‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 34 sur 111 · IM · texte numérisé non relu

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Robespierre était en veine poétique, ou plutôt en travail de rimes : un mois ne s'était pas écoulé, lorsqu'à la réception de M. Morin de Morcant, il enfourcha de nouveau son Pégase, il faut lé dire, assez rétif.

O dieux, que vois-je, mes amis?

Un crime trop notoire Du nom charmant des Rosatis Va donc flétrir la gloire •

O malheur affreux !

Scandale honteux ?

J'ose le dire à peine ;

Pour vous j'en rougis,

Pour moi j'en gémis....

Ma coupe n'est pas pleine î

Eh, vite done'emplissez-Ia

De ce jus salutaire,.

Ou du dieu qui nous le donna Redoutez la colère î Oui, dans sa fureur, Son thyrse vengeur S'en va briser mon verre ; Du fond d'un caveau, A tous buveurs d'eau 11 déclare la guerre.

Sa main, sur leur front nébuleux

Et sur leur face blême, En caractères odieux Grava cet anathème.

Voyez leur maintien.

Leur triste entretien. Leur démarche timide ;

Tout leur air dit bien

Que, comme le mien, Leur verre est souvent vide.

Amis, quiconque d un tonneau Ne connaît point l'usage

Est toujours un faible cerveau, Un plus faible courage.

Ce sage effronté,

Cynique vanté, Et me fâche et m'étonne.

Oh ! le beau plaisir,

D'aller se tapir Dans le fond d une tonne !

Oui, ce philosophe inhumain, Dans sa coupable audace.

De plus de cent flacons de vin Osait tenir la place.

0 Dieu des caveaux,

Des sacrés tonneaux On profane l'enceinte ;

Viens, ton thyrse en main,

Chasser ce vilain De ta demeure sainte.

Quand des Titans ambitieux

L'escadron téméraire Jusque dans le séjour des dieux Osa porter la guerre,

Dacchus, rassurant

Jupiter tremblant, Décida la victoire.

Tous les dieux à jeûn

Fuyaient en commun ; Lui seul avait su boire.

Il fallait voir, dans ce grand jour,

Le puissant dieu des treilles Tranquille, vidant tour a tour Et lançant des bouteilles,

A coups de flacons.

Renversant les mont»

Sur les fils de la terre ;

Ces traits, dans la main

Du buveur divin, Remplaçaient le tonnerre.

Vous dont il reçut le serment Pour de si justes causes, C'est à son pouvoir bienfaisant Que vous devez vos roses,

Et leur doux éclat,

Leur tendre incarnat ; Oui, vous pouvez m'en croire

.J'entendis Momus

Un jour à Vénus Rappeler cette histoire.

La rose était pile jadis,

Et moins chère à Zéphirc, Alors des parterres fleuris N'obtenait point l'empire.

Mais un jour Bacchus

Au sein de Vénus Prend la fille de Flore ;

Dans des flots de vin

ta plongeant soudain, De pourpre il la colore.

Sur le visage de Cypris

Quelques gouttes coulèrent, Et lors parmi les tendres lys

Deux roses se placèrent ; Grâce à ses couleurs, La rose, des fleurs

Désormais fut la reine.

Cypris, dans les cicux Aussitôt des dieux

Devint la souveraine.

Amis, de ce discours usé

Concluons qu'il faut boire.

Avec le bon ami Ruzé, Qui n'aimerait à boire ?

A l'ami Carnot, A l'aimable Cot A l'instant je veux boire ; A vous, cher Fosseux,

Au groupe joyeux, Je veux encore boire.

Si jamais j'oubliais Morcant,

Que ma langue séchéc A mon gosier rude et brûlant Soit toujours attachée.

Pour fuir ce malheur,

Trois fois de grand cœur Je veux vider mon verre.

Pour l'avènement

D'un frère charmant, On ne saurait mieux faire.

Après ce double coup d'essai, Robespierre, occupe d'autres soins, priva les Rosati de sa collaboration. La Poésie ne perdit rien à sa retraite. Cependant son nom fut prononcé plus d'une fois encore sous les ombrages du jardin de Blangy. Un jour, M. Bergaigne vantait son éloquence et blâmait sa sobriété :

Que l'éloquent Robespierre D'une muse très-peu ficre, Qui ne chante qu'en chorus, Daigne recevoir l'hommage; Mais qu'en chorus on l'engage A mieux célébrer Bacchus.

Une autre fois, M. de Fosseux portait aux nues son éloquence et son amabilité envers « les pastourelles du canton » :

<l Robespierre n'ouvre la bouche que pour faire entendre les accents de l'éloquence. Avec quel plaisir on l'écoute ! On ne peut pas s'empêcher de le croire fait pour siéger parmi les Rosati, quand on le voit se mêler parmi les pastourelles du canton et animer leurs danses par sa présence. C'est le dieu de l'Éloquence qui se familiarise parmi les mortelles et

qui, sous le costume d'un berger, laisse encore apercevoir les rayons de la divinité. »

Ainsi, dans les jardins de Blangy, « le dieu de l'Éloquence » s'enivrait de louanges, qu'il savourait plus volontiers que le parfum des roses. Il demeura, croyons-nous, fidèle aux Kosati, jusqu'au jour où ces convives imprévoyants du lendemain se dispersèrent au bruit de l'orage »,

l. Que devinrent les Rosati?

