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La jeunesse de saint Augustin

E ciel, patrie de T'innocence, s'ouvre également au repentir. Le bon Pasteur, rappor- ^^ tant sur ses épaules la brebis perdue, nous dit même qu'il y a plus de joie là-haut pour un seul pécheur converti, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. Ici-bas, Tallégresse n'est pas moin vive. « Gomme la veuve de Naïm se réjouissait de la résurrection de son hls, ainsi, dit saint Augustin, chaque jour, l'Eglise, cette mère, se réjouit de la résurrection spirituelle de ses enfants (i). »

Et nous tous, qui avons tant besoin de courage et de confiance, comme nous nous sentons émus au récit de ces conversions fameuses, triomphes de la grâce divine ! Pierre pleurant son reniement, Thomas réparant son incrédulité par sa foi, Paul de persécuteur devenant apôtre, Madeleine lavant ses fautes

(i) Saint Augustin, sermon xcviii.

VI Introduction.

dans ses larmes, ces illustres pénitents et tant d'autres dont rhistoire est bien connue, nous sont peutêtre d'un plus utile exemple que les Saints qui n'ont jamais quitté les voies immaculées (i).

La vie de saint Augustin offre deux phases bien différentes. Dans Tune, c'est Tenfant prodigue^ longtemps égaré, enfin ramené par Texcès de sa misère à la maison paternelle. Dans l'autre, c'est le docteur incomparable, le vaillant défenseur de la foi, le pasteur tendrement dévoué à son troupeau, le législateur de la vie parfaite.

Que ne doit pas l'Église à son géniesublime, à ses hautes vertus ! Et cependant ne peut-on pas dire que l'évêque a moins fait pour le salut des âmes par ses écrits et par ses exemples que le pénitent par l'humble confession de ses erreurs ?

C'est l'histoire des trente-trois premières années de 'cette vie que raconte ce livre. Il prend Augustin au berceau, et l'accompagne jusqu'au baptême qui marque l'instant de la merveilleuse renaissance de cette âme, si longtemps morte à la grâce et à Dieu.

(i) Plus enim nobis Thomce infidelitas profiiit ad fidem quam fides credentium discipulorum profuit. (Saint Grégoire-le- Grand, Homçlie 26 sur l'Évangile.)

Introduction.

Voulons-noussavoir comment Augustin s'est perdu et comment il a été sauvé, suivons-le à travers les émouvantes péripéties du drame intime qui remplit sa jeunesse.

L'homme ne se perd, ni surtout ne se sauve tout seul. Sur sa route il trouve des agents de perdition et des aaents de salut*-^ '^ \

Augustin fut entraîné aurmal paf; le triste concours de circonstances trop souvent réur^ie^ : l'exemple d'un père incroyant, les leçons, -de maîtres indifférents à tout ce qui n'est pas de la terre, l'oisiveté, mère du vice, la contagion des amitiés suspectes, des lectures mauvaises et des divertissements dangereux.

La pureté fait d'abord naufrage ; puis la foi s'alanguit et meurt. L'erreur, qui dès lors aimait à s'appeler la science, s'empare de cette âme inquiète et curieuse. Mais bientôt le désenchantement succède au premier enthousiasme, et le jeune Manichéen tombe dans l'abîme du doute, sans pouvoir même s'y endormir (i). Pour lui tout se tourne en dégoût; plaisirs, succès, louanges, laissent absolument vide ce cœur que Dieu seul peut remplir.

{\) Dubitans de omnibus atque inter omniafluctuans . (Confess. Lib. IV, c. i5.)

VI II Introduction.

Ainsi les passions coupables sont punies par des ténèbres vengeresses (i). Le cœur, plus malade encore que l'esprit, trouve la servitude où il cherche la licence et la douleur où il espère la joie (2).

X Telle était la servitude du grand Augustin, dit Bossuet, quand il jouissait dans le siècle de la liberté des rebelles (3). »

En est-ce donc fait ? Cette volonté malade n'aurat-elle pas la force de se retourner vers le bien ? D'ellemême, non certes. Il faudra, pour qu'elle se ranime et s'oriente, l'intervention de la grâce. Et quels rudes combats achèteront la victoire!

