‹ La Jeunesse de Robespierre et la convocation des États généraux en ArtoisChapitre 46 sur 111 · Les jaugeur* de bois · texte numérisé non relu

Les jaugeur* de bois

34. U corporation des maîtres tailleurs (confrérie de Sainte-Elisa-

beth) 68

35. Les cordonniers mineurs (confrérie de Saint-Crépin et Salnt-

Crépinien) 104

86. La communauté des maîtres boucliers (confrérie de Saint-Michel) 26

37. La communauté des poissonniers (confrérie de Saint-Pierre). . 30

38. Les mesureurs et porteurs de charbon de bois (confrérie de

Saint-Laurent) 13

31). Les brouelleurs 14

Total I,st8

1. Les corporations érigées en office de police étaient les charbonniers, les portefaix, les mesureurs el les poissonniers. A l'origine, ces ofOces étaient de véritables emplois conférés par le Magistrat. Plus tard on permit aux titulaires de f.iire agréer un successeur. Si cette transmission n'avait pas été faite entre vifs, le Magistrat était libre de conférer l'office à une personne étrangère à la famille du défunt. La tendance à l'hérédité se manifesta pour ces ofDces modestes, comme autrefois pour les bénéfices concédés à vie par le Boi el devenus les grands (Iefa de la Couronne. — U est resté des traces de cet état de choses dans l'organisation actuelle de la corporation des portefaix d'Arras.

der à MM. du Magistrat d'Àrras la rénovation de leurs anciens statuts, afin qu'on leur accordât un salaire raisonnable, et qu'on les maintînt dans le droit exclusif de remplir leurs fonctions. Leur salaire existait sur le même pied depuis plus de soixante-dix ans... Tous marchands, bourgeois et autres, faisant mesurer et transporter des grains, devaient être obliges, sans exception, de se servir du ministère des portefaix, vu les charges auxquelles ils étaient tenus eux-mêmes.

Les Poissonniers signalaient comme un abus criant Tusage qui ne permettait aux titulaires d'un office de le conserver à leurs descendants, sinon par résignation faite entre vifs. « Ils achètent trop cher, disaient-ils, le droit d'exercer le trafic qui les fait vivre, et ils ne sont jamais sûrs de le transmettre à leurs enfants, parce que, s'ils meurent avant d'avoir résigné leur office, il est perdu pour la famille et retombe entre les mains du Magistrat, qui le revend. Ainsi ils se trouvent placés entre deux situations également cruelles : il faut ou qu'ils se privent de l'état qui leur donne du pain avant de mourir, c'est-à-dire dans la vieillesse où il leur est encore plus nécessaire, ou qu'ils exposent leur veuve et leurs enfants à mourir de faim. Une institution si barbare et si évidemment inspirée par l'esprit fiscal ne peut subsister sous le règne des lois et de la liberté ; il faut qu'elle soit proscrite. »

Les maîtres Chaudronniers se faisaient une arme, contre les chaudronniers ambulants ou Auvergnats, des lettrespatentes qui leur avaient été concédées par Philippe d'Autriche en 1497, par l'empereur Maximilien en 1510, par Charles-Quint en 1531, par Philippe II en 1560, et que la capitulation d'Arras, en 1640, avait consacrées. N'était-il pas douloureux, pour des citoyens munis de pareils titres, de voir que « des étrangers ignorants, la plupart sans domi-

cile et sans aveu, venaient impunément, dans la capitale de l'Artois et à leur propre porte, enlever à eux et à leur famille leur salaire et leur pain ? »