Le sort de MM. Carré et Champmorin nous est inconnu. U. Le Gay, juge au tribunal d'Arras pendant la période révolutionnaire, composa les hymnes et chansons qui lui furent commandées pour les fôles patrioliques. Il mourut juge d'instruction à Béthune, le Î7 juin 1823; il avait fait imprimer deux volumes de poésies : Met Souvenirs. — M. Bergaigne fit partie du Conseil de préfecture de 1800 à 1840, date de son décès. — Le marquis de Vaugrenaul «migra; sa femme et sa fille furent détenues à la Providence. — M. Cot, administrateur des vivres, siégea, de 1790 à 1792, au Conseil de la Commune, au District et au Département.

M. Charamond, membre de la Commune d'Arras en 1790. du District en 1791. entra dans l'administration de la guerre. Par son mérite et sa probité, il parvint au grade de sous-inspeetcur aux revues de la garde impériale. On ne le revit plus après la journée de Leipzig.

M. Lertglet, marié à la sœur de Charamond, fut nommé juge au tribunal de Bapaume en 1791, commissaire national au tribunal d'Arras en 1"92. agent national de la Commune d'Arras en 1794, juge au tribunal du Département a Saint-Omer en 1795, député au Conseil des Anciens le 90 mai 1796. Ce fut lui qui, dans la journée du 18 brumaire, essaya d'arrêter le général Bonaparte et ses grenadiers, en s'écriant : « Ella Constitution! » En mars 1800, on conlia à M. Lenglet une chaire à l'Ecole centrale du Panthéon. En juillet, il fut appelé à la présidence du Tribunal d'appel de Douai. Le 6 avril 1811. on le nomma président de chambre à la Cour. U mourut à Douai, le 18 octobre 1834. 11. Lenglet a beaucoup écrit.

« L'aumônier des Bosati », l'abbé Herbet, ne se rangea point, au moment de l'épreuve, parmi les confesseurs de la foi. Si l'on excepte l'abbé Porion, curt de Saint- Nicolas, puis évéque constitulionnel de Saint-Omer. il fut le seul membre du clergé paroissial d'Arras qui consentit à lire en chaire la Constitution civile. Il reçut en récompenee la cure constitutionnelle de Notre-Dame, établie dans l'ancienne cathédrale. Après la fermeture des églises, on l'accusa d'avoir fait cadeau de plusieurs paniers de linse d'autel au président du tribunal révolutionnaire, dont il était l'ami. Le Bon lança contre lui un mandai d'arrêt. - L'ei-abbé réussit à prendre la fuite... Il se maria, et mourut avoué A Saint-Pol, le 13 septembre 1815.

M. Gosse de Corre siégea, comme jugi, au tribunal d'Arras, de 1790 à 179*. Après le 9 thermidor, il fut nommé accusateur public près le tribunal criminel du Pas-de-Calais. Les conclusions qu'il donna en faveur des émigrés naufragés à Calais lui valurent un cerlaln renom. 11 Ut partie du Corps législatif

abandonnant leur couronne de fleurs et leur coupe encore pleine.

L'orage approchait.

en 1803. et de la Chambre des Dépotés en 1815. Président du Conseil de guerre du Nord en 1807, procureur général de la Cour de Justice criminelle en 1808, il ne fut point compris, en 1*16, dans l'institution nouvelle de la Cour de Douai Après dix-huit ans d'interruption de sa carrière judiciaire, il fut nommé, en 1835, président de chambre à la Cour de Douai, et conserva ces fondions jusqu'à sa mise à la retraite (1848).

M. Dubois de Fosseux, que nous retrouverons dans les réunions électorales qui précédèrent l'assemblée des États généraux, /ut élu maire d'Arras les janvier 1790 ; remplacé le 30 juillet, par M. Fromentin de Sartel, il présida le Directoire du Département jusqu'au jour où le décret du 4 décembre 1793 supprima ces fonctions. Une seconde fols maire d'Arras, il fut mis en état d'arrestation comme ex-noble, le 13 mars 1794, et ne recouvra la liberté que le 6 brumaire an III (37 octobre 1793). Pendant les Cent-Jours, Carnot, se souvenant de ses anciennes relations, lui donna un poste de confiance au ministère de la guerre. Il mourut à Paris le «8 décembre 1817.

M. Foacier de Rusé, rentré dans la vie privée après la suppression du Conseil d'Artois , eut l'bonneor de figurer sur la première liste des suspects dressée à Arras ; mis en arrestation, il mourut prisonnier le 3 novembre 1793. On emprisonna ses trois Allés à la Providence. Marie-Thérèse, « la jeune déesse », *. qui Robespierre et Carnot, Rosati, avaient adressé, en 1787, leurs fades compliments, mourut dans celte prison à l'âge de vingt-six ans (19 avril 1794). Trois mois après, Edith, sa sœur cadette, eut le même sort.

Carnot et Robespierre appartiennent à l'histoire.

DKUXIËMK PARTIR

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