‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 133 sur 166 · Journal d'Italie · texte numérisé non relu

Journal d'Italie

2. Du moins à en juger par ses journaux et ses lettres. Mais il ne nous a point dit tout ce qu'il avait vu. Il fera plus tard volontiers l'éloge du courage italien. Or il avait pu l'observer dès 1801. Dans la campagne du Mincio, tout près de lui, les soldats de Giuseppe Lechi et la brigade piémontaise s'étaient brillamment conduits à Bagolino et à San Lconardo (2 janvier). Trente avait été pris par les Italiens. (Voir Comandini, oup. cit., passim.) Beyle retrouvera plus lard ces souvenirs.

APRES L ITALIE

enfin il n'a su voir que deux ou trois traits de mœurs, grossis par son imagination, ou déformés par l'ambiance où il vit. Il a si peu compris ce peuple, qu'il lui prête à l'égard des Français les sentiments les plus extraordinaires, les moins vraisemblables et les moins vrais.

Mais il n'importe guère qu'à dix-huit ansBeyle connaisse mal l'Italie. L'essentiel n'est-il point qu'il l'aime, autant que personne l'a jamais aimée ; qu'à peine séparé d'elle il la regrette passionnément ; et que cette adoration romanesque pour la patrie de sa maîtresse doive un jour, en l'y ramenant, la lui faire étudier et comprendre comme aucun autre sans doute ne l'avait étudiée et comprise ?

L'Italie, en 1800, ne se donne pas encore à Beyle ; mais c'est Beyle qu'elle révèle à lui-même. Ces deux années de liberté, de rêverie errante et de vie brutale, l'ont transformé. Il lui fallait cette ardente et rude initiation.

Il était arrivé à Milan timide, poli, délicat comme une jeune fdle, et presque aussi innocent. Au sortir dii nid paternel, il gardait des goûts et des dégoûts aristocratiques. La vie des camps, les équipées soldatesques, la grossière licence d'une armée en conquête et en rut, ont brusquement déchiré tous ces liens des habitudes familiales, provinciales et bourgeoises, dont Beyle était encore tout empêtré. Ces longs mois pleins d'émotions et d'événements, ce séjour, à un si jeune âge, dans un pays étranger, mettent un abîme entre l'enfant de Grenoble et l'homme qu'il sera demain.

Il va donc pouvoir commencer sa nouvelle vie, — cette « seconde éducation ^ » où se formeront définitivement son esprit et ses idées, — il va pouvoir revenir à Paris avec une volonté plus sûre de ce qu'elle veut, et désormais tournée toute entière vers l'avenir. Il n'y semblera plus, comme en 1800, un jevme provincial effarouché. Il aura désormais le courage d'être lui-même. La vie intense et

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