Les Serruriers et Féronniers représentaient « l'artisan opprimé par la volonté toujours tranchante des officiers municipaux et leurs statuts violés par des innovations aussi inconstantes que le caprice. Ils signalaient l'injuste concurrence des maréchaux, qui s'ingéraient de travailler aux voitures, alors que les statuts leur défendaient d'avoir chez eux des étaux montés, des filières et autres outils nécessaires à ce genre de travail; premier abus à réformer. Les marchands fripiers s'arrogeaient le droit d'étaler sur le marché de vieilles serrures et des clefs nullement faites pour elles, ce qui était contraire à Tordre et au bien public ; deuxième abus. Les tonneliers possédaient des étaux montés, et souffraient dans leurs maisons des compagnons serruriers qui travaillaient à leur profit; troisième abus. Enfin les officiers municipaux les avaient forcés à recevoir des maitres qui n'étaient pas en état de travailler ; bien plus, ils les avaient reçus eux-mêmes. Était-ce à eux de juger du mérite de ces sortes d'ouvriers ? quatrième abus essentiel à réformer. »

Il va sans dire que les Maréchaux et Charrons se plaignaient des serruriers, comme les serruriers s'étaient plaints des maréchaux. Ils leur opposaient certain règlement du 20 novembre 1663 qui défendait à tous serruriers, taillandiers et autres de fabriquer des trains de carrosses, coches, chariots et charrettes. Ils s'attaquaient également aux ouvriers des faubourgs qui, sans payer aucun droit de maîtrise, se permettaient de travailler pour les gens de la ville.

Les maîtres Tonneliers trouvaient indispensable qu'une loi expresse interdit d'introduire en ville des marchandises de leur style ouvrées chez l'étranger.

Les Tourneurs formulaient ainsi leurs doléances : a Qu'il

soit défendu à toutes personnes étrangères de promener et vendre en ville leurs marchandises, hors le temps de foire ; qu'il ne soit permis à personne d'exercer les fonctions de maître tourneur, cœiller et mannelier, sans avoir satisfait audit corps » .

Les Charpentiers réclamaient une expédition de leurs lettres-patentes, enregistrées en 1638 au greffe du Magistrat, et la définition précise des travaux de charpente et des ouvrages de menuiserie, attendu les difficultés qui s'étaient rencontrées et qui n'avaient pas pris lin : a Comme aussi, Messieurs, ajoutaient-ils, on ne doit pas souffrir des étrangers sans maîtrise dans la ville et banlieue ».

La communauté des Menuisiers exposait au Roi sa détresse : Elle était débitrice d'une somme de mil huit cent vingt livres, empruntée pour payer des frais de procédure, et dont les intérêts étaient à la charge de chaque maître ; charge énorme pour la majeure partie d'entre eux, qui se trouvaient sans ressources, faute d'occupations, attendu la multiplicité des menuisiers dans une ville dépourvue de commerce. Ils requéraient de la bonté du Roi l'exemption du droit d'entrée sur les bois étrangers, et un règlement qui-, « les tranquillisant dans leur laboratoire, leur permît de consacrer, de pair avec leurs cœurs, l'excédant d'une existence frugale à la gloire et au soutien de l'État » . En vertu de ce règlement, chaque apprenti paierait douze livres pour son apprentissage ; aucun aspirant ne serait reçu à la maîtrise, s'il n'était fils de maître, sans avoir, au préalable, satisfait le corps par un chef-d'œuvre auquel il n'emploierait pas plus de quinze jours , payé les vacations de maître ordonnées pour la visite de son ouvrage, et déposé dans la caisse commune une somme de soixante livres. Aucun ouvrage ne devait être livré sans avoir été marqué au poinçon de la communauté. Aucun particulier ne pourrait em-

ployer d'ouvriers menuisiers sous prétexte qu'ils étaient des valets à leurs gages; enfin il serait interdit aux charpentiers de se servir de rabots, sinon dans la confection des portes cochères ou bâtardes et des escaliers, ouvrages communs aux deux corps de métiers.

Les Tanneurs et Corroyeurs exposaient qu'avant l'ordonnance royale de 1759, qui avait frappé les cuirs d'un impôt, il existait à Àrras quarante tanneries et plus ; les surcharges et les vexations des employés de la Régie avaient réduit leur nombre à trois.

