Corr., I, 22. Pauline avait alors quinze ans
de cette histoire philosophique qui montre dans tous les événements la suite des passions des hommes, et qui démontre, par l'expérience de tous les siècles, que, pour être heureux, il faut avoir l'intention du bien et le faire. »
Il est moins vertueux quand, pour son usage personnel, il médite sur le moyen de conquérir le cœur des femmes : « Inspirer à une femme une haute opinion de ses lumières est un sûr moyen de la conduire à ses fins. Les héros ont leurs accès de crainte, les poltrons des instants de bravoure, et les femmes vertueuses leurs instants de faiblesse. C'est un grand art que de savoir juger et saisir ces moments ^ ». De tels aphorismes lui inspiraient une grande confiance dans l'avenir.
« J'avais déjà..., écrit-il dans Henri Brulard^, un dégoût mortel pour les femmes honnêtes et l'hypocrisie qui leur est indispensable ».
Mais ces maximes de roué ne sont guère la preuve que d'une naïveté juvénile. Au contraire c'est déjà la pensée profonde de Stendhal, le principe essentiel du beylisme, qui s'exprime avec une clarté parfaite dans cette réflexion du 19 frimaire an X :
« Presque tous les malheurs de la vie viennent des fausses idées que nous avons sur ce qui nous arrive. Connaître à fond les hommes, juger sainement des événements, est donc un grand pas vers le bonheur ^. »
La psychologie de Beyle ne sera jamais tout à fait désintéressée. Il voudra connaître l'homme et lui-même non par amour pour la vérité, bien qu'il la préfère au mensonge, non pas même pour l'amusement de la recherche, quoiqu'il n'en sache guère de plus excitant ; mais il voudra posséder la science de l'homme pour atteindre à celle du bonheur. Est-il besoin d'ajouter qu'il ne s'agit point du bonheur universel, mais de celui-là seulement qui regarde Henri Beyle ? Le beylisme, bien qu'il s'exprime par des lois générales, a comme principe et comme fin l'égotisme le