s'échauffa au point d'oublier qu'il était simple spectateur, il se leva, interrompit Robespierre et commença à péror» r avec vivacité, malgré les signes réitérés du président qui l'invitait a garder le silence. La servante néanmoins gagna son procès, qui la mit dans l'aisance pour le resie de ses jours.
c Carnot l'ainé était aussi présent a la plaidoirie ; il en avait conservé le souvenir, et il fut assez surpris de la réputation acquise par l'avocat de Madame Duhamel dans les assemblées politiques.
c En 1786, Robespierre, alors directeur de l'Académie d' Arras, fut chargé de complimenter Carnot, membre de l'Académie.
« Toiia les seules relations qu'ils eurent ensemble; ils se connaissaient a peiM lorsqu'ils se rencontrèrent A la Convention. » Sauf quelques détails, ce récit nous parait vrai.
D'après les procès- verbaux de t'Acadcmte d'Arras, tenus très-exactement
celui de nos idées ; un moraliste profond qui anime nos orgies par des couplets écrits sous la dictée de Momus et de la plus folâtre des Grâces ; un orateur riche d'idées sans emphase ; un guerrier ferme par honneur, paisible par inclination ; un sage dont la sobriété sourit quelquefois aux roses liquides qui colorent son verre, mérite bien sans doute qu'on lui présente solennellement les témoignages d'amitié qu'on lui voue, et d'entendre répéter en chorus les couplets qu'il inspire. Préparez-vous donc, Monsieur, à respirer notre fleur, à boire d'un trait le vin de réception et à recevoir le baiser de fraternité. »
Carnot tournait un couplet avec une élégante simplicité ; il paya sa bienvenue en chansons, et vanta, homme du progrès, « les mœurs de son village ».
Autrefois, dans mon village.
On en usait sans façon ; Le bon ton, le bel usage N'était connu que de nom.
Robespierre cl Carnot ne se rencontrèrent qu'à deux séances de cette société (15 mai et 14 juillet 1787). Les réunions des Rosati n'étaient pas fréquentes, et Robespierre a pu boire un jour
A l'aimable Cot, A l'ami Carnot,
pour les besoins de la rime, et sans avoir avec Carnot des relations suivies.
Le procès Duhamel nous avait causé quelque embarras : les registres du Conseil d'Artois n'en font pas mention. Les souvenirs de Carnot étaient-ils inexacts? Kn dépouillant avec soin les registres de l'Èchevinage d'Arras, nous avons été assec heureux pour découvrir la vérité sur ce petit incident. Le 33 janvier 1784, la feuille d'audience constate que Robespierre < plaida devant l'Èchevinage pour Françoise Dubamel, et obtint qu'après prélèvement des dettes et délivrance des legs faits aux époux Fasquel-Duhamel, le surplus des biens délaissés par Madame Duhamel fût remise à sa partie, à titre de proche parent pauvre de la défunte. ^
On sait que Carnot fut reçu à l'Académie d'Arras, non en 1780, mais en 1787, par H. Ansart, directeur, et non par Robespierre.
Carnot de Peulins (Claude-Marie) était frère puiné de Uiare Carnot. Comme lui officier du génie, il résida à Arras avec le grade de lieutenant, notamment de I78î à 1786. Député du Pas-de-Calais A la Législative, il mourut lieutenant général en 183C.
Aujourd'hui, dans notre asile Les beaux-arts ont pénétré, Et l'on est, comme à la ville.
Élégant et maniéré.
Autrefois, dans mon village.
On s'aimait tout bêtement.
Et d'un joli persifflage On ignorait l'agrément.
Mais dans le talent utile De déchirer son ami, Presqu'aussi bien qu à la ville.
On réussit aujourd'hui.
On avait la bonhomie Avec peu d'être content :
On passait toute la vie A rire et chanter gaiement.
Mais d'une joie inutile On est fort bien revenu.
Et, presqu'autant qu'à la ville.