<t A chacun son ouvrage, à chacun son métier, disaient les maîtres Selliers ; ceux qui exercent un état ne peuvent être instruits dans un autre. » Ils demandaient « que les corps de métiers fussent séparés, au lieu d'être réunis à plusieurs dans une même confrérie, et que l'on empêchât les autres communautés de faire travailler des compagnons selliers à des ouvrages de leur métier. Plusieurs fois ils avaient porté plainte au Magistrat, sans jamais obtenir la moindre satisfaction. »

« Qu'il soit défendu, demandaient les Drapiers, de faire, dans les campagnes, le détail d'autres marchandises que les comestibles, et ce, pour rendre le commerce plus florissant et laisser plus de bras à la culture. »

« A tant de vexations qui leur étaient communes avec leurs concitoyens, les maîtres Perruquiers ajoutaient le malheur d'avoir été obligés d'acheter le droit d'exercer lenr industrie. Ils payaient tous les ans, pour cet objet, des taxes considérables, auxquelles les États d'Artois avaient eu la faiblesse de consentir, tandis que des gens qui n'étaient pas pourvus de charges exerçaient impunément leur profession, et les privaient de l'avantage qu'ils avaient acheté à si haut prix. Le tribunal de l'Intendant, qu'ils étaient forcés de reconnaître pour juge, leur refusait toute justice. »

Les Chapeliers demandaient qu on les autorisât à fabriquer et à vendre des chapeaux, ù l'exclusion de tous marchands grossiers et autres, qui n'étaient pas reçus maîtres fabricants, et que Ton défendît aux marchands étrangers de faire le même commerce dans la ville d'Arras hors le temps de foire, « cette liberté ne pouvant que nuire à leur fabrication et en empêcher la perfection ».

Les maîtres Tailleurs pour hommes et pour femmes, et les Couturières en robes, réclamaient de la bienfaisance du Koi le privilège attaché à leur maîtrise, perdu à la longue par la négligence des administrateurs de la ville. Faute de statuts réguliers, ils ne pouvaient « faire incursion sur les contrevenants, ce qui les exposait à la plus grande indigence. Ils se plaignaient spécialement du droit injuste de bourgeoisie, exigé des couturières qui se présentaient à la maîtrise. »

Les Aubergistes voulaient que les traiteurs et ceux qui tenaient des chambres garnies fussent tenus de faire partie de leur corporation, « n'étant pas juste qu'ils fussent seuls soumis aux dépenses d'un corps aux avantages duquel d'autres participaient ».

Les Apothicaires se plaçaient au point de vue de l'intérêt de l'humanité, et sollicitaient rétablissement d'un corps d'apothicaires-chimistes dans la ville d'Arras, et l'interdiction, pour toutes jiersonnes, de vendre aucun médicament soit simple, soit composé.

Les Maîtres d'école « avaient l'honneur de représenter que leur profession, quelque honorable qu'elle fût par ellemême, tombait dans le mépris, par suite des abus qui s'y glissaient, au préjudice des mœurs et au détriment de la société. Us avaient la douleur de voir qu'à l'insu de M. le vicaire général écolâtre, à qui ils étaient soumis depuis près de deux siècles, de soi-disant maîtres étrangers, d'une cou-

duite suspecte et inconnue, s'arrogeaient le droit d'instruire la jeunesse soit en public, soit en particulier; comme si l'éducation était quelque chose de peu d'importance et qu'on pût confier impunément et au hasard à toutes sortes de personnes ! » Ils accusaient MM. les régents du collège d'enipôcher les écoliers externes de prendre des leçons chez les différents maîtres latins de la ville. Enfin ils manifestaient l'inquiétude que leur inspirait l'établissement projeté d'une école gratuite pour les pauvres : « Il serait d'autant plus affligeant, disaient-ils, de nous voir enlever des jeunes gens en état de pouvoir fournir aux frais de l'éducation, qu'après avoir consacré nos plus belles années au soin de la jeunesse, nous nous verrions à la veille de traîner notre vieillesse dans les horreurs de l'indigence. »

Toutes ces doléances démontraient la nécesssité d une réforme dans la constitution des corps de métier. Il était évident que le privilège et la réglementation, qui avaient favorisé l'industrie à sa naissance, étaient impuissants à la protéger lorsqu'elle avait grandi, et que l'ancien système économique, approprié aux relations restreintes des habitants d'une même cité, n'était plus en harmonie avec les besoins d'une société dont les membres avaient les uns avec les autres des rapports plus fréquents et plus étendus. Sans supprimer systématiquement les maîtrises, jurandes et confréries dans lesquelles le principe de l'association trouvait sa forme naturelle et consacrée par les siècles, il était temps défaire appel à la liberté. Mais si toutes les corporations sentaient le mal et s'en plaignaient amèrement, nulle ne songeait à employer d'autre remède que la restauration des privilèges.

