‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 106 sur 166 · II-ll · texte numérisé non relu

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sait « retentir la terre et les cieux », Beyle sentait son âme s'élever « vers le père des nuages et de la terre » ; car, s'il était un peu libertin, il avait lu la profession de foi du vicaire savoyard. Puis cette ^( idée sublime » faisait bientôt place '^ à une douce mélancolie », et Beyle pensait à Angola, aux orages de la passion, au tumultueux bonheur qu'il avait en vain désiré. Et quand le ciel redevenait serein, Bevle regrettait cette symphonie de la nature, qui le faisait s'attendrir et rêver d'amour, comme la musique de la Scala ^.

Mais habituellement cette vue deBergame, qui rappelait à Beyle, par sa richesse et sa gaîté, la vallée de l'Isère telle qu'on l'aperçoit de Montfleury, semblait moins faite pour inspirer la mélancolie que le bonheur de vivre. C'était le « paysage riant » que l'on aimait aux siècles passés. Champs si bien cultivés, arbres qu'on aurait dits plantés sur les collines et dans la plaine par la main d'un jardinier habile, fermes et villas dont les blanches façades dorées et les toits d'un rouge assombri semblaient fleurir l'étendue verte : tout ce tableau voluptueux et large ne pouvait conseiller à Beyle que les plus aimables jouissances.

Le jour même de son arrivée, il s'informe des jolies femmes. Madame N. passe pour la plus belle, mais son cavalier servant est riche et généreux, et Beyle n'a pas les moyens d'entretenir de grandes dames. 11 se rabattrait bien sur deux comtesses qui habitent près de son propre palais. Mais il ne les trouve ni assez jeunes, — elles ont vingt-huit ou trente ans, — ni assez propres ^.

Beyle est déhcat. Mais, selon toute vraisemblance, faute de comtesse à son goût, il dut se rabattre sur quelque maritorne, à moins qu'il ne se soit, une fois de plus, abstenu. Car si Beyle, dans son journal, affecte de vouloir prendre les femmes à la hussarde, il ne faut voir là que façon de s'encourager lui-même, et de s'exciter à l'at-

1. La description romantique de cet orage fut envoyée par Beyle à Pauline, le 19 floréal an IX. (Corr., I, 16-17.)

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