Le plaisir est inconnu.
On eut longtemps la sottise D'économiser ses biens.
Et chacun, suivant sa guise.
Faisait valoir ses moyens.
On n'est plus si malhabile :
On mange ce qu'on n'a pas On jeûne, comme à la ville.
Pour donner de grand* repos.
Chacun allait, le dimanche.
Écouter notre curé ; Tout vieillard à grande inanehe.
Tout docte était révéré.
Maintenant, sur l'Évangile On raisonne en avocat.
Et de môme qu'à la ville.
Chacun veut régler l'État.
D'un amour de tourterelle On languissait tristement.
(Tétait assez d'être belle Pour captiver un amant.
A présent, c'est inutile ; On calcule Iwaueoup mieux.
Kt l'or, tout comme à la ville.
I/emporte sur les beaux yeux.
En hibou, dans nos ménages. »
Chacun faisait ses enfants :
lies femmes étaient sauvages.
Les maris récalcitrants.
Aujourd'hui, tout est docile Au bon vouloir des umants.
Et presque autant qu'à la ville.
Les époux sont complaisants.
Ut timide pastourelle Ignorait le nom d'amour.
N'osait lover la prunelle Et travaillait tout le jour.
Maintenant elle est subtile.
S'enflamme a commandement.
Et sait, tout comme à la ville.
Vous aimer pour votre argent.
Mes amis, s il est possible.
Rappelons t es jours si beaux.
(V bonheur pur et paisible Qu'on goûtait dans nos hameaux.
Respirons un air tranquille Dans nos champs, dans nos jardins.
Kt reléguons à la ville Les soucis et les chagrins.
Nous retrouverons ('iiruot à lu réception de Robespierre et de M. de Ruzé. A la tête des Roses de 1787, il célébrait Bacchus :
Buvons outre mesure Aux enfants d'Épicure ; Buvons à tous les fous.
Messieurs les raisonnables, Allez à tous les diables :
Ne trinquez avec nous.
Bien mieux que la physique.
Notre système explique La foudre et ses carreaux ; Quand vous croyez qu'il tonne, C'est que Bacchus entonne Du vin dans ses caveaux.
Vous avez lu peut-être Que la Grèce vit naître I>e docte Anacréon.
Moquons-nous de l'histoire :
Il vaut beaucoup mieux croire Qu'il était Bourguignon.
llippocrate radote
Et sa Faculté sotte,
Kn parlant du mousseux.
Narguons leur botanique;
C'est une politique
Pour boire tout entre eux.
Ame de la folie, Doux charme de la vie, Remède à tous les maux, Il porto l'allégresse, Guérit de la sagesse Et purge les cerveaux.
Chantant ribon, ribainc, Le bonhomme Silène, D'un grand verre nanti.
Buvait comme une éponge Et valait, sans mensonge, Le plus franc Rosati.
Mais du ciel empyrée ]*a. cohorte sacrée Sourit à nos accords ;
Je vois, loin de ce monde, Les dieux en table" ronde Partager nos transports.
Venez Bacchus, Amours, Illusions légères. Du rôve de la vie embellir les tableaux ; Venez réaliser les biens imaginaires Et sur les maux réels étendre vos bandeaux.
Carnot fut chargé de recevoir parmi les Rosati le marquis de Vaugrenant, major de la citadelle. Il lui remit ce diplôme :
A Vaugrenant, Qui va sans cesse En se plaignant De sa faiblesse, Et que pourtant L'on voit marchant Vers le Permessc.
Droit comme un l.
Nous, Rosati, Salut et liesse.
Ayant ici,
Dans notre orgie,
Très -bien ouï
Chanson jolie
De sa façon,
Fils légitime
d'Anacréon
En bonne rime
Le déclarons,
Et le nommons
Notre confrère.
Fait par moi secrétaire Et d'un commun avis, Sous le berceau des Rosalis.
Pour te guérir, faut pas tant de mystère, Et fort à point nous te voyons ici.
