Jour, d'il
LA CARRIÈRE MILITAIRE d'iIENRI BEYLE IGl
Jamais ces vallées et ces montagnes ne lui avaient paru si délicieuses. Confortablement installé au fond de sa voiture, il les admirait pour la première fois dans toute la richesse de leur robe verte, sous le soleil du printemps. Où étaient les brumes de décembre et le triste campement du 6^ dragons ? C'est « le plus beau pays du monde », s'écrie Beyle. Et il gardera un si tendre souvenir du petit village de Canonica, sur l'Adda, que, trois ans plus tard, son rêve le plus cher sera d'y avoir « un château ^ ».
L'étrange petite cité de Bergame, érigée sur un éperon des Alpes, d'où elle épie l'immense plaine, pouvait amuser la fantaisie d'un artiste, et même plaire à Henri Beyle. Il y fut logé à souhait, non point dans la basse ville ^, vulgaire et plate, mais dans la vieille cité, qu'enferme, sur son rocher, une étroite ceinture de remparts. Son général habitait la plus belle maison de la ville, cette casa Terzi, célèbre par son cabinet de glaces, ses peintures ^, et d'où l'on apercevait, à vingt-cinq lieues, la chaîne violacée des Apennins. Beyle passa sans doute, pendant ces deux mois, de longues heures sur la loggia délicieuse de la casa Terzi. Au-dessous de lui s'étendaient quelques jardins, puis les toits fauves du horgo. Et par delà, jusqu'à l'horizon des montagnes, c'était une plaine mouvante et verte comme une mer, mais gaiement semée de villages aux campaniles aigus, et toute brodée de lignes d'arbres qui l'enveloppaient d'un fin réseau *.
Un ciel immense, presque toujours adouci et doré par les vapeurs de cette terre humide, offrait parfois aussi le spectacle de ses orages. En regardant « lutter et se déchirer » les « nuées obscures », tandis que le tonnerre fai-