‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 107 sur 166 · Jour, d'il · texte numérisé non relu

Jour, d'il

LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hENRI BEYLE 163

taque. Comme le poltron qui chante tout seul pendant la nuit, Beyle, dans son for intérieur, fait le fanfaron et le fat, et veut se persuader qu'il est Lovelace, Valmont, ou bien Lasalle. Mais ce ne sont que de brillantes velléités. Il agit peu.

Ce n'était pas faute d'études. Ses camarades, moins novices, ne demandaient pas mieux que de lui donner des leçons, même pratiques. Ainsi fera un jour un certain Percheron, qui n'était point un sot en la matière, car il eut l'honneur d'être choisi par la comtesse A., qui se connaissait en hommes. Henri Beyle, ayant reçu ses confidences, crut ne pouvoir mieux s'adresser. Il était, avouet-il, « ainsi que beaucoup d'autres embarrassé » lorsqu'il s'agissait de vaincre pour la première fois la vertu ^ d'une femme honnête. Mais Percheron lui indiqua « un moyen très simple ». Beyle, pour ne le point oublier, en note studieusement dans son journal les moindres particularités ^. « Pour peu qu'on y mette de sang-froid, cela est immanquable, »

Mais Beyle a beau faire, et les principes n'y peuvent rien : il n'arrive point à se persuader à lui-même qu*il soit capable de violer une femme. D'ailleurs assez mal en point, toujours fiévreux^, il est de toutes façons peu en état de donner beaucoup de soins à l'amour.

Il tâchait donc de se distraire d'autre façon. Ce n'était point en allant visiter les tableaux de Lorenzo Lotto, dispersés dans mainte église. Beyle ne parle jamais des oeuvres d'art qu'un dilettante moins novice aurait su trouver à Bergame. Il ne semble pas s'intéresser davantage au mystère des petites rues escarpées et sinueuses ; il n'a point remarqué ces hautes maisons noires, où, par

Page 1