Reçois de moi rose, accolade et verre ; On ne meurt point quand on est Rosati.
Le marquis de Vaugrenant était âge. Il remercia les Ron en évoquant les souvenirs du bel âge et en adressant. *vec une grâce juvénile, un dernier appel à la Muse :
Souffrez qu'à votre joyeux nombre.
Un seul instant, se joigne l'ombre
D'un chansonnier :
J'ai fait des couplets au bel âge.
Et je vais vous offrir l'hommage
De mon dernier.
Si quelque chose à mon aurore Hélas ! pouvait me rendre encore.
Nouvel Éson, Ce serait de vous voir sourire.
Chers enfants du dieu de la lyre.
A ma chanson.
Mais, en ce moment je l'éprouve.
Le plaisir, si doux qu'on le trouve.
Nous laisse vieux.
Quy faire? Gémir?... Non, sans doute ; De fleurs il faut semer la route
Des sombres lieux.
Que ce soit là votre morale ; Plus austère, elle est trop fatale,
Et nous vieillit.
C'est l'abus, en tout, qui nous damne:
C'est lui que le sage condamne ;
Mais il jouit.
I*ardon, Messieurs, je moralise.
Moi que l'on a vu prêcher Lise
D'un autre ton.
Quaud Fosseux, Ruzé sont des vôtres, Vous n'avez pas besoin, vous autres.
De ma leçon.
Suivez toujours ces beaux modèles.
El le plaisir n'aura point d'ailes Pour vous quitter.
l,e plaisir, auprès des poètes Aimables, gais comme vous êtes, Aime à rester.
Adieu, cher récipiendaire, Vous êtes avec chaque frère
A l'unisson.
Je n'y suis plus ; je me retire ; .le vois de leurs succès instniire
Anncréon.
Carnot retint l'aimable récipiendaire, et, lui posant sur le front une couronne de roses, répondit au serviteur de Mars, disciple d'Anacréon :
C'est au dieu Mars à couronner
Les talents en tactique ; C'est au dieu du chant ù donner
Couronne poétique.
N attendez créneaux ni laurier
Sous cet humble portique ; Nous ne parons que du rosier
Front anacréontique.
Robespierre fut présenté aux Rosati en même temps que M. Leducq, avocat. M. Le Gay, son confrère au barreau d'Arras et à l'Académie, revendiqua l'honneur de le complimenter. On verra jusqu'à quel excès il poussa l'hyperbole de ses louanges.
« Monsieur,
* Celui dont la plume énergique a combattu avec succès un préjugé qui associe, dans le siècle le plus éclairé, l'innocent à la punition du coupable, imprime sur le front du premier la tache ineffaçable de l'infamie, le frappe d'une
1. M. Leducq pere, avocat consultant, avait favorisé les débats de Robespierre et de Le Gay, Retiré à Saiot-Nicolas-lez-Arras, il se plaisait à eu Hiver
espèce de mort civile en le condamnant à l'inutilité; celui dont la voix s'est élevée, avec non moins d'éloquence, contre une erreur de la législation qui prive d'une partie des droits communs à tous les citoyens l'enfant malheureux auquel se cachent inhumainement un père et une mère également honteux de sa naissance ; celui qui, dès ses premiers pas dans la carrière du barreau, a arrêté sur lui les regards de ses compatriotes, celui-là semble d abord plutôt fait pour siéger dans les Académies que pour partager avec nous le banc de gazon où nous nous enivrons, la coupe de Bacchus en main, des parfums voluptueux de la rose, née du sang d'Adonis.
« Les grands talents nous sont chers, surtout lorsque, comme les vôtres, Monsieur, ils sont toujours dirigés vers un but utile ; nous suivions avec l'intérêt le plus vif les graduations de leur développement. Mais s'ils ne sont accompagnés des qualités nécessaires pour briller parmi des convives aimables, s'ils sont le seul mérite d'un homme, une
lui-même les fleurs de son jardin. Dans le récit en prose et en vers <Tune excursion à Douai (n83j. Le Cay avait rappelé ces circonstances.