I. Celte suppression radicale, inutilement tentée par Turbot, fui résolue par la loi du ? mat? 1791 .

Les Négociants de la ville cTArras touchaient, par leurs doléances, à des questions commerciales d'un intérêt plus général. Ils chargeaient leurs députés de demander l'établissement de deux chambres consulaires, l'une à Arras, l'autre à Saint-Omer ; la condamnation des banqueroutiers à des peines infamantes ; l'exemption des droits de douane ii l'entrée des pays de l'ancienne France, pour les huiles, les étoffes et autres marchandises fabriquées en Artois ou qui avaient déjà payé les droits d'entrée du royaume; la prohibition d'exporter les matières nécessaires au progrès de nos manufactures nationales, telles que fils, laines, etc. ; la suppression des droits de péage et tonlieu établis sur les rivières et sur les grands chemins, ainsi que du privilège des bellandriers de Dunkerque et des bateliers de Condé, qui exer^ çaient un monopole odieux pour le transport des marchandises ; la confection du canal de jonction projeté entre la Lys et la Défile; des mesures favorables à l'exportation des toiles, batistes, linons, et surtout des dentelles, dont le « commerce était un des plus importants, puisqu'il faisait vivre le peuple » ; la suppression de la juridiction contentieuse accordée, depuis quelque temps, aux intendants sur les messageries, la navigation, les droits de péage, etc. ; la liberté indéfinie de se servir de toutes sortes de voitures, soit> pour les voyageurs, soit pour les marchandises ; l'interdiction aux sergents-priseurs de vendre à leur porte des marchandises neuves. — Le cahier des négociants se terminait par une considération fort juste sur les causes de l'infériorité du commerce français comparé à celui de l'Angleterre et de la Hollande : « Les familles de commerçants, disaient-ils, au lieu de se perpétuer dans leur état, le quittent dès qu'elles se sont procuré une certaine aisance, attendu le peu de considération dont le commerce jouit en France ». Une loi qui déclarerait que le commerce, môme en

détail, ne peut déroger à la noblesse, et une invitation des États généraux aux nobles de se livrer au commerce devaient ôtre, selon eux, les moyens les plus propres à le faire fleurir, en lui donnant toute la considération qu'il méritait »

En général, les corps et métiers avaient exprimé leurs doléances dans un langage modéré. Cependant, quelquesuns d'entre eux, sous prétexte de répondre à la confiance du Souverain, attaquaient en termes fort vifs les officiers municipaux et les règlements de police émanés de leur autorité \

Ainsi les Cordonniers se plaignaient amèrement de ce que, « au préjudice de leurs droits et de leur constitution, les cchevins d'Arras, dont Tunique soin devait être de conserver scrupuleusement le droit des gens, s'en écartaient tous les jours de la manière la plus injuste et la plus révoltante, en permettant à toute personne indistinctement de travailler du métier de cordonnier, sans avoir été admis à la maîtrise et sans payer aucun droit. Ces échevins, qui devaient soutenir les maîtres cordonniers dans toutes leurs prérogatives, puisqu eux-mêmes ils les avaient reçus maîtres à titre onéreux, ne rougissaient pas de tout leur promettre, sans avoir eu, jusques à ce jour, le courage, de donner satisfaction à leurs justes plaintes. » Les doléants rappelaient que, quand il avait plu à Sa Majesté Louis XV de demander différentes sommes aux corps de métiers d'Arras, les cordonniers s'étaient vus obligés de prendre de l'argent à constitution de rente. Qui servait les cours de ces

1. La Noblesse d'Artois adopta, dans ses doléances, cette proposition des négociants.

3. Le droit de police du Magistrat sur les corporations d'arts et métiers remontait aux origines mûmes de la ville d'Arras, et reposait sur des titres aussi nombreux qu incontestables.

