‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 103 sur 166 · Id · texte numérisé non relu

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3. D'autant, mieux que, selon toute apparence, il ne revit jamais Castiglione.

4. Corr., I, 14. Notons une fois de plus que Beyle, tout en rappelant les batailles récentes, ne nomme jamais Bonaparte. Il a bien écrit, dans la Vie de Napoléon (279) : « Je me rappelle fort bien l'enthousiasme dont sa jeune gloire remplissait toutes les âmes généreuses. Nos idées de liberté n'étaient pas éclairées par une expérience de filouteries récentes, comme aujourd'hui. Nous disions tous : « Plût à Dieu que le jeune général de l'armée d'Italie fût le chef de la République ! » Mais Beyle se donne ici comme un ancien soldat de 1797. Je ne pense pas qu'on puisse retrouver dans ce passage ses propres opinions de 1800. Il n'aurait eu aucune raison de cacher aussi bien son enthousiasme, dans ses lettres ou dans son journal. Le fait est que Bonaparte ne lui en inspire alors aucun.

5. Je rétablirais ainsi le voyage de Beyle : parti de Milan le 21 février, il est le 22 à Coccaglio, le 23 à Brescia, le 24 à Goïto, et le lendemain à Mantoue.

6. Les Autrichiens avaient évacué la ville depuis moins de huit jours. Leurs derniers soldats étaient partis le 19 février. (V. Comandini, oui', cit.) C'est peut-être pour prendre possession de cette conquête que le général Michaud avait quitté Vérone au moment où Beyle se préparait à l'y rejoindre.

7. Il rappelle, dans une lettre de 1805 {Corr., I, 159) que le « beau sujet » de « Jupiter foudroyant les géants » a été « assez bien traité par Jules Romain, au palais du Té... » Beyle revit Mantoue en 1811 [Jour, d'il., 179), et en 182^ {Corr., II, 183-185).

LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hENRI BEYLE 159

piazza Virgiliana, qui domine les flots endormis du Mincio, on éleva au poète un arc de triomphe, on dressa son buste, et des soldats, formés en carré, portèrent les armes au chantre d'Enée ^. On imagine volontiers Henri Beyle au milieu de cet état-major chamarré et emplumé, faisant caracoler son cheval en l'honneur du poète qu'il avait jadis expliqué avec l'abbé Raillanne. Mais je crains qu'il ne fût déjà parti.

Nous savons en effet qu'il se trouvait à Reggio ^, le 7 mars, puisqu'il y ébaucha une comédie en 5 actes, dont nous avons encore le manuscrit. C'est là sans doute que son billet de logement l'envoya chez ce chanoine, « chaud patriote », qui lui apprit « toute l'histoire contemporaine » de son pays ^.

Que faisait-il à Reggio ? Sans doute accompagnait-il son général au cours d'une inspection *. Mais cette inspection n'aurait-elle pas été poussée jusqu'à Florence, où Beyle, dans son journal de 1811, affirme nettement qu'il

1. Cette fête nous est bien connue. Le peintre Felice Campi la dessina, elle fut îrravée par L. Rados, et la gravure en est reproduite dans l'ouvrage de Comandini (9).

2. Reggio d'Emilia, entre Parme et Modène, à une soixantaine de kilomètres au sud de Mantoue.

3. Vie de Napoléon, XIV. Le chanoine de Reggio se serait-il transmué en cet autre chanoine, de Padoue, celui-là, qui apparaît dans l'avertissement de la Chartreuse ? Un billet de logement envoie Stendhal dans sa maison, ils deviennent amis, et plus tard c'est là que Stendhal entend raconter les amours de la Sanseverina.

4. Le général Michaud était alors commandant en chef des troupes de la Toscane ; nous savons qu'il se trouvait dans cette province le 4 ventôse an IX, ou 23 février (Arch. de la Guerre). Beyle l'y avait-il rejoint, et en revenait-il avec lui ?

On pourrait aussi supposer, — m.iis la supposition me paraît peu vraisemblable, — que Beyle avait quitté un instant le général pour faire une apparition à son corps. Je trouve en effet, dans le dossier du 6*^ dragons, un étal des officiers récemment nommés. Il est daté de Lodi, 20 ventôse an IX *. Beyle y est porté avec cette mention : « A rejoint et doit occuper la place à la 4® compagnie en remplacement du citoyen Millot. » Mais Beyle avait-il vraiment rejoint ? N'est-ce pas plutôt un certificat de complaisance, nécessaire auprès des chefs, puisque Beyle n'a aucun titre régulier qui lui permette de rester aide de camp du général Michaud ? Ou s'agit-il de son bref service en décembre ? 11 est plus simple de croire que Beyle n'a point reparu à son régiment.

* Le C^ dragons était encore à Lodi le 1*'' germinal.

est allé ^ ? S'il vit Florence dans son premier séjour en Italie, ce ne peut être de toute manière qu'en ce mois de mars 1801. Mais sa rapide incursion en Etrurie ne paraît lui avoir laissé aucune espèce de souvenir. La littérature régnait en maîtresse dans son cœur ; elle l'avait repris tout entier. Si, à Reggio, il bâtissait une comédie, sur les routes de Toscane, en chevauchant à la suite de son général, il lisait l'Arioste 2.

Un mois plus tard, nous le retrouvons à Milan '. Il ne sait qu'y faire ; pour occuper son oisiveté, il écrit à sa sœur, se met à rédiger un journal, lit huit tomes de La Harpe, va voir manœuvrer les soldats devant le Castello, regarde passer son régiment, qui part pour le Piémont sans que Beyle désire l'accompagner, et écoute tous les potins de l'état-major *. Cela n'empêche point ce jeune idéologue de méditer. Il se demande déjà, — Beyle a toujours eu le goût des oracles, — ce que sera le nouveau siècle, et fait part à sa sœur de ses conclusions : « Lis beaucoup, car le xix^ siècle sera probablement encore plus raisonneur que son aîné, mais j'espère qu'instruit par son exemple, il raisonnera plus juste. »

Le 12 floréal (2 mai) Beyle, pour la troisième fois, quittait Milan par le corso di Porta Orientale, et repassait devant cette casa Boi^ara, dans laquelle il avait vécu peutêtre les mois les plus ardents de son existence. Il reprenait la route de Bergame, où, en compagnie du général Michaud, il allait demeurer près de deux mois.

1. « Florence avait été le terme de mes courses en Italie, dans ma première jeunesse ; j'y vins avec le général Michaud... » [Jour, d'il., 224.) Regfgio est sur la route qui, par Bologne et Modène, mène de Florence à Jlilan. Beyle aurait donc traversé maintes villes remarquables, entre autres celle de Parme, alors dépossédée de ses plus beaux Corrèges. — Mais tout ce voyage est à peine vraisemblable. Il faut admettre que Beyle va de Mantoue à Reggio, par Florence, entre le 25 février et le 7 mars.

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