« Bientôt, dit.il, la maison de campagne de M. Leduoq s'offre à mf s regards ».
Le voilà, l'aimable séjour Décoré par la main d'un sage.
C'est là, qu'occupé tour à tour Et de lois et de jardina??.
Il voit lever et fuir le jour Dont il fait un si bon usage.
C'est là qu'à l'austère ThémU Le disputent Flore et Pomone:
Là souvent il les abandonne Pour se livrer à ses ami*.
Dont le groupe heureux l'environne:
U quelquefois, moi-même admis, Tandis qu'il daigne en la carrière Où la palme attend Robespierre (•aider nos pas mal affermis.
Ka menant ma vue incertaine De la perspective lointaine Sur chaque bosquet embelli.
Je crois retrouver Tivoli.
\I.ik habite par DérooMhè'u*.
haie hérissée d épines s'élève toujours entre lui et le berceau des Rosati.
« Il est heureux pour nous, Monsieur, que la nature ait accordé aux hommes de génie, en dédommagement et des travaux auxquels elle les voue et des contradictions quelle leur attire, le don de produire des saillies, de tourner un couplet plaisant, le goût de rire, enfin ce qu'un Rosati du siècle d'Auguste appelle ilesipere in îoco. Grâce à cette double libéralité envers le même individu, vous voyez assis parmi nous, à côté d'agréables chansonniers, un géomètre profond, mathématicien habile, qui sait encore prêter à la morale les charmes de l'art oratoire ; vous y voyez l'éloquent interprète de l'esprit des lois, et nous vous y verrons bientôt vous-même. Une main qui n'a besoin que d'un pinceau pour créer des sœurs à la rose qu'elle tient va vous offrir ce gage de notre association ; notre Chapelle emplit déjà du vin rosé qu'il sait encore mieux chanter que boire la coupe qui vous est destinée dans nos banquets, et le baiser fraternel vous attend sur des lèvres qui, plus d'une fois, ont fait triompher la Vérité. »
Suivant le programme annoncé par Le Gay , l'abbé Herbet remit à Robespierre le diplôme de Rosati :
Vu qu'il existe un avocat Brillant de plus d'une manière Que l'on nomme de Robespierre ; Vu que d'un esprit délicat 11 a donné preuve très-claire ; Que très-souvent il sait lâcher Mot sémillant, point satirique, Quelquefois décemment caustique.
Tel qu'on ne saurait s'en fâcher ; Vu (la chose est facile à croire) Qu'il sait chanter et rire et boire, Que parfois au sacré vallon, Dans son loisir, il se promène.
Kl qu au sommet de l'Hélicon il pourrait s'élever sans peine ; Nous, les uniques Rosatis Depuis la naissance du monde.
Nous, de gaieté les mieux lotis, Et qui rions de qui nous fronde ; Nous qui, l'esprit toujours joyeux, Savons, dans une aimable orgie, Ramener les siècles heureux De la badine poésie1, A tous ceux qu'il appartiendra.
Français, Anglais et extera, Dans l'un et dans l'autre hémisphère, Savoir faisons que, dans ce jour, Assemblés contre l'ordinaire, Et chacun vidant à son tour Son godet, sa coupe ou son verre.
Avons, d'une unanime voix, Elu le susdit pour confrère.
Et dans le cours d'un certain mois.
A certain jour, à certaine heure.
Il devra quilter sa demeure Et se rendre & notre bosquet.
Parmi nous il prendra séance .
II aura sans peine audience Pour y chanter joli couplet Qu'applaudissons, môme d'avance.
Après que Bergaigne et Charamond eurent offert nouveau venu la rose et le vin, ce dernier, joyeux boute-en train, improvisa quelques couplets en l'honneur des réci piendaires :
A toi Robespierre.
A toi frère Leducq.