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rentes? Les anciens maîtres, qui en avaient souscrit la constitution. Si Ton continuait à autoriser les étrangers à s établir en ville et à y travailler impunément sans payer maîtrise, les parties obligées ne pouvant plus faire honneur à leurs engagements, le préteur perdrait bientôt, par la faute du Magistrat, arrérages et capital.

Les Bouchers, corporation puissante qui tenait ses lettres-patentes de Jean, duc de Bourgogne (1407), demandaient qu'il fût « fait défense aux officiers municipaux de s arroger l'illicite pouvoir de suspendre et faire perdre l'état, par interdiction momentanée ou pour toujours, à l'un ou à l'autre de leurs membres, pour de chétives contraventions qui étaient, le plus souvent, le fruit de la vexation des agents subalternes de la police. Ils accusaient ces agents, poussés par l'humeur ou par l'appât d'un vil et sordide intérêt, d'exposer ceux qui étaient l'objet de leur fureur et de leur despotisme affreux à l'infamie, à la perte de la confiance de leurs pratiques, au dérangement de leurs affaires et aux banqueroutes. Depuis quelque temps, le schisme des innovations survenues a leur égard, la prétendue réforme des abus dans leur corps et l'empire tyrannique des incursions violentes de la police, les accablaient et les surchargeaient au point que leur perte réelle montait au au moins à quatorze mille livres. » Incidemment, les bouchers reprochaient à l'Ktat-Mujor de la place une véritable exaction. Dans le temps jadis, l'Ktat-Major concédait aux bouchers le pâturage des fortifications, glacis et bas fossés de la ville, et les boucliers accordaient en retour à MM. les officiers un certain nombre de langues de bœuf. Plus tard, les bouchers avaient racheté « ce droit sur les langues » moyennant une somme de trois cents livres; ils en payaient actuellement quatorze cent-quarante, et 1 État-Major vendait les herbes à son profit.

La taxe du pain, les menaces d'amende et de contrainte par corps qui servaient de sanction aux règlements, soulevaient, dans le corps des Boulangers, des réclamations aussi véhémentes. « Sous prétexte de surveillance, on n'avait cessé, disaient-ils, depuis près de trois ans, de les traverser, dans l'exercice de leur profession, par des systèmes de police dépourvus de raison et de justice. » Le mode de nomination des officiers municipaux était cause de tout le mal. « Si les bourgeois tenant boutique ouverte n étaient pas exclus, par pure vanité, du choix des États d'Artois, on pourrait espérer d'avoir pour administrateurs des citoyens éclairés et sages, qui ne se laisseraient pas égarer par la présomption d'une vaine habileté, et par un esprit subtil et systématique. »

Les Cordonniers mineurs, autrement dit les Savetiers, participaient à ces sentiments d'hostilité envers le Magistrat. Ils enveloppaient dans une égale animadversion les simples compagnons qui raccommodaient les vieilles chaussures au mépris de leurs privilèges, le traité de commerce avec l'Angleterre, auquel ils attribuaient l'élévation du prix des cuirs, et les officiers municipaux qui avaient augmenté, à leur détriment, certaines rétributions, s'étaient ingérés dans la reddition des comptes de leur communauté, et avaient condamné quelqu'un des leurs à la prison, par mesure de police. Ne sachant sous quelle forme exprimer ces divers griefs, ils avaient chargé Robespierre de rédiger leur cahier de doléances. Sans prendre la peine de transcrire le brouillon écrit de sa main, les députés de la corporation s'étaient contentés d'y apposer leur signature et de le porter à l'assemblée de l'hôtel-de-ville. Nous avons découvert ce document, chargé des ratures de l'auteur, et nous pouvons ainsi, prenant Robespierre sur le fait, constater avec quelle perfidie il savait exploiter les passions populaires :

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