A cette œuvre de salut Dieu ne veut pas travailler seul. Il daigne associer à son action, pour la rendre plus sensible et plus suave, les agents de sa miséricorde, chargés de réparer tout ce que les agents de la perversion ont fait de mal. Voyez comme ils sont bien choisis ! Au père incroyant Dieu oppose une mère admirablement sainte; aux maîtres indifférents, Ambroise, le docteur éloquent, guide suret charita-

{i)SpargensDeuspœnalescœcitatei super illicitas cupiditates. (Confess Lib. i, c. î8.)

(2) Amans fugitivam libertatem... Ast ego infelix, libidinis servus! (Lib. m, i ; Lib. vi, i5.)

(3) Sermon pour une vêture.

Introduction. ix

ble; aux compagnons de plaisirs, des amis qui n'aspirent eux-mêmes qu'à la vie éternelle ; aux mauvais exemples, aux livres impies, aux spectacles dangereux, Texemple des anachorètes qui font fleurir les déserts et la lecture des épîtres de saint Paul que lui recommande une voix céleste : Toile et lege.

Laconversion, longuement préparée, est durable et complète. Le pénitent, du jour où il est à Dieu, s'attache si fortement à lui qu'il oublie tout le reste.

Moins d^un an après son baptême, Augustin se trouvait assis auprès de son heureuse mère qui, son œuvre terminée, n'aspirait plus qu'au ciel.

C'était au port d'Ostie d'où ils se disposaient tous deux à repartir pour l'Afrique. Appuyés sur une fenêtre qui donnait sur un jardin et sur la mer, ils s'entretenaient ensemble avec une extrême douceur, et la conclusion de leurs pieux discours fut celle-ci : a Non, la plus grande joie des sens dans le plus vif éclat de toutes les beautés terrestres, loin de soutenir le parallèle avec le bonheur du ciel, ne mérite pas même qu'on en rappelle le souvenir.

« Et vous savez. Seigneur, ajoute Augustin, que ce jour-là le monde avec tous ses plaisirs

Introduction.

nous devint souverainement méprisable (i) ».

Tels sont les sentiments qui, Dieu aidant, naîtront dans les âmes généreuses à la lecture de ces pages. Elles s^adressent à tous, mais particulièrement aux jeunes gens. Si quelqu''un s'est égaré, il y verra par quelle route et au prix de quel effort on revient dans la bonne voie. Ceux qui ont le privilège incomparable de ne connaître le mal que par ouï-dire apprendront à remercier Dieu, à se délier d'eux-mêmes et à persévérer jusqu^à la fin.

Nous autorisant d'un exemple déjà ancien (2), nous avons pris, dans le Livre des Confessions, toute la partie historique, ayant soin de traduire le texte avec toute la précision et toute la fidélité possible. Une courte introduction précède chaque chapitre et en rend la lecture plus facile et plus profitable.

Et maintenant que le lecteur écoute, comme dites à lui-même, les paroles que saint Augustin adressait à un ami, en lui ofïrant le Livre de ses Confessions.

(i) Confess. Lib. ix, c. 10.

(2) En i65o, un ouvrage analogue fut publié par Baltha:^ar Moretus à Anvers. Il est reproduit dans les Acta Sancto*-um des Bollandistes (t. xl, Augusti vi, p. 887 seqq), sous ce titre: Acta priera sive prima vitœ pars, ab infantia usque ad 33 œtatis annum, auctore ipso S, Augustino, — excerpta ex g prioribiis libris confessionum ejus.

Introduction. xi

f Recevez, mon cher fils, ce livre de mes confessions que vous m'avez demandé... C'est la charité chrétienne qui l'offre à un chrétien. Apprenez à me connaître, non sur le témoignage d'autrui, mais sur le mien propre. Examinez, voyez ce que, de mon aveu, j'ai été par moi-même; et si quelque chose vous plaît en moi, louez-en avec moi celui dont j'ai voulu procurer la louange. Car, c'est lui qui nous a faits, nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes. Nous n'avions pu que nous perdre ! Celui qui nous avait faits une première fois, nous a refaits! (i) »

(^i)Lettre de saint Augustin au comte Darius. — II dit ailleurs : « Les treize livres de mes Confessions louent Dieu juste et bon et de mes biens et de mes maux ; ils s'efforcent de tourner à lui l'esprit et le cœur des hommes. C'est l'influence qu'ils eurent sur moi quand je les écrivis, et qu'ils ont encore lorsque je les lis. Aux autres de voir ce qu'ils en pensent ; mais je sais que cet ouvrage a plu et plaît encore à beaucoup de nos frères. » (Livre des rétractations^ L. ii, ch. vi.)

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