L'ami Robespierre, Boit de l'eau comme Astruc.
Est-il aiguière ?
Serait-il aqueduc?
Ah! cher Robespierre.
Imite done Leducq.
Trinque, Robespierre, Avec nous et Leducq.
Point de manière :
Du raisin bois le suc.
(irisons Robespierre...
Ne grisons pas Leducq.
A son tour Carnot, pour tërer le buveur d'eau, fit 1 éloge des amis du vin.
Mes amis, le vrai sage Fst celui qui boit bien.
La joie est son partage :
Il ne désire rien.
Dans la machine ronde, Seul, il voit tout en beau; Il n'a, dans ce bas momie, D'autre ennemi que l'eau.
Franchise et bonhomie Sont les enfants du vin.
Des peines de la vie Il délivre soudain :
Pur son divin prestige Il sait me rendre heureux :
\m vérité m'afflige Eu dessillant mes veux.
A la meilleure téle Piéférons un bon rovur.
Qu est-il de plus honnête Que l'ilme d'un buveur t Jamais lu noire envi»' N'v versa son poison :
Mensonge et perlidie Sont fruit de lu raison.
Robespierre n'était doué d'aucune des qualités qui convenaient à un Uosati. S'il eût jamais le mot pour rire, c'est que la gaieté de ses confrères était contagieuse. Il avait la
réputation d'un buveur deau; ie t'ait est avéré. 11 nous montrera bientôt
Si son astre en naissant l'avait formé poète ' .
C'était le 22 juin 1787, jour de fête chez les Rosati. Ou recevait dans la joyeuse société un des hommes qui, par leurs talents et leurs vertus, honoraient le plus la magistrature de la province. M. Foacier de Ruzé, avocat général au Conseil d'Artois, cédant aux instances de quelques amis, avait consenti à se dérober au fardeau de ses fonctions et à suivre le conseil d'Horace : Desipere in luco. Dès qu'on l'introduisit sous le berceau qui servait de salle de festin, Carnot prit la parole :
a Monsieur,
« La société des Rosati n'est point composée de graves moralistes; mais nous n'en sommes pas moins des amis de la Vérité.... nous sommes les premiers qui ayoùs imaginé de
1. c On ne connaît que trop les discours de Robespierre, dit U Arthur Dinaux, ou ne sait presque rien de ses chansons. Nous avons rctrou\é deux de ces innocentes u-uvres chaulées devant la société d<>s Kosati ; la première, pour ainsi dire Improvisée lors de sa réception, est un remerciement à ses confrère*: elle a été publiée dans les Mémiira de Charlotte Robespierre qui en avait conservé une copie de la main de son frère ; la seconde a été recueillie dans des feuilles volantes. »
M. Dinaux cite ces deux pièces de vers. De la première, qu'il intitule : la Coupe vide, il ne reproduit que trois strophes sur douze. La seconde
Je vois l'épine avec la rose
Dans le bouquet que vous m'oilrex, elc.
n'est pas de Robespierre ; sa sour Charlotte s'est trompée en la lui attribuant. Elle a pour auteur M. BefTroy de Reiguy. Nous lisons dans le procès-verlul inédit de la réception de l'auteur des Luuet du cousin Jaeyue,* : « J'avais invité M. de Reigny à dîner avec quelques membres de l'Académie, dit M. de Fosseux. Nous avions aussi la noce .le M Tarangel. Vers le dessert une carrossée d* Rosati arriérent : Charamond, Lengl<-t. Carré, Champmorin, Bergaigoe et Carnot — Daus une séance improvisée, on proclama Rosati M. BefTroy de Reigny. H"* de Fosseux lui présenta la Rose, M"* de Vacquerie le vin, M"* de Noyelle le baiser. M. de Reigny nous fit le remerciement suivant :
Je vois l'épine avec la ro»e
Dans le bouquet que vous m'oilrex. »
lui élever un temple en commun, et de lui rendre un culte régulier où la décence et la gaieté présidassent de concert.
a Tout ce qu'on exige de ceux qui veulent être admis dans ce temple, c'est de ne jamais rien écrire qui n'ait été dicté par la déesse.... Une seule rime forcée suffirait pour troubler la république des Itosati.
