Jour, d'il
LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hEXRI BEYLE 187
plus absolu. Pour Beyle, la philosophie et la science ne doivent être que les instruments de son plaisir.
Il est remarquable qu'à dix-huit ans il ait su déjà distinguer si nettement ce qui restera toujours l'essence même de sa doctrine.
Mais, tout en définissant le secret du bonheur, Beyle demeurait fort malheureux. Le docteur Depetas avait bien su discerner en lui cette mélancolie, ce désir de ce que l'on n'a plus ou de ce que l'on n'a pas encore, cet ennui d'un cœur passionné et vide, que l'on allait bientôt appeler le mal du siècle, et dont Beyle sentait l'atteinte, en 1802, comme tant de ses frères humains. Mais les remèdes qu'il avait proposés étaient inefficaces ou dangereux. En travaillant, en rêvant, Beyle ne faisait qu'agrandir la plaie de ses désirs.
Il finit par tenter ce qu'ont vainement essayé tous les romantiques de tous les siècles. Il changea de pays, pour se guérir. Ses accès de fièvre pouvaient servir de prétexte à un congé ; son colonel le lui offrit. Mais Beyle, ce jour-là, se sentait en veine d'héroïsme. « Mon devoir me retient au régiment », écrit -il à sa sœur le 15 frimaire. Trois jours plus tard, il était décidé à partir, et, le 29, c'est lui qui réclamait avec instance la permission de s'en aller ^.
On la lui donna. Dans le courant de nivôse, il était de retour à Grenoble, et, trois mois plus tard, à Paris.
Il n'y avait pas deux ans que Beyle, lassé de l'existence mélancolique et vide cju'il y menait, avait quitté Paris, le 17 floréal an VIII, pour trouver en Italie une vie plus active, et un métier. Et le voici, au commencement de nivôse an X, dégoûté de cette vie et de ce métier, qui abandonne à son tour l'Italie, pour entreprendre à Paris une nouvelle existence de « philosophe » et d'artiste.
Ces deux années de vie militaire n'avaient été pour lui qu'un essai. L'essai n'ayant pas réussi, Beyle ne fait pas comme tant d'hommes qui, mal satisfaits du chemin qu'ils ont pris, le continuent pourtant, avec une persévé-