« Aussi, n'obligeons-nous point nos confrères à écrire. Nous ne voulons pas leur donner la peine de courir après l'esprit ; c'est à lui de venir les trouver. S'il ne vient pas, on s'en passe ; et alors, au lieu de rimer et de composer des périodes, on boit et on rit. Ce stratagème nous suffit toujours et va directement au but de notre institution, car, au fond, nous ne faisons des vers et de la prose que pour avoir occasion de rire et de boire. »
Carnot raconta ensuite au récipiendaire comment la Vérité s'était réfugiée chez les Rosati. Apres avoir passé trois mille aus au fond d'un puits à boire de l'eau, elle avait été tirée de là par des astronomes, qui l'avaient occupée à calculer des éclipses et à mesurer des lignes avec un compas. Des chimistes l'avaient ensuite renfermée dans un laboratoire, où ils la mettaient tous les jours à la question ordinaire et extraordinaire. Mais les Kosuti la découvrirent et la décidèrent à les accompagner dans leurs jardins où régnaient Flore et l'omone. Un jour, en sa présence, le nom de M. de Ruzé fut prononcé.* (Je nom m'est cher, dit-elle, c'est celui d'un de nos « plus vertueux favoris. Il m'honorait avant que ce temple « fût élevé, et m'a fait maintes fois triompher du mensonge c et du mauvais goût. » Dès lors, Monsieur, nous formâmes le projet de vous unir à notre société pour rendre notre culte plus agréable à la déesse. Vous reconnaîtrez aisément sa voix, puisque vous en fûtes si souvent l'organe ; sa figure ne peut aussi vous être étrangère, car elle eM mère de la candeur et de l'ingénuité, et à ce titre, elle res>emble à celle
à qui vous avez donné le bonheur et le jour. « Cette enfant, « a-t-elle ajouté, a sur moi l'avantage de la jeunesse. Je « suis vieille, et il me faut des atours pour me rendre sup- « portable. Elle n'en a besoin que pour cacher de plus « grandes beautés. Mais empressez- vous de m'annoncer mon « favori, car je veux que le bon papa de celle que la vertu « fait digne d'être rosière soit lui-même couronné de roses. »
Les applaudissements ayant ébranlé le berceau de Flore, on remplit les verres. M. Le Gay, tirant de sa poche le joyeux diplôme surmonté d'une couronne de roses vermeilles peintes par M. Bergaigne, en fit la lecture, à la grande satisfaction de tout le conseil. MM. Charamond et Leducq présentèrent à M. de Ruzé la rose et le verre.
a Ce fait accompli, ajoute le procès- verbal, on procéda à la cérémonie du baiser, et l'on entendit une voix qui chanta, eu détonnant, les couplets suivants, dans lesquels il n'y avait de faux que les faux tons du chanteur, M. de Robespierre :
On vous a présenté la rose ; L'offrande était digne de vous ; De cette fleur, pour nous éclose, La beauté plaît aux yeux de tous.
De grand cœur vous prîtes ce verre Rempli de Champagne joyeux ; Nul honnête homme sur la terre Ne méprise ce don des d'eux.
Avec la même confiance Puis-je vous offrir mon présent ?
C'est le sceau de notre alliance, C'est un baiser qui vous attend.
Et c'est moi que la destinée Appelle à cet emploi flatteur ?
Et mon étoile fortunée Était d'accord avec mon cœur f
- IHI -
Mais pour donner une accolade Qui, par un baiser précieux, Puisse d'un pareil camarade Marquer l'avénemcnt heureux, Il faut la bouche enchanteresse De l'une des sœurs de l'Amour, Ou de cette jeune déesse A qui vous donnâtes le jour.
Mais d'un mortel qui vous révère Kt vous chérit bien plus encor Si l'hommage pouvait vous plaire, Je remplirais mon heureux sort .
Seulement, par un doux sourire, A cet instant, dites-le moi, Kt sans me le faire redire, Soudain j'exécute la loi.
Non ; certaine raison m'arrête,
Kt, pour vous pnrlcr plus longtemps,
Du plaisir que le sort m'apprête
Je suspendrai les doux instants.
Car toujours, en vers comme en prose,
.le suis bavard en vous louant ;
Pourriez-vous me dire la cause
De ce phénomène étonnant ?
Je vous admire et je vous aime, Lorsque, rival de d'Aguesseau, Aux yeux d'un tribunal suprême De loin vous montiez le flambeau.
Je vous aime, lorsque vos larmes Coulent pour les maux des humains.
Kt quand de la veuve en alarmes Les pleurs sont séchés par vos mains.
Mais lorsqu'admis à nos mystères, Je vous vois, le verre a la main, Assis au nombre de mes frères, Animer ce charmant festin, Quand votre eo'ur joyeux présage Nus jeux et no* aimables soins, Je vous aime encor davantage Kt ne vous admire pas moins.
O des magistrats le modèle !
Quand vous signalerez pour nous Votre indulgence et votre zèle, Vous serez applaudi do tous.
Vous devez aimer nos mystères ; Car en quel lieu trouverez-vous Des cœurs plus unis, plus sincères, Des plaisirs plus vrais et plus doux ?
Des guirlandes qui nous sont chères Aimez donc aussi les appas, Et, dès cet instant, à vos frères Ouvrez votre cœur et vos bras.
Pardon, Amour, pardon, Glycère, Je conviens que, dans ce moment, A vos doux baisers je préfère Celui d'un magistrat charmant.
« Avant que M. de Robespierre ait eu le temps de tirer ses couplets de sa poche et de préluder pour reconnaître sur quel air il les aurait chantes, l'aumônier des Uosati, l'abbé Ilerbct, arme d'une couronne de roses entremêlées de branches de laurier, s'était avancé prœsto derrière le récipiendaire. Il avait déjà chante le couplet suivant, qu'on ne se doutait pas encore de ce qu'il allait faire :
Puisque là rose et le laurier Aisément peuvent s'allier,
Permettez que je pose
Sur votre front la rose. »
Les chants avaient cessé. M. Foacier de Ruzé, en pré- t sence d'un auditoire moins recueilli que celui du Conseil d'Artois, vanta la reine des fleurs et les formes variées sous lesquelles elle manifeste sa beauté : rose de mois, rose rouge, rose blanche, etc., etc. Puis il « prit la lyre et chanta » :
A mon age prendre une lyre !
C'est là le comble du délire, Tu le croiras!
Quoi ! pour célébrer une rose, Faut-il qu'on se métamorphose?
Quel embarras !
Dans un cabinet solitaire, Je réve sur le commentaire
Du froid Cujas ; Son langage a glacé mon âme ; Feu sacré, je n'ai plus ta flamme !
Quel embarras !
C'est pour la riante jeunesse Que les Muses étalent sans cesse
Tous leurs appas.
Au barbon elles font la mine, Et voilà ce qui me chagrine.
Quel embarras !
Placés au sommet du Parnasse, Vous cueillez la rose avec grâce,
Du haut en bas.
Mais des branches fendant la presse, Toujours quelqu'épine me blesse.
Quel embarras !
C'est en vain que je me tourmente !
Les rimes trompent mon attente ;
Linquam ingratas t Pour moi point de métamorphose, 1 Gaiement je ferai de la prose.
Plus d'embarras !
Et aussitôt un Kosati répondit à l'avocat général, en reprenant son refrain :
Cette chanson est un parterre Où la fleur qui nous est si chère
Naît sous vos pas.
Vous pouvez donc, en vers, en prose, Cueillir et célébrer la rose
Sans embnrras !